No Earthling’s land

Réalité surréaliste à la Mike Davis :
un road trip au sein de la zone évacuée environnant Fukushima.

Villes abandonnées, rubans de route fracturés –
réacteur, réalité, rétine, même réaction : la fissure.
Le no man’s land – oh que l’expression prend de sens. La terre du nucléaire n’est pas pour les humains, et pour rien de terrien.

This is no earthling’s land.

– et pourtant, seuls occupants visibles, les chiens errants et les hordes de vaches rendues à la liberté.
Collier toujours autour du cou pour les animaux de compagnie, marque d’esclave à l’oreille pour les animaux de consommation. Tous catapultés vagabonds.
Le bulldog frétille, les vaches s’enfuient, l’esprit part en vrille : quid des bêtes ? leur perception des événements marqués surtout par la disparition de l’omniprésent homme ? quid de leur santé, et quid de leur avenir ?
Je regarde le bétail, et je me dis que ces bêtes-là, pour certaines en tout cas, n’ont pas l’air de si mal se porter que ça, sans nous. Je regarde ces  survivants de la catastrophe et je repense aux Masaï et aux vaches folles, je les regarde et crains que du jour où l’homme, s’il y arrive, reprendra le contrôle des lieux, le désastre de Fukushima se doublera sans doute d’un grand massacre bovin (car qui voudra encore d’un troupeau si exposé ? impropre à la consommation, impropre. inutile.)
Je les regarde et pense à ceux que l’on ne voit pas, les morts de faim derrière les murs que la nature n’a pas fracturés, abandonnés dans les étables, dans leurs prisons aux barreaux intacts. Aux dauphins captifs de la baie de Taiji, aux 24 morts de mars, à leur corps brisé contre les rochers au fil des flux et reflux de vagues géantes, à la merci totale du tsunami par la non-grâce des hommes. Disgrâce, désastre.

L’humanité n’est pas seule à porter les conséquences de ses folies. Raison de plus pour stopper, pour changer.

//

Complément d’info après tour du monde du web :

Euronews s’interroge aussi. La réponse officielle : les animaux ne sont pas prioritaires. Et sans surprise, alas, abattage en cours ou en prévision pour le bétail. Pour les « pets », décontamination et rapatriement.

 – Pour les salement nommés animaux de compagnie, le Japan Earthquake Animal Rescue and Support organise le sauvetage, au mieux de ses moyens. Appel aux bonnes volontés, aux volontés tout court.

*

Un corbeau à Tchernobyl, 2009. (c)V. Fedosenko/Reuters

 *

Bande-son – Jack or Jive, « The Earth », in album Prayer,
Son de voix – Terry Tempest Williams, Finding Beauty in a Broken World,
Voie de marche – Cioran, « Vers une sagesse végétale : j’abjurerais toutes mes terreurs pour le sourire d’un arbre. »

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2 réflexions sur “No Earthling’s land

  1. charlotte dit :

    Ils ne sont jamais prioritaires. Il faut toujours « choisir »….et les « braves gens » d’essayer de te culpabiliser si par malheur tu penses autrement (et et, pas nécessairement ou ou) Il y avait eu, via Actu Animaux, une action pour les animaux sinistrés du Japon. Goutte d’eau, but…
    Quant à changer, je l’espère…

    • psycheinhell dit :

      « Et » vs « ou », ah oui, ce que ça peut m’énerver ça, et qu’est-ce que je l’entends (encore plus depuis que j’ai viré vg) – d’autant plus grinçant que si on creuse cette tentative de culpabilisation, on trouve dans la plupart des cas un moyen… de déculpabiliser, pour celui qui n’a pas l’intention de se bouger les fesses.
      Comme si une action était exclusive de toute autre, et comme si tout, bon sang, n’était pas lié.
      « Choisir », quel putain de choix de Sophie dans leur bouche. Eh bien moi, je fais le choix de la vie, du respect de toute vie, et voilà. (*mine résolue façon Antigone d’Anouilh*)

      (et punaise, depuis que j’ai vu ces vidéos j’essaye de me mettre à la place de ces familles, qu’on a obligé à partir en laissant derrière leurs compagnons, mais c’est insupportable. Je me rappelle encore la réaction de ma mère quand elle a eu un gros accident, voiture sortie de la route avec tonneaux et tout… ben quand les secours sont arrivés, ils ont dû courir après ma mère qui elle courait après son chien enfui traumatisé dans la forêt. Rien à battre des blessures et de la bagnole fichue. Ca a dû tenir de l’impossible ou du crève-coeur, pour certains, partir dans de telles conditions… :S)

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