Love at first page

« Mother, I am in love with a robot. »

Je ne le savais pas encore, mais déjà, dès ces mots, j’étais moi aussi amoureuse. Love at first page.
C’était à l’époque où les présentoirs des librairies recelaient d’incroyables promesses de trésors, pour le jeune chiot fou aux dents longues, tout juste évadé, que j’étais. Je ne sais quelle bonne étoile a mis sur ma trajectoire erratique une couverture de Kinuko Craft, l’histoire d’un Silver Metal Lover, et Tanith Lee. Mais je me rappelle la fascination dès la première page, les larmes sur la dernière page, et les trépignements jusqu’à ce que je reçoive le second tome.

« The woman in the fog : »
&
« The girl in the rain : »

La même bonne étoile, ou une autre, m’a donnée pour amie et complice littéraire, à la même époque, probablement la seule personne au monde à avoir pu lire La Danse des Ombres dans la bibliothèque d’un petit lycée français de Madagascar. Grâce à elle, je me plongeai donc dans L’Opéra de Sang. Nouveau coup de foudre pour des visions de brouillard et de vitraux, pour une incroyable famille qui a fait de l’étrangeté son monde, et son mode de vie : j’étais dès lors incurable, et heureuse de l’être.
Sister, I am in love with… Avec quoi, au fait ? Sur quoi repose cette étrange alchimie qui fait que l’on devient instantanément & définitivement captif de, captivé par, l’oeuvre d’un artiste – toute l’oeuvre, au fil des années et des nouveaux filaments d’art intégrés à la trame du monde ?

« Night was coming. It was unstoppable. »

Alors vint l’Oxymore, ou en tout cas ma découverte de l’Oxymore. Leurs livres : parfaite incarnation donnée à des œuvres sublimes. La couverture de Dorian Machecourt pour la nouvelle édition de La Danse des Ombres effaça de mon esprit les horreurs de P-O Templier sur les livres Pocket.
Et l’Oxymore m’offrit Tanith Lee auteure de nouvelles. Jusque là, j’en avais très peu lu, juste les deux disséminées dans les Territoires de l’inquiétude de Dorémieux. Boum, coup de tonnerre, et encore un coup de foudre. Pour la Forêt, pour la Mort, pour les Vampires.

« Once upon a time, in winter, there was a mirror. »

A la même époque, je commençai, petit à petit et toujours plus loin, à fouiller dans les éditions en VO. L’excitation de la traque, les intuitions parfois étonnantes qui amènent à dénicher tel livre, et les fabuleux miracles qui vous mettent dans les mains un trésor inespéré, aah…
A chaque nouveau livre arrivé, je retrouvais et découvrais Tanith Lee. Toujours prise, et toujours surprise. J’ai marché derrière le boiteux solitaire vers la cité des morts, suivi les nains dans l’étrange enfer des mines souterraines, suivi les hommes dans une terrifiante chasse au papillon… vu les masques et les lagunes de Venus, et arpenté les rues de Paris en humant l’air de Paradys… rêvé du Maître des Ténèbres et de chevaux qui s’évanouissent…

« In the beginning there was silence, winter night, and the great moon burning on the snow. »

Je n’ai pas une très bonne mémoire, et je lis beaucoup. Trop souvent, je finis par me rendre compte que j’ai oublié les noms de personnage d’un roman, ou un élément essentiel de l’intrigue.
Mais les œuvres de Tanith Lee… Les traces sont indélébiles, l’empreinte dans mon univers définitive. Je reste hantée par certains passages, certaines visions, par des incipits aussi dont je connais les mots par cœur, gravés dès la première lecture. Peu d’auteurs, il me semble, parviennent à s’emparer de leur lecteur aussi vite, et aussi totalement. Avec elle, ouvrir le livre est le dernier geste maîtrisé que nous accomplissions : au-delà de la couverture, une main aurait tout aussi bien pu franchir la surface des pages pour nous happer dans un autre univers.

« Her father brought death into the castle. He carried it up the stairs. The pale horse. »

A la saveur étrange de ces mots, à leur pulsation captivante, à l’ambiance qu’ils évoquent comme un tambour créerait une transe, on comprend, deep inside, que l’on est entré dans un monde où les couleurs ont la force de suggestion des symboles, les symboles la force de frappe des émotions…
… et déjà l’on devine que l’on n’est pas près de le quitter, ce monde.

« Red sky met white land. Between the two lay the city. »

Depuis trois semaines, allez savoir pourquoi, me revoilà dans un de ces pics d’activité pendant lesquels j’essaye frénétiquement de compléter mes étagères leeiennes. Je passe mes soirées à jongler entre les lucarnes ouvertes sur les librairies online, et l’extraordinaire site bibliographique Daughter of the Night, attrapant au vol anthologies et éditions convoitées…
… Et ainsi, j’ai enfin complété The Lionwolf Trilogy, dont je viens du coup de commencer la lecture du premier tome, Cast a bright shadow. Et vous savez quoi ? Ca me l’a refait :-)
Love at first page, again. Immédiatement happée par la vision d’une cité glacée dans son éternel hiver… J’en suis à une cinquantaine de pages, et wow, c’est très fort.
Une trilogie à savourer, en attendant les prochaines parutions que Tanith Lee vient d’annoncer sur son site. En attendant, aussi, la galerie d’œuvres de John Kaiine, dont nous avons un superbe et scarabesque aperçu par ici !

[Note : Les citations en italiques sont empruntées aux incipits de, respectivement, The Silver Metal Lover, Dark Dance, Personal Darkness, Eva Fairdeath, White as Snow, The Blood of Roses, Vivia, et Cast a Bright Shadow.]

 

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