Des mauvaises graines & des germes de révolte

[Zoupla, un dernier rapatriement de fin de soirée… Ai un peu bougé dans mon parcours pro depuis l’écriture de ce billet, mais la thématique évoquée est restée au coeur de toutes mes recherches de job. Galères parfois, mais marche toujours en quête de soi, et de la possibilité d’être soi au sein d’une société où l’aliénation fonctionne au quotidien comme une violence acceptable…
… Ou, comme dit la chanson – nan, pas Keny Arkana, Eddie Vedder in « Guaranteed », cet autre chant de marcheur ^_^ –,
On bended knees is no way to be free, Lifting up an empty cup I ask silently, that all my destinations will accept the one that’s me, so I can breathe
…]

Quick little big up vers un article qui mérite réflexion, et dont certains passages éveillent des échos assez forts dans mon propre vécu. Je ne sais pas si la solution proposée est la bonne, en tout cas la perception de certaines réalités pointées du doigt me paraît très juste, là notamment :

« Le « bon » chômeur n’est plus un « chômeur », c’est un demandeur d’emploi (D.E.), « public-cible » du Pôle du même nom. Il ne tient pas à se faire remarquer, hormis, bien sûr, par un employeur. Le « demandeur d’emploi » se construit à l’envers de l’image repoussoir du mauvais chômeur, ce glandeur qui mène une vie de pacha avec ses 454 euros par mois, et qui ne se sent pas redevable à la société qui lui concède, d’ailleurs temporairement et sous conditions, le droit de survivre, là où les loyers sont encore accesssibles. Le « demandeur d’emploi » modèle travaille donc, sans cesse : il refait cent fois son CV, il envoie des milliers de lettres de motivation, il « enquête » pour mieux « cibler » les « gisements d’emplois », il accepte de bonne grâce les ateliers CV, les simulations d’entretien, les bilans de compétences, les stages gratuits, les Evaluations en Milieu de Travail (70 h de travail bénévole), il en redemande. Il apprend grâce aux ateliers de « coaching » qu’un ami est un partenaire, que rencontrer quelqu’un se dit tisser un réseau, qu’un savoir-faire est une compétence, et que ce qui fait la dignité d’un être c’est la valeur et le potentiel d’expansion de son capital-compétences. Bref, il travaille à son employabilité ; il travaille à devenir l’employé idéal, l’exploité qui n’a pas d’autre exploiteur que lui-même, et se charge de remettre au pas l’indolent, le récalcitrant, le chômeur qui sommeille en lui. Un employé idéal, c’est à dire un auto-entrepreneur, un homme économique intégral.« 

vs

« Partout, il y a des « mauvais chômeurs » qui étudient, qui créent, qui animent des associations, qui se mêlent de politique, qui expérimentent d’autres manières de vivre, de travailler, d’enseigner sans exploiter ni les hommes ni la nature, de manière égalitaire et coopérative, des « mauvais chômeurs » pour qui le boulot signifie d’abord mettre de côté ses attachements. Des gens pour qui le salariat et le marché sont inséparables des catastrophes sociales et écologiques actuelles, et qui, autant que possible, préfèrent s’y soustraire. Ces gens-là, il faut pour le pouvoir les empêcher de travailler, parce que leur travail véhicule une manière de penser qui si elle se diffusait, donnerait confiance aux innombrables qui, parce qu’ils se sentent isolés, hésitent encore à entrer en conflit ouvert avec les institutions telles que Pôle Emploi, et se contentent d’esquiver leurs attaques. »

Là. C’est tellement, tellement ça. Kafka lurke dans le coin, et certaines dystopies ne sont pas bien loin. Chacun fait ses choix, mais beaucoup trop ne se rendent pas compte qu’ils l’ont, le choix, et courbent la tête histoire qu’on leur accorde royalement de quoi survivre, dans l’incertitude et la peur de l’insécurité.
J’ai eu la chance de finalement trouver une porte ouverte vers un boulot dont les valeurs originelles rejoignent les miennes, et où la solidarité reste active, me redonnant un peu de foi et de lumière. De l’oxygène, sans savoir pourtant si cela ne sera pas qu’une bouffée d’air bientôt vicié. Je vois la France de S. (pas la mienne, pas mon président) tirailler sur ce job jusqu’à ce que cela vire aux tirs à gros boulets, et c’est un nouvel éclat de noirceur fiché dans le regard. Plus que le cycle de précarité que je ne parviens à briser (les deux sont liés, certes), une nouvelle leçon que rien n’est jamais acquis en ce monde… Mais avant… well, le passage par la phase chômage dura beaucoup plus longtemps que celui par la case Pôle Emploi, et c’est pas pour rien. Les phases et les cycles, la roue et ses tours, je veux bien, mais les cases c’est niet ^_^ Pointer à Pôle Emploi dans ce pays, c’est donner le contrôle à l’incompétence et à l’absurdité, au règne du chiffre. C’est se soumettre à des processus de culpabilisation, et d’infantilisation ; c’est risquer jusqu’à l’usurpation d’identité (oui, oui). C’est abdiquer ses propres valeurs, le choix de son chemin, la maîtrise de son avenir et de ses rêves.
Mon choix fut très vite fait : plutôt crever.

Ce qu’on a sous le nez, là, c’est une machine à briser de l’individu avec ses rêves, une machine à rentabilité, une machine à mécaniser l’humain.
Guess what ?

Homo economicus non sum.

« Homo sum et nihil humanum a me alienum puto. »

Homo sum, alien sans doute aussi, et intégralement inaliénable.
Mauvaise graine plantée en rue, je me moque bien de l’économie et ses machines, c’est l’humain que j’aime, et l’humus sur lequel il pousse.

// Listening to :

(Source de l’article : CIP-IDF : A quand la grève des chômeurs ?)

 

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3 réflexions sur “Des mauvaises graines & des germes de révolte

  1. petitefa dit :

    (ça me suffit pas un kudo, ni sur cet édifiant rappel, ô combien juste, ni sur son poétique voisin d’ailleurs, penchant vivant de la matière morte – je trouve que les deux sont bien en miroir -, je décerne donc une infinité de kudos, un huit inversé, que vive l’humus et au diable les chiffres. :) )

    …Et, tambien, que ça n’a pas pris une ride, tout ça. La consternation, l’absurdité, et tout autant, croyons-le, le sursaut vital et poétique qui pousse en retour, nécessairement, et heureusement :)))

  2. psycheinhell dit :

    :-)

    Ca me fait parfois un peu bizarre de voir se succéder, en miroir comme tu dis (amen à ça), des messages de colère sur les crasses du monde tel qu’il est, et d’autres en vibration sur la beauté des arts.
    Et puis… et puis je me rappelle l’importance de certaines oeuvres précieuses à mon coeur, leur influence sur mon parcours, une en particulier, qui me fit infléchir ma course par la vision de cette fameuse Cité qui ne s’atteint qu’au terme d’une longue marche.
    Et ça me rappelle alors combien, oui, l’art m’est vital, comme l’oxygène quand on étouffe, comme du fuel pour le combat, comme à la fois une raison et un moyen de ne pas se rasseoir sur le bord du trottoir sur un coup de fatigue une fois qu’on s’est mis debout & en route pour de bon…

    Amen, oui, aux pousses obstinées dans l’humus comme au sursaut vital, ô combien salvateur !!!

  3. petitefa dit :

    Ouaip. C’est pour ça qu’on reste debout, qu’on essaie, du moins, et c’est précisément cet art-là, si loin de *l’Art* des vernissages seel, euh, friqués, ce sont les visions comme celle de la Cité en question qui aident à tenir, à ne pas oublier les buts, et tout…

    (C’est vraiment pour le plaisir de prolonger le fil entrecroisé, mais à ce propos, je me sens à nouveau pousser des envies, en début d’hiver, de me refaire un « tour de lecture » assez complet, qui m’avait tant transporté l’hiver dernier… ^_^)

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