Des paroles en marche & des murs de prison

Je passe en coup de vent. Mais c’est que justement le vent souffle, et qu’il dépend de nous tous d’en déterminer la nature. Vent du changement, vent de catastrophe ?

Pour l’heure, dans l’Amérique de l’Utah, c’est un coup de balai officiellement passé sur des valeurs qui me sont chères.
C’est aussi un souffle d’espoir, de révolte, et un appel de plus en plus fort, repris par des voix toujours plus nombreuses qu’effare l’injustice, à la désobéissance civile. Celle du Thoreau du fond des bois, et d’Abbey à la parole de trickster au coeur de son désert.

Que s’est-il passé ? Un crime, à en croire les autorités. Une action, l’audace et l’intelligence en acte, et l’injustice en réponse, clamons-nous.
Il s’est passé que le gouvernement américain décida une fois de plus, et toujours de trop, d’oeuvrer à la grande braderie de la terre, offrant des parcelles aux enchères, au profit de l’industrie minière et pétrolière. Il s’est passé qu’un jeune homme se pointa au beau milieu de tout ce cirque criminel, et y mit la pagaille en faisant grimper tant qu’il pouvait le montant des offres. Il remporta treize des enchères en question, et retira ainsi de certaines griffes avides une petite centaine de km carré – dont il annonça ensuite ne pouvoir payer qu’une toute petite partie. Pour le reste, il fit monter les prix, obligeant les compagnies à débourser plus que prévu – et c’est justice, à mon point de vue. « Nous ne possédons pas la terre, nous l’empruntons à nos enfants. » ET la partageons avec tout plein d’autres créatures, qui y ont autant de droits que nous, et il n’est pas d’acte de possession qui tienne devant cela. Que les prix montent, c’est encore faire trop peu payer les ravageurs.
Les compagnies ont porté plainte, Tim DeChristopher s’est vu poursuivi en justice. Hier 26 juillet, la sentence est tombée : deux ans de prison. C’est faire payer d’un prix exorbitant la désobéissance civile, la résistance pacifique. A mes yeux, Tim est un héros, et un héros futé qui plus est, qui a réussi à sauver des terres menacées par les vrais criminels, et, pour celles qu’il n’a pu sauver, a rappelé le vrai prix de ce qui était sacrifié. Un héros. Et la sentence officielle, une infamie, une vilaine tache sur le bandeau de la Justice.

La résistance s’organise. De partout, paroles de protestation et manifestations de soutien.
Je fais passer quelques liens, de ce que j’ai pu saisir après deux heures de recherche. Désolée pour la précipitation, et pour l’absence de liens français (raison pour laquelle j’ai voulu faire cet article sans plus tarder, pour pouvoir faire tourner en terres francophones ; s’il y a lieu de compléter, j’éditerai – edit 30/07 : done!) –

Les essentiels :

  • Bidder70, le site de soutien à Tim DeChristopher
  • Peaceful Uprising – organisation de lutte non-violente contre les causes & responsables du changement climatique, au sein de laquelle oeuvre Tim DeChristopher, et présentement au centre du mouvement de résistance
  • L’appel aux actes, lancé par de grandes figures du mouvement d’éco-activisme (dont Terry Tempest Williams, dont certains savent déjà combien m’est cher et précieux le bouquin Finding Beauty in a Broken World)

Les échos :

Les paroles :

At this point of unimaginable threats on the horizon, this is what hope looks like. In these times of a morally bankrupt government that has sold out its principles, this is what patriotism looks like. With countless lives on the line, this is what love looks like, and it will only grow.

Tim DeChristopher, au cours de son procès

Il y a une expression anglo-saxonne que la ci-devant marcheuse aime de tout coeur, pour exprimer le principe – et l’acte ! – de faire ce que l’on dit, de mettre en accord paroles et actions. Walk the talk, cela se dit. Tim l’a fait, a transcrit ses paroles en pas de marche, pas de travers sur les autoroutes industrielles. Il n’est pas juste qu’un tel mouvement l’ait conduit en prison. Nous ne voulons pas de cette voie-là. Révélé et renforcé par les murs de sa prison, se dresse un autre mur, à l’échelle d’une entière civilisation – allons-nous foncer dedans sans freiner des quatre fers, sans tirer de tous nos pieds  dans une autre direction ? L’heure est à la marche, en solidaires.

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Une réflexion sur “Des paroles en marche & des murs de prison

  1. psycheinhell dit :

    Bookmarking : sur Orion Magazine, une grosse discussion entre Terry Tempest Williams & Tim DeChristopher, back in 05/2011
    ==> http://www.orionmagazine.org/index.php/articles/article/6598

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