La gare, elle est à qui ?

Ne faites pas attention à moi, je ne fais que passer.
‘Pas que je n’aie rien à dire, le monde tourne toujours aussi vite, et on s’attend d’un instant à l’autre à le sentir virer hors de son axe. Mais c’est que justement, j’ai comme une envie de le ralentir, le monde. Sentiment étrange face aux flux d’infos, appels, actions, réactions, brassés de partout. Un instant je suis le flux, j’en suis, de ce flux, l’instant d’après je sors. Vais me poser près d’un chat, un arbre, un canard, un corbeau, à ne rien faire. À tout regarder, apprendre à voir. À sentir l’écorce, sentir pousser les branches. À explorer les paysages sonores.
Mais le monde, qui décidément court vite, finit toujours par me rattraper jusqu’en ces horizons-là. Parce que je ne sais pas dissocier les mondes, en oscillation constante entre cata- & anabase.
Et quand on observe la ville, on voit des trucs. Pas seulement la présence trop méconnue, trop méprisée, de tous les rameaux, racines, émissaires de la terre Mère. Mais la gueule toute sécuritaire de la France de Sarkozy, la guerre que celle-ci mène à la rue, dans la rue. La peur dans les regards des vendeurs à la sauvette, la mendicité criminalisée, les familles de Roms chassées des parcs publics où elles ne faisaient que ce que font les dizaines de braves citoyens autour d’elles, pique-niquer à l’heure du casse-croûte.

Article XI dans sa revue papier a publié une série d’articles sur le sujet, excellente et glaçante : « Gare du Nord, la fabrique du non-lieu », par Julia Z. Je viens de m’apercevoir qu’ils sont progressivement mis en ligne, et voilà que vient de tomber le second, « Gare du Nord : Police du recoin », qui m’avait tellement frappée (frappée, c’est le mot) que je tape ce billet exprès pour en recommander très très fort la lecture. Et c’est là, donc :

Gare du Nord : La fabrique du non-lieu

Gare du Nord : Police du recoin

Où l’on apprend que les bacs à fleurs, c’est prohibé, des fois qu’un émeutier s’en fasse une arme. Où l’on voit comme la SNCF aime la fluidité des foules dociles, et chasse autant qu’elle peut tous les caillots immobiles, tous les ilots de résistance. Où l’on voit se dessiner, jusque dans les détails qui nous semblent innocent, cette guerre de territoire menée en plein jour. « Les jeunes qui squattent, je les tiens à l’œil, il faut leur montrer à qui appartient la gare du Nord » , martèle la Sécurité.

À lire vraiment, pour tous ceux qui s’intéressent au décryptage urbain.
Avec une grosse pensée vers l’histoire des « anti-sites » , déjà abordée sur une Clef voisine, et toujours d’actualité – tous ces dispositifs mis en place pour faire sentir aux SDF que l’espace public ne leur appartient pas non plus.
… Avec une grosse pensée d’Earthling, aussi, à la suite, vers ces autres anti-sites, d’une agressivité architecturale totale, que sont les infâmes (et omni-présents dans le paysage) pics anti-pigeons…

Pendant ce temps-là, dans les couloirs du métro, sur les affiches de pub, la résistance s’active et fait passer le message :

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Une réflexion sur “La gare, elle est à qui ?

  1. psycheinhell dit :

    … Et le monde fut horriblement synchro, sur le coup…

    On my way home, passage par la gare St-Lazare, en pleine heure de pointe. Nouvel aperçu de la guerre urbaine, en résonance particulière avec les souvenirs de lecture sur la gare du Nord, je remarque que les vendeurs de fruits à la sauvette sont en train de remballer, à la hâte et en râlant, leurs étals de fortune. Un peu plus loin, une agent de la ratp parle dans un talkie, dominant de toute sa hauteur une vieille, vieille mendiante que j’ai déjà vue dans le coin, et qui tâtonne péniblement pour se relever.
    Autour de ces deux-là, le flux de foule se scinde, impassible, vaguement agacé de l’obstacle non identifié.

    Ah. Rassembler ses forces, sa force de résistance, pour sortir du flux où sont canalisées les ressources humaines. Collectivement, créer un courant alternatif – vers la haute mer, vers les eaux libres…

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