Destructeurs, guerriers, guérisseurs

Hop, désolée pour la bousculade, les choses bougent :

La première partie de ce cri du coeur a pris ses cliques, et surtout ses claques, pour joindre son humble filet de voix au « NON » collectif exprimé par les artistes, auteurs, acteurs et amateurs de culture en réaction à l’inscription de la corrida au patrimoine culturel immatériel français. Pour le lire, un saut dans la toile, comme un pas de résistance :

Appelez-moi une apasionada

Et surtout, une fois là-bas, n’hésitez pas à regarder autour de vous, écoutez : ce « non »-là a trouvé à s’exprimer à travers des images & paroles d’une force saisissante. Que l’on ne vienne plus, après avoir parcouru les messages d’artistes rassemblés là, me parler de tyrannie des bien-pensants, d’aseptisation de l’esthétique occidentale, ou que sais-je. Il n’y a rien là d’aseptisé.
On descend dans l’arène pour mieux en sortir, à l’instar de T.S.E.G. et Luvan – le « non » planté ferme comme un taureau se ficherait les quatre pattes en terre pour refuser le jeu de mort.
On descend dans l’arène, non celle du spectacle au grand jour, celle des peurs, des combats intérieurs, des danses trop humaines avec la mort conjurées dans l’esthétique des danses de mort – on descend, les pieds dans le sable et le sang, plus profond, vers l’obscur, comme fait Yael Assia, et la parole accroche comme un regard qui ne cille pas, qui reflète le mensonge mais ne ment pas – ni à nous ni à soi –, reflète le regard noir, ignoré du taureau. Et le « non » comme une lumière de ciel libre, loin de la rouge fureur.
On descend dans l’arène, déployant comme Charlotte Bousquet, en guise d’arme, une parole qui recadre avec force tout le clinquant esthétique de la corrida dans son contexte brutal, son coeur de souffrance – et portant au bras la cape flottante du fantastique, la brouilleuse de frontières, abolissant ici ces limites artificielles qui furent placées entre l’animal et l’humain afin d’absoudre la cruauté. Et le « non » comme un cri d’horreur, trop tard.

« Se rendre compte trop tard, l’arme encore à la main, les pieds dans la boue, le sourire écarlate, que la chose éventrée n’était pas une bête mais un être vivant. Nous sommes tous la bête d’un autre. Au lieu de nous indigner, osons l’accepter. Traite-moi comme une bête, mais ose prendre sa place. Assumons les crocs, les griffes, les serres, les écailles, le venin – et peut-être l’espoir de retrouver des ailes. »
Isabelle Sorente, « Le Pari », in Adieu bel Animal (revue Ravages n°3)

Les voix se rassemblent encore, mais je conseille vivement, donc, d’aller faire un tour par là-bas, et écouter, répercuter s’ils font écho en vous, les messages déjà présents :

Charlotte Bousquet, « D’Or et de Sang »

T.S.E.G. & Luvan, « Identité »

Yael Assia, « Indulto »

Une voix, un non. Un clic, un écho. Hop !

*** ** ***

Je médite beaucoup, en ces temps de bagarres incessantes pour l’écologie, l’éthique, la cause animale & humaine. Tandis que les images de destruction se multiplient à n’en plus pouvoir (et l’on se dit, oui, parfois, que stop, on n’en peut plus, et la Terre idem), c’est aux guérisseurs que je pense.
J’y pense en parcourant Earthforce, le kinda « Art de la guerre » qu’écrivit le captain Paul Watson à l’usage de tout activiste écolo. Parmi les différents types de défenseurs de la Terre dont il décline les formes de combat, il évoque le guérisseur, associé au coeur comme l’artiste est l’âme du combat, le communicateur la voix, le catalyste la puissance de volonté, ou le shaman, la lumière.
J’y pense, très fort, en cheminant aussi loin qu’il est permis à l’étrangère que je suis d’aller vers le coeur des cultures amérindiennes. J’y pense en célébrant l’aube au matin, j’y pense en marchant les yeux miroitant de la beauté qui m’entoure, en vibrant de ces chants sacrés qui font résonner en ce monde l’harmonie de l’hozho, sa force de guérison.
Il y a beaucoup de guerriers, de combattants, de journalistes, de voix puissantes, parmi les personnes dont j’admire, respecte et répercute les actions. Mais ce monde a besoin, j’y pense de plus en plus, de guérisseurs.
Alors, après avoir plongé dans les horreurs de la corrida, et sans plus de discours, j’aimerais partager ici ces deux vidéos qui m’ont beaucoup marquée, renforcée et fait réfléchir ces jours-ci.

Le témoignage – à pleurer, d’ailleurs j’ai pleuré, ébranlée comme devant des images de libération d’un camp de concentration – de l’opération Greystroke, un sauvetage réussi qui permit à un groupe de babouins victimes d’expérimentation dans les locaux du CNRS de finir leurs jours en paix (autant que la paix est possible après ce qui leur fut infligé) au Refuge de l’Arche :

Et la parole d’un guérisseur, Willie Smits (dispo en sous-titrage FR sur le site), qui commença par sauver des singes et, bouleversé par leur nombre, comprenant qu’un refuge ne suffit pas à restaurer, justement, l’harmonie, oeuvra à recréer une forêt en pleine zone dévastée, liant, ou reliant, enfin, les arbres, les singes, et les gens. Inspirant au possible, et à l’impossible, même :

Allez, et puissiez-vous marcher dans la beauté, l’esprit droit au milieu des arbres
– et puissiez-vous ce faisant, comme dit la belle expression de là-bas, walk the talk.
Dream the walk, and walk the talk, yup.

« These fragments I have shored against my ruins—
The cosmos works by harmony of tensions, like the lyre and bow
And so it was I entered the broken world
Turning shadow into transient beauty—
Once upon a time, we knew the world from birth »
Terry Tempest Williams, Finding Beauty in a Broken World

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Une réflexion sur “Destructeurs, guerriers, guérisseurs

  1. […] absolument le billet complet, et parfait, d’Hell-Girl depuis le phare ami PsychoPompe : Destructeurs, guerriers, guérisseurs. Tout y est. Y compris le militantisme à plumes pour les bêtes à poils. (Et à poil, oui, nue, […]

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