Bio-food for thought

Les désirs d’ermitage tirant encore sur une corde de temps rigide parfois comme une laisse, on attrape quelques heures pour gagner du champ libre, laisser derrière soi une humanité qui solde ses angoisses par & pour le stress des rabais du commerce, et prolonger en ces lieux les conversations passionnément menées depuis quelques temps avec deux-trois oeuvres au rythme de mon vélo…

Alone – photo by Mats Almlöf

Petit panier dominical de bio-food for thought, le tout garanti sans OMF (observations mercantilement frelatées) :

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Plantée en rue (montée en graine sonore)

Tendez l’oreille. Ceci, m’sieurs-dames, est un pur Big Bang dans nos perceptions du paysage sonore.

« Nous proposons d’écouter le monde comme une vaste composition musicale – une composition dont nous serions en partie les auteurs. »

Cet ouvrage, c’est toute la richesse d’une révolution, une révolution sensorielle, révolution sensible, réflexive aussi, et architecturale, urbaniste, plus : humaniste et écolo. Scientifique, et toujours à l’écoute du mythe et des lectures symboliques de l’univers. A l’écoute de la nature, aussi, surtout, bien sûr, avec assez de sensibilité pour qu’on se prenne un fix d’embruns lorsque sont évoqués les rythmes et sons de l’océan.
On travaille depuis bien longtemps à ne plus être aveugle, aux gens, aux enjeux, aux animaux, au monde. Il s’agit ici, tout simplement, de n’être plus sourds. S’ouvrir à la bio-diversité sonore, et jusqu’à la beauté du silence – cet espace dont on n’a que trop meublé de bruit blanc le dépouillement sacré – pour « étendre le champ de notre conscience à l’univers et à l’éternité ».
C’est très riche, et c’est tout simple. Avec toute son érudition, vaste comme un répertoire de sons du monde entier à travers les siècles et les oeuvres d’art, avec toute sa maîtrise technique portant sur de nombreux domaines reliés, de l’acoustique à la musique en passant par l’architecture et le design sonore, le livre se lit, se ressent comme un souffle d’air pur dans un environnement vicié, l’évidence d’une brise transportant et plantant ses petites graines. La coulée limpide d’une révolution naturelle.
Qu’est-ce qu’il nous dit, m’sieur Murray Schafer, compositeur et fondateur du World Soundscape Project ? Qu’il faut rééduquer notre oreille, faire entrer le son dans les programmes éducatifs, repenser l’architecture moderne et l’environnement urbain. Que les sons dessinent une ville dans son charme singulier, participent du portrait d’une société. Que les oiseaux ne disparaîtraient pas si facilement, si nous étions attentifs à leur place dans le paysage musical de notre monde, si nous savions identifier leurs chants, leur accorder la reconnaissance du nom. Que nous avons laissé le paysage sonore se dégrader jusqu’à devenir inhumain, hostile à l’oreille, écrasant le bruissement du vivant – jusqu’à, même, glisser hors du champ de compréhension des mythes, nous faisant perdre certaines clefs anciennes, essentielles :

« La destruction du calme de l’hiver nordique dans le vacarme des chasse-neige et des scooters des neiges est l’une des plus grandes transformations du paysage sonore du XXIe siècle. Ces engins détruisent l’« idée du Nord » qui a forgé le tempérament des peuples septentrionaux et engendré une mythologie puissante du monde. L’idée du Nord, d’austérité, d’espace et de solitude à la fois pouvait facilement imprimer la peur au coeur de l’homme (Dante n’avait-il pas réfrigéré le centre de son enfer ?), mais elle évoquait une terreur intense, pure, sans tentation possible et silencieuse. Les technocrates du progrès n’ont pas compris qu’en introduisant dans le Nord toutes ces machines, ils tronquaient l’intégrité de leur propre esprit, noyant les mystères et leurs pouvoirs d’évocation dans les postes à essence, réduisant les légendes à des poupées de plastique. Le silence chassé du Nord signifie la fin des mythes. Il devient plus difficile de comprendre les Eddas et les sagas, et beaucoup même de ce qui est au coeur de la littérature et de l’art russe, scandinave et esquimau. »

Qu’il est important de ne plus subir la cacophonie contemporaine, il faut trier, résister même. Résister à l’invasion industrielle, résister à la pollution publicitaire, résister au bruit blanc qui abrutit la perception, amortit la réflexion, anesthésie la pensée vive. Qu’il nous faut réaliser que les bruits autorisés à résonner sont révélateurs des jeux de pouvoir à l’oeuvre dans nos sociétés :

« Nous avons vu combien, depuis les temps les plus reculés, les bruits les plus intenses, perçus comme l’expression de la puissance divine, inspiraient crainte et respect. Nous avons également vu comment le pouvoir conféré aux bruits de la nature (tonnerre, volcans, orage) est passé à la cloche de l’église et aux tuyaux de son orgue. J’appelle ce bruit le « Bruit sacré », pour le distinguer de l’autre (que j’écris avec une minuscule), auteur de nuisances et sous le coup de la loi. Ce fut toujours d’abord la voix tapageuse de l’homme. Avec la révolution industrielle, le Bruit sacré pénètre le monde profane. Les industriels prennent le pouvoir et sont autorisés à faire du bruit avec la machine à vapeur et les hauts-fourneaux au même titre qu’autrefois le clergé avec la cloche de l’église, ou Jean-Sébastien Bach, libre d’ouvrir ses préludes sur le tutti de l’orgue.
Bruit et pouvoir ont presque toujours été liés dans l’esprit de l’homme. Ils passent de Dieu au prêtre, puis à l’industriel, et plus récemment au commentateur de radio et à l’aviateur. Ce qu’il est important de comprendre, c’est que détenir le Bruit sacré ne signifie pas simplement faire le plus grand bruit, c’est avoir, surtout, l’autorisation de le faire sans encourir la censure.
Chaque fois qu’au bruit sera accordée l’immunité, on trouvera le pouvoir. (…) L’évaluation en décibels du bruit produit par quelques-unes des machines actuelles montre où réside le pouvoir dans le monde moderne. »

bo0OOOOO0om, entendez-vous se propager les ondes sonores du gong révolutionnaire ?

Le changement est profond, de même, à l’échelle individuelle, et venu à point pour moi qui vis présentement au coeur pulsant, et vrombissant, de la rue…
J’ai dans ma nature un penchant très contemplatif, et une curiosité qui me pousse à explorer toutes interfaces de connexion sensorielle, immédiate, empathique au monde.  Je peux passer des heures face à l’océan, sans bouger sur mon coin de rocher, et me passionner pour la vie des vagues. Je peux me planter ferme au coeur mouvementé de la ville, en plein espace public, et rester là, le cou tendu, à observer le ciel. Je peux perdre mon souffle à  plonger dans l’élan tracé par le vol en piqué d’un oiseau. Je peux, aussi, marcher les yeux fermés, pour apprendre à connaître la forme de la terre sous mes pieds, ou me coller un bandeau sur les yeux pour redécouvrir à bout de bras l’univers que je croyais familier.
Avec cette oeuvre, j’apprends à apprécier un paysage les yeux fermés.

(Glissées au passage, quelques pistes sonores z’et visuelles pour prolonger l’exploration online & in thought : un podcast de France Culture autour de la réédition du Paysage Sonore – le numéro de la revue Wildproject.fr consacré aux « Territoires sonores de l’écologie« )

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Plantés en rétine (regards de bêtes)

Crystal by Miroslaw Swietek

Merci monsieur Foer, pour le regard des médias sur la question de la production de viande et la condition animale, pour la poussée soudaine de tables thématiques dans nos librairies – l’occasion d’un revival pour le numéro thématique, vieux d’un an et plus, de la revue Ravages, éditée par l’assoc’ « Les amoureux des genres humains », numéro joliment nommé Adieu bel animal, défendu en couverture par une photographie de singe dont le regard m’attrapa et ne me lâcha plus : c’est ainsi happée que je chopai l’ouvrage.
La gueule d’ensemble est plutôt classe, perturbante cependante, appuyée sur des clichés tantôt directs et crus dans le message, tantôt redoutablement brouilleur de frontières humain/animal. Côté sommaire, c’est du lourd, du solide, de l’impliqué, voyez donc :
un article de Christophe Anstötz, tiré des Cahiers antispécistes, sur les capacités cognitives des grands singes (même si je ne suis pas le monsieur au bout de son raisonnement, n’adhérant pas à son échelle de valeurs, mais j’y reviendrai) –
un autre du primatologue Frans de Wall sur les manifestations d’empathie, de compassion, d’altruisme, et de perception de l’(in)équité, qu’il a pu observer au sein de groupes de singes –
un parcours dans les représentations philosophiques de l’animal, et de la place de l’homme en miroir, par Elisabeth de Fontenay, l’auteure du Silence des bêtes
‘A l’abordage’, un message du « capitaine écopirate Watson », fondateur et activiste de la Sea Shepherd Conservation Society (et bon Zeus quel bol d’air que d’entendre un message aussi haut et clair, haut dans ses revendications, clair dans sa position, debout dans le vent contre marées noires et criminels massacreurs de vie. Sail on, Captain.) –
une étude de Jocelyne Porcher, spécialiste de la relation ‘de travail’ entre humains et animaux d’élevage – le parallèle entre ouvrier et bête exploitée, dont le statut oscille entre machine à produire et travailleuse rétive, fait froid dans le dos bien comme il faut –
Il y a tout ça, entre autres. Plus une grouillerie de cafards, des animaux de compagnie pour inconscients culpabilisants, des animaux de labo inutilement sacrifiés, et même une apparition de Jules Michelet en guest-star.
Et puis, l’électrochoc : « Boulimie de viande », par Fabrice Nicolino. Chiffres imparables pour un raisonnement implacable : le système en l’état n’est pas, dramatiquement pas viable, et c’est la faute à la viande. « La viande, c’est la famine », pose-t-il, et, merci les séductions trompeuses du modèle occidental, cela ne va faire qu’empirer. L’espoir ? c’est net, « il n’y a plus qu’à imaginer un refus radical, cohérent, massif et enthousiaste de notre boulimie de viande. »
[Du coup, ai enfin sauté le pas, soulevé la couv’ de son book Bidoche, consacré aux horreurs et dangers de l’industrie de la viande, et dédié ‘à tous les animaux morts sans avoir vécu‘. Collé les doigts dans la prise pour l’électrochoc, quoi, et le flash de lumière révélatrice qui va avec. En pleine lecture, là, et les nerfs trop survoltés, les tripes nouées, les dents serrées, pour lâcher plus constructif qu’un « oh bonne mère Nature » tourneboulé…]
Un électrochoc au sommaire, donc, et un coup de coeur, le second article qui pour moi justifia à lui tout seul l’acquisition de la revue : « Le Pari », par Isabelle Sorente, une méditation autour du ‘pari de la réincarnation’ (se voir dans la peau d’un animal, pour comprendre combien la position du ‘c’est pas ma faute’ et ‘j’y peux rien’ est intenable, dans le monde qu’on a fait aux animaux) – méditation ainsi présentée :

« Le pari de la réincarnation pourrait être une expérience de pensée, une méditation animale, s’il n’était d’une urgence effroyable. C’est la bête en moi qui parle, le silence crie ses dernières volontés ! (…) Prendre le risque de naître coyote, dans un monde où les coyotes sont exterminés. Naître porc dans le ventre d’une truie d’élevage. Naître singe de laboratoire. Naître vache, naître viande, naître aveugle, sourde et idiote. Assez humain pour pleurer. Assez oiseau pour chanter. Se souvenir, et plus encore. Se porter garant, non pas d’un avenir abstrait, ni du bien-être financier d’héritiers fantomatiques, mais de la diversité de la vie. Porter la vie, aussi loin que possible. »

Et ce cri, ah ce cri, dans lequel je me suis tellement reconnue :

« Se rendre compte trop tard, l’arme encore à la main, les pieds dans la boue, le sourire écarlate, que la chose éventrée n’était pas une bête mais un être vivant. Nous sommes tous la bête d’un autre. Au lieu de nous indigner, osons l’accepter. Traite-moi comme une bête, mais ose prendre sa place. Assumons les crocs, les griffes, les serres, les écailles, le venin – et peut-être l’espoir de retrouver des ailes. »

Ah… Oui.
(La revue, d’automne 2009, parle d’un bouquin de la dame, Le chant des bêtes, ou le pari, manifeste pour la renaissance, sortie annoncée pour 2010. Une rapide recherche en ligne ne m’en apprit pas plus – mais si quelqu’un a des infos, criez, je suis preneuse. ^_^)

 

 

 

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Planter droit (ancrer en loi)

Tant qu’on est dans le sujet, je pointe ce petit bout de bouquin pas voué à bouleverser, mais tout utile, Les droits de l’animal. C’est petit comme la poche, ça coûte trois pauvres euros, ça traîne dans le coin d’étagères où l’on ne va guère fouiner d’ordinaire – aux éditions Dalloz, vous savez, les gros books de droit aux couvertures chaleureuses comme un décret gouvernemental.
« Sous la forme d’un dialogue », dit l’éditeur (moi j’appelle ça des questions-réponses, ne pas s’attendre à des échanges passionnés, quoi, plutôt une progression méthodique point par point), JM Coulon et JC Nouët explorent la question des droits de l’animal, où ça en est niveau loi, niveau pratiques, et où cela devrait en être, et pourquoi il faut qu’ils soient, ces droits. Une mine de renseignements, où l’on cause « standards de bien-être » (et aberrations courantes), où l’on apprend entre autres joyeusetés  qu’en droit courant, un animal sauvage libre, s’il ne figure pas sur la liste des espèces protégées, ou nuisibles, ou traquables par les chasseurs, est considéré comme une res nullius, manière de latiniser la novlangue pour poser que, cet animal libre, ben de 1/ on le considère comme une chose, et de 2/ il a le tort de n’appartenir à personne (res nullius = la chose de personne, en strict mot à mot),  mais reste néanmoins « appropriable » (sisi, c’est dans la déf’ du dico à res nullius). Sympa.
Bref, une autre façon d’explorer la thématique humain/animal, et qui à mes yeux offre par le juridique une réponse possible aux failles perçues de l’approche empathique, la mienne approche donc, mais parfois trop limitée chez certains, comme c’est très bien posé dans l’ouvrage :

« (…) il existe, à l’égard de l’animal, ce que l’on peut nommer une « éthique en cercles concentriques », axée sur l’homme, et organisée en couronnes successives correspondant à des obligations morales de degrés décroissants. (…) En s’éloignant du centre, les cercles d’attention se transforment en cercles de désintérêt, puis de répulsion. Le sentiment d’obligation morale s’amenuise peu à peu : il se traduit notamment dans la distinction arbitraire établie entre animaux dits « supérieurs » et animaux « inférieurs », entre animaux dits « méchants » ou « gentils », « beaux » ou « laids », ou « sales », « nuisibles » ou « utiles ». (…) Les animaux passent ainsi du statut d’être vivant sensible, proche, digne de compassion, d’assistance, de respect, à celui d’objet, voire à celui d’ennemi.
Cette éthique en quelque sorte sélective et manquant de rationalité conduit à des attitudes paradoxales et presque incohérentes. Tel homme qui combattra la consommation de la viande de cheval (« Moi j’aime les chevaux, j’en mange pas ! »), pourra aller se délecter d’une tranche de gigot d’agneau après avoir distribué ses tracts militants. Tel autre, qui ne supporte pas que l’on bouscule son chien qu’il aime, ira à coups de fusil tuer des oiseaux en plein vol, ou farcir un lièvre de plomb. Tel autre est révolté par l’expérimentation conduite sur un chat, ou un singe, mais reste indifférent au sort de dizaines de millions de souris et de rats.
C’est précisément à cette éthique sélective et irrationnelle que s’opposent les « droits » de l’animal, dont le respect conduit l’homme à manifester à l’égard des autres animaux empathie, compréhension, ou au moins tolérance, et à bannir toute contrainte, toute violence et toute cruauté. »

C’est ce que nous faisons déjà, pour certains, pas assez, lorsque nous saluons  la vie sous toutes ses formes, où qu’elle se manifeste – et ce serait cool, ouaip, que le droit se mette au diapason de ce respect irréductible dû à tout être vivant.
Et d’ici là… Lorsque Christophe Anstötz compare (dans « Extension de la communauté des égaux », in la revue Ravages sus-citée) les capacités cognitives des grands singes à celles des handicapés mentaux pour demander que s’étende la sphère de l’humanité, et partant la zone protectrice des droits de l’homme, s’appuyant sur une échelle de valeurs à laquelle je n’accroche pas, l’estimant pour le moins glissante – pourquoi fonder le droit à la vie, au respect, sur la base des capacités intellectuelles ? et pourquoi faudrait-il en passer par une quasi remise en question de la position, déjà fragile dans les représentations sociales, de certains (les handicapés mentaux), pour défendre celle des animaux (… et encore, pas tous, juste nos voisins les intelligents primates) ? – à ce point de vue du psychologue cognitif, donc, Isabelle Sorente, elle encore, répond dans la même revue par un très bel article, « Sauver la joie », une réponse que je pourrais faire mienne, et qui vaut aussi comme adresse à tous ceux qui pratiquent la divison entre animaux utiles ou nuisibles, entre bêtes exploitables et bestioles de compagnie, ceux qui adorent leur caniche mais trouvent les pigeons tellement cons et juste bons à crever dans le caniveau :

« Que signifie préserver la joie, alors que tout nous convie à chanter un requiem ? Voir ce qui est humain en l’autre. Non pas humain, au sens d’appartenance à l’espèce humaine, mais humain au sens de porteur de vie. (…) Dire qu’un animal a un regard humain ne signifie pas être anthropomorphe, ni imaginer qu’il appartienne à l’espèce humaine, mais lire dans son oeil brillant une conscience en devenir – même si cette conscience, je ne sais pas ce que c’est. Et quiconque s’est promené un matin dans la nature a éprouvé cette conscience-là jusque dans les pierres et dans l’herbe tendre, et la joie immense d’y participer. (…)
La conscience de l’autre n’est pas conditionnelle. Elle est, ou elle n’est pas. Ce n’est pas sa faculté à classer des cubes ni à jouer à des jeux vidéo, qui devrait nous convaincre de saluer la vie en l’autre, mais bien le seul fait qu’il soit vivant.
»

Sauver l’enchantement du monde, ah…

Salvation – Appreciate life to save the world. (Photo and caption by Hongsik Kim)

 

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10 réflexions sur “Bio-food for thought

  1. Clémence dit :

    C’est avec intérêt que j’ai lu tes derniers posts sur le droit des animaux et la production de viandes (le livre de Nicolino me tente et m’interpelle)et moi qui suis passée d’un environnement urbain par excellence à un milieu rural et paysan en quelques mois je me suis pas mal interrogée sur beaucoup de sujets et notamment mon mode alimentaire. Je ne suis pas végétarienne ou végétalienne et étant fille de restaurateur qui a fait de la rôtisserie, j’ais du mal à me passer d’un peu de viande mais j’ai aussi du mal à en acheter directement. L’alternative qui m’a été donnée dans mon coin de pays c’est de manger le produit de la chasse ou la charcuterie faite maison avec 1 animal pour une famille, élevé dans des conditions *normales*, avec un bout de prairie et le grand air et pas une boite en alu pour maison. Et je dois dire que je préfère largement ça. Parce que cela me semble plus sain, pour l’animal qui n’ayant pas demandé à terminer en saucisson à au moins le droit à une vie digne de ce nom, et pour nous qui nous replaçons à une échelle humaine et qui redécouvrons les véritables saveurs des aliments. Car ce qui est bien quand on vit à la campagne c’est aussi de pouvoir manger des vrais légumes qui ont du goût, d’aller les cueillir, les sentir et d’en faire un repas autrement meilleur que d’habitude.
    Bref si je pouvais vivre en autarcie alimentaire je le ferais bien cela m’éviterai d’aller hanter les allées des royaumes de la consommation que sont les grandes surfaces (car ici plus de petit commerce) et de savoir exactement ce que je mange.

    • psycheinhell dit :

      (Hey Clémence, je passe en coup de vent mettre en ligne ton comment, et j’te réponds – y a des trucs à dire, toujours ! – une fois passé le souffle du lundi day, là j’suis à la bouuuuurre :S)

    • psycheinhell dit :

      (Bon, me revoilà. J’ai flanqué Morphée hors du lit pour faire de la place aux discussions en retard, sinon je m’en sors pas. Le plus dur, en fait, fut de lâcher le bouquin de Nicolino, qui lui ne me lâche pas, avec son récit d’horreur made in real life et les hallus frappées à chaque page tournée…)

      Ben déjà, bien contente si d’autres trouvent à se nourrir dans ses petites réflexions balancées en vrac au fil des impulsions – et plus encore, si cette petite pelote sert de fil d’Ariane vers l’oeuvre de Nicolino, qui devrait être déclarée d’intérêt publique ! ;)

      Pour le désir d’autarcie, la nécessité ressentie de tracer ses routes indépendantes hors des tracks à caddies du système de la grande distribution, je ne peux que te rejoindre. Ca tiraille aussi de ce côté-là, par chez moi, du mieux que ça peut, avec toutes les frustrations du mode de vie urbain (une chambre de bonne louée, sans grand espace ni grande marge de manoeuvre pour transformer le mode de vie, la nature lointaine, parquée ou vouée à se glisser dans les interstices du béton, tout ça). Bon au moins, j’ai un accès facile aux petits réseaux bio, à échelle humaine et, pour les fruits et légumes, production/distribution locale – et peux donc mettre un point d’honneur à fuir les grandes enseignes. Mais quand même…
      Un grand OUI aussi au besoin de savoir ce qu’on met dans l’assiette, dans le corps, dans tout le cycle alimentaire. Ca, c’est une des grandes révolutions qui ont fait leur avènement quand je suis passée en mode végétalien, et j’apprécie grandement. Ca fait du bien, je confirme, de ne plus subir le gavage industriel avec une passivité de zentil consommateur !

      Le terrain de la viande est plus sensible, tu t’en doutes ^^
      Bon y a pas photo, si on reste dans l’optique de la conso de viande, tout ce qui persiste à échapper à cette saloperie invasive d’industrialisation de la production est complétement préférable. C’est une autre relation de l’homme à l’animal, où le vivant n’est pas machinisé, qui laisse la place possible à quelque chose d’humain, et même peut-être de moral. (je repense à cette histoire que je viens de lire dans le book de Nicolino, comment les Masaï, peuple d’éleveurs donc, et qui se voient un peu comme les gardiens de tous les troupeaux de la terre, s’étaient indignés contre le massacre de bêtes par millions lors de l’épidémie de fièvre aphteuse, ne pouvaient comprendre qu’on mette à mort une bête malade au lieu de s’employer à la soigner – et se proposaient même pour le faire à notre place. Sacrée leçon au monde civilisé, industrialisé quoi.)
      Bref, je raisonne, je compare, je garde mesure des choses – mais en fait non, pour être parfaitement honnête, je ne peux plus suivre cette voie-là, rester juste mesurée, vu qu’il y a eu de mon côté bouleversement *radical*. Jusqu’à la racine, en passant par le tréfonds, les tripes, et le regard, la peau d’empathe. Tu dis charcuterie, je vois un animal, et sens une odeur de cadavre (désolée pour la crudité, et de l’expression, et de l’opinion ainsi exprimée, mais c’est vraiment ça :S)
      Pour citer Nicolino (non-végétarien cependant, même s’il salue le mouvement comme hautement responsable) :
      « Modifier ses habitudes est l’une des vraies grandes libertés qui nous sont laissées. Je l’ai fait. Derrière la viande, peu à peu, les morceaux, hauts et bas, se sont reformés, comme dans les dessins animés de mon enfance, qui ignorent tout de la logique triviale de la vie ordinaire.
      Derrière une côte de boeuf, j’ai fini par voir un boeuf. Derrière un gigot, un agneau. Derrière un jambon, un cochon. On peut parler d’un choc, immense et lent. »
      Tu vois, quand on me parle de production familiale, je vois certes l’animal dans son carré d’herbe, qui vaut tellement mieux que les quelques centimètres carré de béton alloués par l’industrie de la viande, yep… mais je pense aussi à mon grand-père (celui qui refuse de bouffer du blé, parce que, je cite, « c’est pour les poules » ^^) – mon grand-père donc, que j’ai toujours vu adorable avec les animaux de compagnie passés dans la famille, qui adore les chiens, qui est un gars assez droit dans ses chaussures, et tout… et je repense à ces scènes d’enfance que ma mère me racontait, le traumatisme que c’était pour elle quand il tuait au couteau les volailles ou lapins élevés dans le jardin, comment elle allait se planquer sous les couvertures, la tête dans l’oreiller pour ne pas entendre les cris de douleur et de détresse… et je bloque, empathiquement. Tout en me demandant, pourquoi le chien, pourquoi la poule ? par quel jeu de loterie dans la représentation de l’autre, par quel réflexe culturel profondément ancré, et pourquoi l’accepter ? (cf le passage que je citais du bouquin de droit, sur cette étrange « éthique en cercles concentriques » que l’on est entraîné à pratiquer)
      D’autant que je sais que je serais infichue de prendre moi-même un couteau pour ôter la vie à un animal, j’ai pas ça en moi. Tout le temps que j’ai mangé de la viande (et zeus sait que j’en mangeais bien, fut un temps, je viens d’une famille lorraine où la charcuterie, et tout ce qui est viande de porc, entre assez lourdement dans le régime alimentaire), je vois ça à présent comme une forme de lâcheté, et d’incohérence intérieure : j’ai délégué à d’autres le boulot sanglant que je n’aurais pas eu le ‘courage’, hum on va dire plutôt les tripes, de faire de mes mains, et n’ai pas voulu voir/savoir ce qu’il en était. :S

      Bon, et la chasse, ah non, vraiment, je ne pourrais pas, n’ai jamais pu. C’est radical, viscéral, éthique, tout ce qu’on veut. Le son d’un coup de fusil dans le paysage sonore des bois, je l’abhorre, tout simplement. L’irruption de violence, et d’une violence que je perçois comme absolument non-nécessaire, idem, j’ai ça en horreur. Refus total d’avoir quoi que ce soit à voir avec cette démarche-là. On a déjà assez menacé comme ça les espaces sauvages, sans avoir besoin d’aller y traquer les cerfs pour les ramener, sanglants, sur nos tables…

      Ah, ma réponse doit sonner assez violente, et maybe moralisatrice, désolée pour ça, je ne sais pas trop (et manque de temps pour ^^’) tourner ma langue dans ma bouche sur ce sujet hautement sensible, en essayant de préciser mon point de vue (assez fraîchement maturé/émergé, en plus, pour dire vrai !) Mais ah, les systèmes à échelle humaine, et le désir d’autarcie, yessss, je te rejoins complétement là-dessus ! ;-)

      Et… et je manque encore de temps pour conclure. Merci encore de ta lecture intéressée (et de la lecture envisagée du bouquin de Nicolino, tellement hard mais nécessaire), et de la réflexion, des interrogations partagées ! :)

      • Clémence dit :

        Je n’ai pas le temps de répondre correctement tout de suite mais je le ferais dès que.
        Pour le ton de ta réponse il est dans la lignée de tes écrits sur le sujet, c’est pas un souci, au contraire ;-)

        Je reviens donc plus tard…

  2. petitefa dit :

    (Just for flood : mon papa, c’est le maïs qu’il refuse, parce que c’est pour les canards, et impossible de l’en faire démordre, si je puis dire ^_^)

    Bon, en fait je ne puis m’empêcher de me joindre à la discussion :D

    …+1 pour l’oeuvre d’intérêt public de Mr Nicolino ! Et j’ai reconnu avec une douloureuse familiarité le passage sur les Masaï qui m’avait tant frappée – pourtant, on sait qu’il y a de quoi être frappé-e dans ce livre-enquête.

    Sinon, je plussoie également pour la difficulté à faire ses courses dans certaines zones – les plus rurales ou les plus urbaines, c’est selon. Ici, j’ai plutôt beaucoup de chance, un gros marché, de super paniers hebdomadaires qui me sauvent le coup (surtout ça), une biocoop, des producteurs locaux en pagaille (le bio est plutôt bien développé dans mon coin en plus) ; alors je me retrouve à râler quand je suis obligée de finir au petit Carouf’ pour des choses que je ne trouve pas ailleurs, mais avec le temps j’apprends à trouver ailleurs. C’est un truc de longue haleine ^_^

    Ah, et sans entrer dans le vif du sujet – pardon pour l’image assez maladroite :S – je crois bien que je suis passée par ce que décrit Clémence pendant quelques années, avant de virer salade powa, à savoir m’axer sur la viande de bonne qualité, locale, pas contaminée, enfin j’espère pas trop, sur des élevages bio qui sont censés avoir une charte plus stricte sur la bien-traitance (!) des animaux. Après, quelques articles des Cahiers anti-spécistes m’ont refroidie sur les conditions réelles d’élevage en bio, mais bon, c’est pour dire. Je trouve que c’est une bonne étape, une sensibilisation sur ‘on’, et j’aimerais tant que cette sensibilisation se propage… :)

    (Et puis à la réflexion, en lisant Clémence, je réalise que si mon intérêt pour les modes alimentaires date de plusieurs années déjà, donc avant que je me ruralise sévèrement, c’est bien aussi le passage ville => campagne qui a accéléré le processus, clairement)

    Je voulais rebondir enfin sur les pistes biblio, car elles sont aussi nombreuses qu’édifiantes, et puis je vais vraiment manquer de temps. A mon grand regret, je garde donc l’aspect books pour plus tard ^^ »

    • psycheinhell dit :

      Hey you :)
      Ah, ben tu me devances, je venais justement préciser/rajouter deux/trois trucs suite aux réflexions faites en plein vent sur mon vélo ^^

      Et donc, que comme toi, comme Clém’, j’ai été pendant un bon bout de temps dans une optique de consommer bio, et local autant que possible (même si, étudiante citadine fauchée, ça avait parfois ses limites – le fait de n’avoir pas les moyens d’acheter de la viande répondant à ces critères n’a d’ailleurs pas été négligeable, comme étape préparatoire pour l’abandon total de la nourriture carnée !), avec un souci de la vie de l’animal (et de la qualité de la filière)
      C’est déjà une sacrée sensibilité, yes :) (et qui ne fait pas qu’un peu flipper l’industrie de la viande, si j’ai bien compris ce qu’en dit m’sieur N., parce que le basculement définitif vers du plus éthique, et plus coûteux, pourrait bien à tout moment venir de cette position-là, si elle se canalisait en mouvement, massif et puissant, de consommateurs !)

      Après coup, maintenant quoi, plein de questionnements sur cette filière bio/local se profilent, quand même. Par exemple, en repensant à cette histoire d’horreur ressurgie du passé familial et des souvenirs maternels – parce que tout de même (et c’était pas très clair comme je l’ai dit, désolée mais la lecture en cours fait bouillonner – en mode ultra brûlant – pas mal de choses de façon un rien brouillonne, pas encore complétement décantée ^^’), parce que tout de même, donc, je sais bien que les choses ont évolué depuis les campagnes de mon grand-père : quid des abattoirs ? il en existe des ‘bio’, qui soient en mode moins chaîne industrielle et ambiance inhumaine, ou bien les animaux, après avoir mené leur petite vie plus paisible dans les prés, connaissent-ils ce même type de mort terrible qui me hante la conscience ? (c’est une vraie question, hein, je ne me l’étais jamais posée jusqu’ici, et j’irais bien me chercher un peu de doc là-dessus !)
      Je repense aussi à ce scandale (ah, je n’ai plus les références sous la main) qui avait éclaté, en Angleterre je crois, lorsqu’il avait été dévoilé que des poules d’élevage en plein air, bénéficiant donc de conditions de vie appréciables, pouvaient cependant provenir d’élevages de poussins (ça doit avoir un nom plus précis…) où l’on pratiquait, là, les classiques horreurs sans respect de la vie (genre, les poussins identifiés comme ‘mâles’ passés direct à la poubelle, ou à la broyeuse).
      Toute la filière, toute la ‘chaîne’ à questionner, de bout en bout, jusque dans les recoins où l’on ne pense pas à aller, où l’on ne nous encourage pas, de fait, à aller chercher – vraiment. Je ne sais plus où j’avais lu ça, mais quelqu’un expliquait que la seule solution pour être certain de vraiment manger bio, et éthique, ce serait limite de ne consommer que les produits de producteurs locaux que l’on connaîtrait *personnellement*, d’assez près pour leur accorder confiance en connaissance de cause…

      … Ce qui rejoint complétement vos remarques sur le mode de vie rurale, où vous avez la possibilité, l’une et l’autre, de briser la chaîne industrielle au profit d’un réseau local, à échelle humaine :)))

      @Fa’ : ah yes, cette histoire de Masaï, ça marque !
      Et c’est terrible, depuis que je suis dans la lecture de ce bouquin, j’ai l’impression de retrouver des échos de son livre absolument *partout* – jusque sur les fils fb, où une connaissance posta y a deux jours, en mode halluciné, un article à propos des fameuses et infâmantes ‘vaches-hublot’ que Nicolino évoque dans les premiers chapitres, et dont la seule idée m’avait fait cauchemarder grave Oo
      (vu aussi, comme toi d’ailleurs, la récente itw de Nicolino dans Le Monde, et, au passage, lu également le truc qu’il pointe en mode acide, la lettre ouverte du syndicat de la viande à notre cher Président suite à la publication du bouquin de Foer et au dossier consécutif des Inrocks – lettre ouverte qui démontre, avec tout son cynisme éhonté, sa mauvaise foi, sa volonté de survivre à n’importe quel prix, le prix de la vie, non du dollar, of course –, qui démontre, donc, toute la justesse des analyses & dénonciations de Fabrice Nicolino. « Il faut faire rendre gorge à ceux qui préfèrent leur chiffre d’affaires à la vie sur terre. », disait-il à propos de l’affaire des pesticides – ah ben oui, décidément, il faut.)
      (et ton point d’exclamation après ce terme de « bien-traitance » me renvoie direct dans ce chapitre aussi bien hallucinant sur la guéguerre sémantique ‘bien-être animal’ vs ‘bien-traitance’, on a vraiment affaire, côté industriel, à une machine de propagande digne des temps de guerre, contre les ‘forces du mal’ écolo, oh gods ! O.o)
      Bon, ce bouquin touche à tellement de choses, de fondements de nos sociétés, qu’on ne peut évidemment que le retrouver partout, et sans doute que du coup je me reçois en pleine face beaucoup d’échos réverbérés de ma lecture – mais j’ai vraiment l’impression de sentir ce sujet brûlant, urgent, vibrer dans l’air ! (*touche du bois*)

      Bon, je retourne touiller mon chaudron de réactions/réflexions à chaud, à vélo, à fil de lecture ! ^_^

      Un salut des forces du mal (ça rime avec moral, & bien-être animal :P)

      • petitefa dit :

        Hel-lo :)

        Je plussoie tout plein de choses, notamment sur les méfiances actuelles sur le bio – viens de lire un article du dernier Monde Diplo sur ce qu’on pourrait nommer, euh, le bio intensif, ça fait étrange comme appellation, aux méthodes quasi identiques à celles de l’agro-industrie de base, et calé pile pour la grande distrib’. Froid dans le dos.

        +1 donc aussi, pour la propagande ripolinée de vert, de soi-disant bien-être, et tout, je n’y crois pas…

        Ainsi que pour les miroirs, les reflets, présents dans tous les coins, dans tous les sens, de la claque nicolinesque. Dans mon cas, comme je te disais cette lecture a correspondu à mon basculement, ça et un-deux films, et, oui tu t’en es souvenue, l’inoubliable regard de cette vache, dans une itw du même sur Basta!. Ensuite, un dessillement assez atroce parfois, sur tout ce qui m’environnait, tout ce que je ne voyais pas depuis des années, et qui était là tout le temps. Les gros panneaux ‘poulets rôtis’, la foire au veau en promo, les enseignes figurant des oies, (ou même des poissons, tiens, quand j’y pense), tout, tout… Vertige, bien trop d’un coup.

        Les hublots, ciel… Je les avais refoulés, ceux-là. Brrrrr. En revanche je me souviens bien du passage sur le gars-des-hublots et son discours nazifiant, eugéniste complet, sur sa déception de ne pouvoir sélectionner les hommes comme il le faisait pour les vaches. Ce lien-là m’a aussi fait une très forte impression, et ouvert une voie de réflexion vraiment puissante.

        Quant à la lettre du chef de la viande, et bien… Elle n’est pas surprenante. Et a le mérite de montrer, un peu, sous leur vrai jour toutes ces personnes et leurs objectifs réels. Le bien-être, tu parles, le pognon, oui. (Passage poujadiste peut-être, mais que je ressens vraiment ainsi)

        Ah oui, sur le terme de bien-traitance, on nous a sorti ça à l’hosto, mouarf, on (=l’Etat, via les ARS) nous sucre un maximum de moyens et de postes tout en engraissant par derrière les labos et le secteur privé, et on nous balade avec des soirées sur l’éthique (re  » (!) « , comme si l’éthique c’était un jeudi par mois et pas tout le temps…) agrémentées de thèmes style ‘la notion de bien-traitance dans le soin’, rions un peu et par ici la monnaie. Du coup, ça m’a rappelé que j’avais lu le même terme concernant le traitement animal.

        Bon, je termine sur cette réflexion déroulée de même au fil de mes trajets (motorisés, hélas, il faut dire qu’on me chambre – à air – au taf parce que je leur ai dit qu’il y avait du cochon dans mes pneus de bagnole, alors ils me veulent en charrette ; rapport au book-performance dont tu as parlé, et que je vais, au final, certainement me procurer). Le regard de cette vache, me disé-je en roulant sur mon gras de porc, est resté planté en moi, et continue de me regarder. Un surmoi, vraiment. Une position de sujet, pas d’objet, plus. C’est exactement ce regard, celui de cette photo-là, prise sur un animal mort depuis des mois ou des années et regardant désespérée son dernier photographe (ciel… j’en suis encore émue), qui se rappelle à moi chaque fois qu’on me demande si je pourrais remanger de la viande, si ça ne me fait pas trop envie, tout ça. Le problème n’est pas tant que ça ne me fait pas envie – ça a pu arriver, ici ou là, même si rarement – mais que ça ne pèse plus aucun poids face à l’oeil conscient de la vache à son dernier instant.
        Donc en conclusion, je crois en définitive que ce n’est ni Gandhi ni Nicolino ni peut-être moi-même, dans cette position de juge interne (=de surmoi, donc), c’est cette bête. Voilà :)

        • psycheinhell dit :

          Hey there ! :)

          Pour l’article du Monde diplomatique, je ne l’ai pas lu, mais ça ne m’étonne même pas, hélas. Quand on voit le bio s’installer jusque dans les grandes enseignes discount, et que l’on constate les prix pratiqués, compressés à souhait, on se dit que l’industrie est en train de poser ses marques dans le domaine. Les prix bas injustifiés, ça coûte cher à l’éthique…
          Bref, y a du boulot…

          Ah, et yes, on en parlait sur un précédent post, mais je partage complétement ton ressenti sur les enseignes, la pub – tout ce que je considère, perso, comme une autre forme d’exploitation de l’animal, dont on va jusqu’à dégrader l’image, transformé en clown, en pantin, pour mieux anesthésier les consciences. Genre, le cochon tout souriant, il ne demandait que ça, hein, l’honneur d’être massacré pour nous emplir le ventre.
          (Je vais maybe choquer, mais tant pis : pour moi, c’est dans la même ligne que l’imagerie de l’époque colonialiste sur les produits importés, style le nègre caricatural du ‘ya bon banania’ !)
          Et ça, je te rejoins, c’est partout, le regard se prend de ces trucs à tout instant. On voit la viande au rabais sur les étals, et on a mal au coeur en songeant aux vies ainsi bradées…

          Alors, alors, face à tout ça, le regard de la vache, de l’être vivant. Trop ‘marrant’, hein, comme les adeptes de la pub n’hésitent pas pour vendre leur barbarque à ridiculiser les bêtes à coups d’anthropomorphismes à deux balles (la brave bête laitière qui va te vanter en souriant le bon goût de son fromage) – mais quand il s’agit du vrai truc humain, le regard de la créature en souffrance & angoisse, woush, les oeillères.

          Et les discours eugénistes… Ca colle une sacrée gerbe, hein ? (et un frisson glacé, plus une sacrée volontée, aussi, de ne pas laisser à ces gars-là le pouvoir de déterminer la direction que prendra le monde.)
          Ce qui m’a beaucoup fait réfléchir (et halluciner), dans le même genre, c’est le discours des ‘zootechniciens’ & autres technocrates, cette volonté, nue, sans conscience, de *contrôler la nature*, à tous niveaux – modifier les rythmes, les formes, les fonctions, faire pousser des membres supplémentaires, faire bouffer de la viande aux animaux végétariens, anéantir les cycles naturels pour que le consommateur puisse avoir tout, tout de suite, sans mesure. Quitte à transformer le vivant en machine, la vie en pur produit. « Le bovin devient ce qu’on espérait. Un produit industriel. », ben merde alors !
          Et vive le biomimétisme, décidément.

  3. psycheinhell dit :

    Hop, ça fait deux jours déjà que je veux rajouter cela à ce petit panier de cueillettes méditatives bio – Le Monde a mis en ligne le contenu d’une itw de Fabrice Nicolino en mode discussion chat, sorte de bilan un an après la sortie de Bidoche, et d’état des lieux sur le sujet, pile en plein bouillonnement suite à la sortie du « Faut-il manger les animaux ? » de Foer…
    Et c’est là :
    ==> http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/01/28/on-devra-peut-etre-choisir-entre-nourrir-les-hommes-ou-les-animaux-pour-la-viande_1472175_823448.html

    Et toujours about Fabrice Nicolino, une précision : l’article « Boulimie de viande » lu dans la revue Ravages, qui m’avait donc décidée à choper son bouquin en librairie, reprend en fait le contenu, légèrement condensé mais l’essentiel y est (formules percutantes compris), d’un chapitre de Bidoche au titre on ne peut plus clair, « Un grand débouché sur la famine ». Avis aux amateurs ! :)

    Et enfin, et encore, et surtout :
    un autre facteur décisif d’achat pour Bidoche, ça a été la couv’ du livre de poche, ces bouilles de vaches sur le chemin gris concentrationnaire de l’abattoir. Je n’ai pas fait le lien sur le coup, mais le souvenir flotte en mémoire, d’une parole qui m’avait marquée, la réaction en belle Clef de Fa à la lecture des écrits de Nicolino, et d’une itw de lui :
    « je ne peux pas oublier le regard de cette vache »
    ==> http://laclefdefa.wordpress.com/2009/10/24/bidoche-par-fabrice-nicolino/
    (… Idem. Il est des regards qu’il nous faut soutenir, et rendre ; qui se plantent en rétine, et, avec leur lueur de conscience, à la lumière de l’empathie, y font pousser ce regard nouveau, éthique et douloureux…)

  4. psycheinhell dit :

    … Je poursuis route faisant ma petite oeuvre de digestion spirituelle, encore…

    En repensant (un soir où une coupure de courant dans le métro me permit de profiter de cet instant étrange, indescriptible, qui suit l’arrêt soudain du moteur, lorsque les voix et autres sons de la communauté des passagers reprennent possession de l’espace sonore comme sur la pointe des coussinets, où le rythme semble suspendu, puis relâché tel un souffle délicatement expiré, où tout paraît baigner dans une douce flottaison de coton – irruption surprise de paix par l’effet d’un coup de grâce sonore…) en repensant, donc, à une démarche que je ne peux qu’associer aux résonances de la pensée de Murray Schafer –
    J’ai déjà raconté dans un précédent billet mes impressions de rencontre avec ce très beau ‘commando poétique’ que forment les Souffleurs (==> https://psychopompe.wordpress.com/2010/12/04/et-les-rossignols-vous-murmurent-a-loreille/ )

    A la mi-décembre dernier, ils se lancèrent, de leur QG d’Aubervilliers, dans une ‘folle tentative’: l’espace d’une heure matinale, rendre les rues d’un quartier au silence à résonance humaine – en invitant les automobilistes à couper leur moteur, et une grosse centaine de volontaires… à se réunir pour pousser ! Et cela donne cette ambiance, en vidéo :
    ==> http://vimeo.com/18783687

    Belle manière de stimuler la conscience de l’environnement sonore, de faire irruption dans la rue pour reconquérir d’un acte poétique l’espace public (et jusqu’à la signalétique !), de renouer ces liens humains que l’habitacle automobile et le bruit du moteur tendent à cloisonner.
    On respire tellement mieux, on s’entend respirer, quand les moteurs se taisent…

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