And they kicked at the backdoor

Gros moment de noirceur à mon retour online, lorsque j’ai repris contact avec mes sources d’infos habituelles, loin du buzz abrutissant des médias officiels :

Les sans-papiers qui depuis mai 2008 (plus d’un an, bordel !) occupaient la Bourse du Travail en ont été expulsés la semaine dernière, suite à une action initiée par la CGT, qui a profité de la manifestation hebdomadaire des militants pour attaquer les occupants en infériorité numérique et reprendre possession des locaux. Violences, expulsion, des hospitalisations dit-on, et tout, affaires et gens, finit sur le trottoir.
Sur le trottoir, ce groupe que j’admire, ces gens qui en toute simplicité m’avaient parfois offert l’hospitalité de leur bâtiment occupé, avec qui je m’étais assise autour d’un plat pour partager un repas, quand je débarquais les pattes tremblantes d’avoir traversé la capitale en trimballant un tiers de mon poids en bouffe et bouteilles.
Sur le trottoir, où ils restent depuis, boulevard du Temple. Obstinés dans leur choix de faire front commun, hommes et femmes et leurs mômes dans les bras, les coudes d’autant plus serrés qu’ils manquent d’espace, sur leur bande de béton. Exposant la honte des politiques d’immigration françaises à la vue de tous, à l’indifférence de beaucoup aussi, hélas. Un peu d’exaspération perceptible, parfois, parce que ça fait sale, tout ce monde entassé, ces barrières, ces matelas partout. Mais bon, sur les terrasses à quelques pas, pas de nausée visiblement pour couper l’appétit.

Sitôt l’info reçue, bien sûr, je suis allée voir, demander humblement ce que je pouvais faire. Ce qu’on pouvait faire, tous. En parler, bien sûr, car le silence est l’ennemi. Participer aux manifs, aux rassemblements, certes. Et puis, si vous êtes sur Paris : n’hésitez pas à passer, à leur apporter des produits de première nécessité. Tout compte, ne serait-ce que quelques bouteilles d’eau (surtout ça, d’ailleurs, c’est la première chose que m’a citée le délégué : de l’eau, du pain, du lait, du sucre, etc). On aurait tendance à se sentir écrasé d’impuissance (fureur), en se pointant tout brûlant du besoin de changer les choses, et en voyant les centaines de personnes rassemblées sur le trottoir, avec le cœur qui crie ‘mais bordel ! comment on fait, comment on peut faire une différence, make things right !’ Et puis on voit les sourires qui persistent sur les lèvres, les mains toujours tendues, le courage comme une force tranquille et sûre de soi, et on colle une raclée au pathos, on le renvoie aux nuits solitaires, loin des temps de l’action. Là, maintenant, tout geste peut compter, *une bouteille d’eau* peut compter. Surtout qu’avec l’été arrivent les vacances, qui riment souvent avec indifférence, engourdissement général, et départ des soutiens réguliers vers les plages.

Je craignais un peu de ne pas pouvoir les rejoindre. J’avais entendu de sales histoires, la police empêchant dans les premiers temps les soutiens de circuler, refusant même qu’on passe de l’eau aux enfants, alors que les expulsés n’avaient absolument rien pour boire, même pas alors une fontaine publique. Apparemment, les choses se sont calmées, de ce point de vue. Certes, la première chose qu’on voit en arrivant ce sont des cars de flics, surveillant à distance. Mais il n’y a plus de cordons, ‘juste’ des barrières que l’on peut franchir sans être stoppé, pour l’instant. Donc voilà, pas de raison de ne pas se déplacer : Le passage, s’il n’est pas libre (FREEDOM !), est possible :)

Et une fois là, on traîne dans les parages aussi longtemps qu’on peut. Certains, dit la rumeur, ont même passé les premières nuits sur le trottoir, avec les expulsés, des fois qu’en face quelque chose soit tenté, dispersion, arrestations, tout ce qui est à craindre. Du coup, les têtes blondes s’affichent dans ce bel océan de moutons noirs, affichent la menace d’une bavure et du bruit qui ferait enfin exploser le silence pour les indifférents ou les inconscients. Je sais bien, dans l’absolu ce n’est pas la meilleure des raisons. Dans l’absolu, la couleur, ça ne compterait pas, ça ne doit pas compter.
Mais dans l’absolu, les syndicats ne ficheraient pas à la rue des gens qui se battent vaillamment pour leurs droits, simplement parce que ces gens ont échappé à leur contrôle.

Dans l’absolu, on ne persécuterait pas des familles, on n’arrêterait pas des travailleurs, pour une stupide histoire de petits papiers officiels.

Edit : En relisant ce message, je me rends compte que je dis souvent ‘les expulsés’, ‘les sans-papiers’, ‘les enfermés’, et ça me gratte, quelque part. en pensant aux gens qu’on cerne dans ces catégories, aux histoires, aux identités que l’on résume et réduit à un aspect saillant, sans considération pour la belle complexité de chaque être. J’attends avec espoir le jour où, la lutte aboutie, les droits reconnus, chacun sera soi-même, pleinement, entièrement, à la face de ce monde bigleux.

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