Petites graines cristallisées

Je me demande si j’ai jamais approché
La première graine, l’origine, au point de l’apercevoir,
Et où cela a pu se produire.
J’ai déjà pensé à cela, dit le Coyote.
Il me semble l’avoir vue
Une fois
Dans le reflet d’une très vieille couche de mica.
J’étais alors un enfant, bercé dans les bras de ma mère.
Nous creusions le sol
Cherchant de l’argile grise pour nos poteries.
C’était il y a longtemps, au sud d’Acoma ;
Je n’en avais jamais été si proche.
J’y ai déjà pensé, dit le Coyote.

Simon J. Ortiz

L’ai-je déjà dit ? Tout est lié. Tout se lie, la trame se tisse, sous mes yeux, sous mes doigts. Et me voilà, encore une fois, point de convergence de multiples fils, point nodal, vibrant dans l’aube.

Par où commencer ? L’enfance – où tant commence ? L’enfance. Deux souvenirs :
Les lentilles. Plat adoré, à condition qu’il ne soit pas trop mijoté, que les petites gousses restent assez fermes pour être égrenées sous la langue. Le plaisir, sensuel, de l’égrenage, qui ne me quittera pas. Car voilà, je ne voulais qu’une chose, moi, c’était plonger les mains dans ce paquet de petites graines, et les sentir couler entre mes doigts. Comme la terre, comme le sable. Plaisir interdit – on ne joue pas avec la nourriture. Devenue grande dans ma propre cuisine, et sans doute pas adulte, je joue, en toute liberté. J’égrène, je soupèse, je sens. Se reconnecter, reconnaître la graine.
Le riz. Les grognes de gosse quand était mis sur la table ce que j’identifiais comme le riz « blanc, collant, gluant ». Mon goût de gosse pour le fameux mélange « riz sauvage », plus ferme encore une fois, coulant sous la langue comme une rivière. Sauvage, mon riz, c’est ainsi que je l’aimais, sans en savoir plus.

Aujourd’hui, je sais. Je sais que je ne savais rien, et ne sais toujours pas grand’chose. Mais je ne demande qu’à apprendre. D’autant que la piste de terre où l’on sème les graines est l’une des voies de la beauté.
Hier, un voyage comme un voile qui se déchire. Deux guides : Gary Paul Nabhan, et Nikolaï Vavilov. Deux botanistes / ethnobotanistes / phytogénéticiens ? Deux voyageurs, deux collecteurs de graine, deux découvreurs. Des aventuriers de l’arche perdue, en quête des origines géographiques de nos semences, défenseurs des agricultures locales au nom du savoir agricole autochtone. La science devient poésie, le savoir se célèbre en lyrisme. Je n’aurais pas cru, en craquant sur ce livre dans une librairie de voyage, qu’il me ferait tant vibrer, et rêver :

En cet hiver glacial de 1943, le célèbre botaniste russe Nikolaï Vavilov croupit au fond d’une prison soviétique, victime des terribles purges de Staline. À bout de forces, il mourra de faim après quelques semaines. Une cruelle ironie du sort pour un homme qui consacra toute sa vie à la lutte contre la famine.

Botaniste et chercheur visionnaire, Nikolaï Vavilov fut l’un des premiers scientifiques à comprendre l’importance essentielle de la diversité biologique pour assurer la sécurité alimentaire de l’humanité. Pendant des années, il parcourut le monde, explorant les cinq continents, des glaciers du Tadjikistan aux forêts d’Amazonie, des déserts d’Éthiopie aux plaines d’Italie, collectant inlassablement des centaines de milliers de semences, dans l’espoir d’identifier les « centres d’origine de la biodiversité ».

En quelques années, il allait ainsi créer à Saint-Pétersbourg la plus grande banque de semences au monde – encore active aujourd’hui.

Dans ces pages captivantes, Gary Nabhan retrace l’extraordinaire quête de Vavilov et dresse l’état vibrant de notre biodiversité alimentaire. Il nous explique en quoi les changements climatiques, la libéralisation des échanges, l’ingénierie génétique et la perte des savoirs traditionnels menacent aujourd’hui les sources de notre nourriture.

L’auteur nous révèle ainsi non seulement la part de biodiversité déjà perdue, mais il nous montre aussi tout ce qu’entreprennent des fermiers et des scientifiques déterminés dans de nombreuses régions du monde pour en préserver les richesses inestimables.

Il est urgent, dit Gary Nabhan au fil de ces pages brûlantes d’actualité, que les hommes se souviennent que la sauvegarde de la biodiversité est entre leurs mains !

Le premier chapitre (malgré son écriture un peu désordonnée, ne pas s’arrêter à cela, *surtout pas*), le premier chapitre, donc, fut un choc. Il dit le rêve d’un botaniste né dans la Russie des famines, l’histoire d’une banque de semences sous la Russie soviétique, et l’héroïque préservation d’un patrimoine d’exception en pleine guerre mondiale – comme je disais sur Babelio, encore sous coup de foudre :

Pan de vie insoupçonné, biographie d’un voyageur aux explorations peu communes, grand arpenteur de terres et recueilleur de graines :
Nikolaï Vavilov, botaniste né dans la Russie des grandes famines, mort de faim dans cette même Russie après avoir parcouru la terre dans l’espoir de collecter et préserver les semences qui sauveront les vies de demain. L’émotion de marcher sur ces pas, l’hallucination face à ce morceau d’histoire incroyable, cette épopée touchante, humble et fondamentale comme une sagesse de cultivateur : la tragédie silencieuse du siège de Leningrad, quand l’équipe de Vavilov se battait pour sauver les précieuses graines collectées – héroïsme de personnes qui choisissent de mourir de faim ou de maladie pour transmettre comme un trésor leurs sachets de riz, de périr dévorés par les rats en défendant des pommes de terre – conscientes de tenir entre leurs mains la précieuse biodiversité du lendemain, l’avenir et l’espoir. Gorge serrée.

Et de là, le voyage. Gary Paul Nabhan, lui-même défenseur de l’agriculture locale, spécialiste notamment de la région du désert de Sonora, membre fondateur de la belle organisation Native Seeds/SEARCH, retrace les pas de Vavilov lancé dans le monde à la recherche des hotspots de biodiversité, ces régions reculées qui ont échappé à la tyrannie des monocultures, où survivent et essaiment, couvées par un savoir autochtone, des graines ancestrales, inconnues parfois de la science, endémiques. Des régions où la diversité de plantes et de graines peut se compter en milliers. Fabuleux voyage, qui emmène vers les montagnes du Pamir, ce « Toit du Monde » abritant sous le ciel plus de 5500 variétés de plantes, dont 1500 endémiques ; le jardin d’Eden qu’abrite le Kazakhstan, là où poussent, imaginez un peu, des forêts, ouaip, des forêts entières de pommiers sauvages ; les oasis berbères de palmiers-dattiers, cette perle de verdure dans le désert ; les champs hopis de culture sèche, résilients à la sécheresse, moins résistants à la connerie occidentale qui s’acharna dans son avidité à remplacer l’agriculture locale autarcique en dépendance vis-à-vis de la junk food industrielle ; les cordillères de la Sierra Madre et leurs trésors de maïs – on marche, on marche à fond, et l’esprit s’envole, et les mains rêvent de caresser, égrener, sentir, et la bouche, elle aussi, participe au rêve, dans l’envie de goûter les nourritures locales, les pains de mûre du Pamir, les galettes géantes d’enjera, les déclinaisons mexicaines du maïs…

Et me voilà, au terme du voyage, plantée devant le rayon graines & céréales de mon mag’ bio local, à couver les petits paquets d’un autre regard.
Grognant un peu contre les prisons aseptisées de plastique, les yeux encore tout songeurs de la vision des marchés d’épices à ciel ouvert en Ethiopie, avec leurs graines empilées sur des pans de couverture, au milieu de pieds qui ont appris à fouler la terre avec précaution, pour ne pas écraser ou mélanger les semences.
Scrutant les étiquettes, à la recherche de l’origine. L’habitude de tout trouver dans son assiette, surgi de nulle part – ce voile-là s’effiloche, fausse magie, remplacé par une trame plus vaste, l’enchantement de connaître les origines, d’être connecté à l’histoire de choses qui ne sont pas des choses, pas des objets, pas des possessions. Ce changement s’était amorcé au moment du passage à une alimentation végétalienne, et le cadre s’élargit encore. Dans le goût d’une graine, savourer, célébrer toute une terre, et la culture qui lui est liée, ah…

– Bon, j’avais prévenu, hein, que ce voyage-là rendait lyrique. :P –
Et je ne suis pas seule à m’exalter devant ce récit profondément humain, humaniste, terrien. Fabrice Nicolino, depuis sa Planète sans Visa, vibre avec force :

Николай Вавилов, héros oublié de l’humanité

Vavilov au Mexique, 1931, serrant dans ses bras des plants de maïs et de téosinte

C’est un voyage, c’est aussi un combat, et l’esquisse d’une solution, dans notre monde de multinationales. Car le message de ce bouquin, en sus des visions & des saveurs, c’est que la biodiversité nous est vitale ; que la préservation des agricultures locales reste encore le meilleur moyen de protéger le monde des grandes famines ; et que là où ces agricultures restent pérennes, plantées ferme en terre et dans le terreau culturel, les Monsanto & co peinent d’autant à s’implanter. Il faut se battre, bien sûr – surtout quand les gouvernements eux-mêmes, corrompus jusqu’aux racines, distribuent les graines empoisonnées, poussent à la monoculture, préfèrent l’exportation à l’autarcie alimentaire. Déjà à l’époque, il fallait se battre : exemple hallucinant, la pression exercée par les Etats-Unis sur le Mexique pour empêcher Vavilov, un Russe, un concurrent donc, d’aller étudier les semences de guayule, une source de caoutchouc vivement convoitée par l’industrie américaine alors que la production d’hévéa déclinait ; en 1942, le gouvernement américain obtient la main-mise sur la production mexicaine de guayule – et qu’advient-il à la fin de la guerre, lorsque l’industrie américaine du caoutchouc retrouve sa pleine forme ? Ceci : « elles [les industries EU productrices de caoutchouc] exigèrent du gouvernement américain la destruction de la totalité des champs de guayule des deux côtés de la frontière, l’abandon de toute recherche liée à l’amélioration du guayule et à l’extraction du caoutchouc et une assistance politique et militaire pour accéder aux plantations d’hévéas dans n’importe quel pays tropical où elles souhaitaient s’implanter. Ces compagnies ne visaient rien de moins que le monopole de l’industrie du caoutchouc que leur offraient les plantations tropicales qu’elles s’étaient appropriées. En quelques mois, la totalité des plantations de guayule des zones frontalières entre les Etats-Unis et le Mexique furent brûlées sur ordre du gouvernement américain et tous les tonneaux contenant des semences de la plante, améliorées par deux décennies de recherche génétique, furent détruits – à l’exception d’un seul [lequel, trente ans plus tard, se vendra un million de dollars, le prix de la bêtise humaine sans doute]. » Oui, c’est de la folie, c’est du gâchis – c’est l’industrie.
Mais il y a matière à se battre, une matière terrestre, terrienne, trésor et espoir.

Il y a matière, et des bras militants, des voix haut portant – parmi lesquels, Gary Paul Nabhan en personne, une des influences qui impulsa le mouvement de défense de l’agriculture locale en Amérique.

Gary Nabhan: From the field, to the campfire, to the kitchen

Je commence tout juste à explorer les pistes au départ de son site, et quelle richesse ! Rien que sa biblio me met l’eau à la bouche, et pas de doute que j’irai prochainement piocher par là-bas de nouvelles graines de réflexion. Quelques exemples, même si en fait à peu près tout me tente furieusement ^_^ :

The Desert Smells Like Rain, 1982

In The Desert Smells Like Rain, ethnobiologist Gary Nabhan describes his visits with contemporary Papago Indians, the Tohono O’oodham or “Desert People”. Drawing on his extensive scientific research and study of Papago folklore, as well as his years of work among the Desert People in village gardening and nutrition programs, Nabhan portrays a desert- adapted way of life that has persisted despite the pressures of modern civilization.

“Gary Nabhan’s compassionate observation of Papago land ethics is important work, capable of broad application. He is a naturalist in the full sense of the word, because he has not forgotten the people.” -Barry Lopez

*

Cultures of Habitat, 1997

Cultures of Habitat, On Nature, Culture, and Story. Nabhan. A mosaic of 24 provocative essays that celebrate the vital connections between the soul, place, and nature.

Nabhan offers numerous real-life examples of places where human populations have sustained native wildlife populations and discusses the factors that contribute to these positive relationships.

Concentrating on “cultures of habitat,” Gary Nabhan also offers examples of how disruptions in natural communities correlate with upheavals in human built communities. This fine collection of writings shows how human quality of life issues are rooted firmly in environmental quality.

*

Arab/American: Landscape, Culture, and Cuisine in Two Great Deserts, 2008

The landscapes, cultures, and cuisines of deserts in the Middle East and North America have commonalities that have seldom been explored by scientists—and have hardly been celebrated by society at large. Sonoran Desert ecologist Gary Nabhan grew up around Arab grandparents, aunts, uncles, and cousins in a family that has been emigrating to the United States and Mexico from Lebanon for more than a century, and he himself frequently travels to the deserts of the Middle East.In an era when some Arabs and Americans have markedly distanced themselves from one another, Nabhan has been prompted to explore their common ground, historically, ecologically, linguistically, and gastronomically. Arab/American is not merely an exploration of his own multicultural roots but also a revelation of the deep cultural linkages between the inhabitants of two of the world’s great desert regions. Here, in beautifully crafted essays, Nabhan explores how these seemingly disparate cultures are bound to each other in ways we would never imagine. With an extraordinary ear for language and a truly adventurous palate, Nabhan uncovers surprising convergences between the landscape ecology, ethnogeography, agriculture, and cuisines of the Middle East and the binational Desert Southwest.

Arab/American “provides a sumptuous mosaic of personal and cultural history,” and offers “a delicious read.” – Diana Abu-Jaber

***

Un point de convergence, disais-je. Le lien de la terre à la culture – et vu ma fascination pour les cultures amérindiennes, comment ne pas écarquiller les yeux devant un tel carrefour de pistes ? Native Seeds / SEARCH, le désert du Sonora, le maïs et les Hopis, etc ad vertiginem… Tout converge, et je retrouve dans la terre de ces sentiers les marques de pas laissées récemment au fil d’une autre exploration, faite cette fois-ci sous la conduite de Winona Laduke, militante amérindienne particulièrement active dans le champ de l’écologie et du droit des peuples, impliquée notamment dans l’organisation Honor the Earth et le White Earth Land Recovery Project. Je disais quelques posts plus haut combien j’étais tentée par son bouquin Recovering the Sacred: The Power of Naming and Claiming – depuis, je l’ai lu, et ce fut comme un coup de foudre, un éclair de l’Oiseau-Tonnerre. Et si j’en profite pour faire remonter ici une partie de mon commentaire, c’est que LaDuke est originaire d’une tribu anishinaabeg qui s’honore d’un lien ancestral avec la culture, eh bien, du riz sauvage – et ce qu’elle en dit fut l’amorce, les premières graines, des réflexions qui se confirmèrent à la lecture d’ Aux sources de notre nourriture :

Ah, et puis, super important à savoir quand on s’intéresse aux grains, aux plantes, à la relation à la Terre, c’est la façon dont les multinationales ont tenté de s’emparer de graines traditionnellement cultivées par des tribus bien précises, avec un crucial lien culturel, communautaire, historique. Le plus beau chapitre, qui m’a ouvert des horizons complétement insoupçonnés et planté nombre de graines de réflexions, c’est sur la relation fondamentale entre les Anishinaabeg (les Indiens Ojibwé) et le riz sauvage originaire des grands lacs, à des lieues de ce qu’en fit Uncle Ben’s (berk). Et comment les multinationales en dénaturèrent la culture, voulurent se l’approprier en déposant des brevets, tentèrent de faire mainmise sur le génome de ce riz sauvage et de le soumettre à des expériences de modification génétique (évidemment, Monsanto est de l’affaire). Comment il fut commercialisé par des compagnies qui n’hésitèrent pas à s’approprier toute une imagerie amérindienne pour mieux le vendre, comment ce riz dit sauvage fut complétement domestiqué, et carrément altéré (par exemple pour que son temps de cuisson égale celui du riz blanc auquel on le mélange). Ah c’est édifiant, y a pas. :-/

Hop, un article en ligne de la même auteure, Winona LaDuke, qui reprend l’essentiel de ce chapitre « Wild Rice », sur le site d’un mag écolo que j’aime énormément, Orion :
==> « Ricekeepers »

et le point de vue direct de récolteurs ojibwé, sur le site de Slow Food USA :
==>« Wild Rice – Anishinaabeg Manoomin »

[et je rajoute après coup un dernier lien, de Winona LaDuke toujours, sur le site de Cultural Survival :
==> « Wild Rice and Ethics »

« When we sow seed, we pray: May this seed be exhaustless. Monsanto and the USDA [US Department of Agriculture], on the other hand, are stating: Let this seed be terminated so that our profits and monopoly are exhaustless. »
Vandana Shiva

Il y a tant de graines dans ce livre à planter dans les esprits. Le lien entre les problèmes d’obésité et de diabète qui sont une des plaies des communautés amérindiennes, et le fait que le gouvernement américain, après leur avoir retiré leurs moyens de subsistance traditionnelle (la terre confisquée, les rivières polluées, les animaux exterminés), les ait tenus en dépendance en leur garantissant via les traités des livraisons de ‘junk food’ à l’origine de bien des soucis de santé. Et comment le retour à une agriculture traditionnelle, et notamment les récentes entreprises de créer des banques de graines anciennes à faire revivre au sein des communautés, est un beau grand espoir de renouveau, pour les corps et les esprits (amen à ça).

Un bouquin à mettre entre toutes les mains, sous tous les regards, vraiment.

Point nodal. A lire LaDuke, je réalise que le riz sauvage de mon enfance était un mensonge – le fruit d’une domestication, d’une mutilation, et d’une spoliation. Et me voilà, déjà, encore, devant le rayon graines & céréales, à scruter les étiquettes. Le mélange de riz sauvages : cuisson d’une vingtaine de minutes. Le riz sauvage : traditionnellement, plus d’une heure de cuisson. LaDuke avait raison, le riz sauvage authentique est mutilé, prétraité ou je ne sais quoi, pour la commodité de cuisson et le confort du client, qui ne sait pas, à qui l’on vend de la wilderness en boite. Les prix aussi : le riz sauvage non mélangé, pour un paquet plus petit, vaut près du double de ce qui est demandé pour le mélange (et encore, l’origine mentionnée – le Canada – ne précise pas aux mains de qui se trouvait la production, populations locales aux méthodes artisanales, ou grande industrie armée d’hydroglisseurs, une hérésie pour les Amérindiens cultivant, à travers leur riz, un lien sacré aux Grands Lacs).
Une chose est sûre, désormais, mon riz sauvage cuira à part, indépendant.

Car quand l’homme se tiendra
Ainsi penché vers le sol,
Retournant humblement
Vers le lieu de la graine,
Montera une sève d’Entendement
Tournée vers l’Esprit.
Il fera sa charpente
Là où sont ses pieds,
Et sa tête fleurira.

« Le secret du buis », inspiré de contes juifs sépharades et hassidiques,
in Contes des sages jardiniers

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7 réflexions sur “Petites graines cristallisées

  1. lullaby84 dit :

    Beaucoup de liens m’intéressent… article fort, article passionné (comme toujours, ai-je envie de dire, mais je tiens à le souligner à chaque fois :)). Sujet qui me prend aux tripes, aussi, maintenant que je scrute chaque étiquette, que le tout-est-lié est de plus en en plus en avant de ma conscience… j’ai envie de creuser ce sujet, je note tes liens. le temps me manque cruellement pour les explorer ce soir, mais je marque ton article en mémoire, pour y aller. Très bel article, et moults infos utiles ! Merci !

  2. psycheinhell dit :

    Hey Lullaby,
    Bien contente si toutes ces petites graines trouvent chez toi terreau favorable :)) Oui, le sujet est passionnant, et vaste comme tout, vaste comme la terre – et c’est tellement chouette, d’apprendre à connaître les sources, les origines de notre nourriture, c’est mettre une histoire dans son assiette, et zeus qu’on en a besoin, nous autres de l’humanité, des histoires, pour appréhender le monde !
    Et là, j’avoue que j’embrasse la démarche avec d’autant plus d’enthousiasme que c’est comme un souffle pur, une bonne senteur de terre, dans un quotidien où bien souvent, quand on scrute les petites étiquettes et sniffe à la recherche de la provenance, c’est une odeur de cadavres d’animaux qu’on se prend dans le pif (… une pensée au malheureux PIG 05049) :S
    Rien que ce midi, j’avais un grand sourire en cuisinant (j’avais écrit ‘en cultivant’ :D) mon riz noir, en me remémorant la belle évocation de la plaine du Pô dans l’ouvrage de Nabhan, là où le riz a été cultivé, c’était comme une nuance de saveur supplémentaire :))

    Bonnes explorations, donc !

  3. petitefa dit :

    * sourire extatique *

    (et joker déjà très usé pour une petite rallonge de temps avant une réponse plus germée !)

  4. Shambalah dit :

    Merci merci pour ce magnifique article, qui donne bien envie de plonger dans ce monde de graines.
    Le film de Coline Serreau, Solutions locales pour un désordre global, est très instructif sur cette question fondamentale des semences. J’y ai pris l’existence d’un catalogue des semences, contenant uniquement des « hybrides F1 », c’est-à-dire des semences génétiquement trafiquées pour ne donner qu’une fois -obligeant les agriculteurs à racheter des semences chaque année !- ou pour nécessiter toujours plus d’eau ou de pesticides.
    Les semences sont la vie, se transmettent depuis toujours de générations en générations, s’échangent dans les cultures dites traditionnelles.
    C’est une belle résistance que de les sauvegarder précieusement.
    Merci !

    • psycheinhell dit :

      B’soir :)

      Ben c’est un plaisir de faire partager les fruits de ce voyage ‘aux sources de notre nourriture’ ! Je n’ai vu de Solutions locales… que des extraits, dont un qui me hante, où l’on voit Claude Bourguinon expliquer que les sols meurent et que l’on est passé en Europe de la culture à la pure pathologie végétale, un crève-coeur. Le coup des hybrides trafiquées, ah mais quelle saleté, d’autant plus criminelle que l’on pousse les populations locales à abandonner pour cela et leurs graines d’usage ancestral et la belle et vitale biodiversité de leurs terres ! :S

      Les mouvements de sauvegarde de ces trésors végétaux n’en sont que plus précieux, c’est une belle résistance, oui, complétement :))), et cela file un espoir battant vif comme une paire d’ailes de voir que c’est en oeuvre, et que cela fonctionne. Rien que de penser aux communautés amérindiennes qui, en collectant les graines et puisant dans cette richesse commune, font efficacement barrière aux pb d’obésité qui affectent tant de leurs membres… restaurer de concert la vitalité de la terre et la santé de l’humanité, c’est une si belle oeuvre de guérison, et qui fait tellement, tellement sens ! :-)

  5. Shambalah dit :

    Oui, et Claude Bourguignon montre même des racines d’un pied de vigne horizontales !! Le sol est tellement dur qu’elles ne peuvent plus y pénétrer et rampent donc à la surface !
    Je te souhaite d’avoir l’occasion de voir ce film en entier, c’est une mine ! Si la 1ère partie est assez déprimante (l’homme a tué les sols, la biodiversité, etc), la seconde donne beaucoup d’espoir, tant sont nombreux les exemples de gens qui travaillent la terre autrement.
    Ce film fait aussi un parallèle intéressant avec la question du féminin : la terre est « féminine » (un sol vivant est un sol plein de trous (!), pour laisser passer l’eau, l’air, la lumière, et les insectes, donc la plupart sont des femelles qui font des femelles qui font des femelles… depuis que je connais leur utilité, je suis beaucoup moins rebutée par les insectes, d’ailleurs), et les semences sont dans beaucoup de cultures la propriété des femmes.
    Il y a dans le film l’exemple d’un français qui a à la fois été félicité pour avoir sauvegardé une espèce de pomme de terre qu’on croyait disparue, mais qui a parallèlement reçu une amende pour avoir fait pousser cette semence absente du catalogue !!! Ce monde est complètement fou !!!
    Il y a de nombreux exemple dans différents pays (Inde, Brésil, Roumanie), et malgré tout des tas de gens qui veulent soutenir et respecter le vivant. Et une explication claire du travail fait par Kokopelli pour la sauvegarde des précieuses graines et semences.
    Le message est clair quant au fait que la vision capitaliste de la nature comme étant à dominer est mortifère.
    Bref, ce film a été un électrochoc salutaire pour moi, j’y pense très très souvent…

    Pour finir, je suis en train de lire le rapport Campbell. Si je n’avais pas besoin de cette lecture pour comprendre que plus jamais je ne mangerai des produits animaux (puisque j’ai pris la décision pour une raison éthique avant tout), c’est très instructif sur l’étendue des maladies qui pourraient être évitées, et sur le pourquoi « on nous cache la vérité ». Les conclusions sont sans appel : pour une bonne santé, des fruits, des légumes, des céréales complètes, des fibres… Bref, des végétaux !

    • psycheinhell dit :

      Ah yes, Kokopelli – dont j’avais entendu parler pour la première fois en Clef de Fa, là avec mes lectures récentes j’ai très envie d’aller approfondir, du coup ^^ – a l’air de faire du beau travail, d’intérêt universel !
      Quant à la vision capitaliste de la nature… yep, c’est le mal, et la mort, la confiscation d’un vivant voué à s’étioler. Une dimension que j’ai beaucoup appréciée dans ce voyage au coeur de l’oeuvre de Vavilov, c’est qu’il agit en position de scientifique, mais sans jamais perdre de vue la dimension humaine – vu l’époque, il me paraît même visionnaire, un des premiers certainement à avoir tenu compte des populations locales, à en avoir saisi l’importance et la légitimité, à avoir reconnu la pertinence et la vitalité de leurs connaissances… Les banques de semence justement sont formidables tant qu’elles parviennent à échapper à l’avidité des grandes compagnies – et on le voit bien qu’elles essayent, elles essayent de mettre la main sur ce trésor collectif, universel, que sont les graines (comme l’explique LaDuke à propos du riz sauvage). J’avoue que j’ai un peu des frissons en songeant que Monsanto a participé au financement de la plus grande banque de graines en train de se constituer, une espèce de bunker abrité au coeur des neiges norvégiennes et voué à recueillir des graines de la planète de façon aussi exhaustive que possible (dans l’idée de sauvegarder la biodiversité en cas de catastrophe de grande ampleur), et je croise fort les griffes pour que de telles collections ne viennent jamais à tomber entre des mains aussi avides que dénuées de scrupules :S

      About le parallèle entre la terre et le féminin, oui, c’est quelque chose qui me paraît bien imprégner le terreau mythique collectif (comme on voit pour les rites de fertilité, entre autres) !
      (D’ailleurs synchronicité, je viens justement d’ouvrir une antho de voix féminines, entièrement vouée à la célébration des liens qui unissent femmes et plantes, à travers une diversité d’approches bien tentantes, de la biologie à la médecine en passant par les savoirs indigènes ou juste la perception intime. Petit fil vert à suivre… :))

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