Sentier de pierres, lumière en reflet

« Sous toutes les voix refusantes, et les cœurs négatifs, il y a ceci, il y a la couleur que tu es : celle des yeux qui ne veulent rien d’autre que la lumière. »
Léa Silhol, « Désaccordé (Tuned in DAGDAD) »

Ne pas croire que dans un monde de nucléaire, il ne reste plus, en guise d’énergie à laquelle carburer, que la colère.

Ne pas croire qu’un ciel gris soit mauvais temps, ou humeur morose. La grisaille est dans le volet des regards fermés ; aux cieux, le fabuleux nuancier du gris, et les jeux de lumière.

Ne pas croire que la victoire de la laideur soit fatale, sa voie facile à arpenter. Le béton n’a rien à refléter, rien à nuancer. Toute couleur y prend des allures ternes de vieux chewing-gum, toute texture étrangère, toute matière déposée est vouée au coup de balai, ou au rouleau-compresseur de l’assimilation.
Il y a d’autres chemins, routes où les pieds dénudés se déchirent sur les cailloux, où les regards déchaussés se coupent aux couleurs, rivières de pierres et flots de lumière. Où noirceur et lueur partagent les jeux de sens du paroxysme et de l’oxymore, la conjugaison et la fulgurance.
La voie de la beauté est ramifiée de sentiers qui sillonnent le monde. Sous chaque pas elle se déploie, même ceux que l’on frappe au rythme de la rage.

« The degree of our awareness is the degree of our aliveness. »
Terry Tempest Williams, Finding Beauty in a Broken World

Et donc, aujourd’hui, comme un besoin et une envie particulière de me poser sur une des pierres de ce sentier, quitter le flot d’une humanité parisienne clapotant tristement sur le ressac de la reprise, et juste regarder. Célébrer.
Les moyens sont humbles, maladroits sans doute – je ne suis pas photographe –, mais précieux les moments dont ils témoignent.

*
On the roads

Tant de chemins,
tant de matières où poser le pied,
tant d’éléments pour le porter.

… Et toujours cette lumière qui attend,
cette lumière qui vous tire…

***
De l’autre côté du miroitement


… un éclair d’argent échappé du sentier chatoyant…


… fougères et érables attardés à partager un même rêve de narcisses…


… tous penchés sur le ciel…


… y monter, en ascension sur une volée de marches…

***
Et tout ce temps, au bord du chemin


… des lits psychédéliques où rouler dans l’ivresse…


… des perles de nuances à faire pâlir tous adeptes de la mode…


… Et toujours, la lumière…

***
Un brasier au croisement

Prendre le temps de la rencontre —
parce qu’il m’aura fallu attendre 28 ans
pour connaître la couleur de l’écrevisse sur son lit de mousse.

***
Cérémonie


Chercher à saisir les mouvements du feu sous l’eau,
découvrir qu’en fait, l’on célébrait le soleil…

*

« Imaginez une autre sorte de regard qui exigerait de chaque chose, de chaque être
un aveu de lumière. »

Jacques Abeille, Les Barbares

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4 réflexions sur “Sentier de pierres, lumière en reflet

  1. petitefa dit :

    :)))

    Aaah mais quel superbe endroit, et quelle belle visite (de photographe intégrale, d’abord) en ces lieux hautement magiques, infusés de couleur et de lumière – l’écrevisse dans les prêles ! – et complètement japonais. C’est fou, en quelques images délicates et sensorielles, je retrouve tout mon amour pour les jardins japonais, et par là de la Nature toute entière, leur célébration, oui, du beau, de la petite mousse, du reflet sur l’eau, des tuiles patiemment imbriquées dans un discret sentier minéral…

    Thx pour la beauté, et la lumière réconciliée. :)

    …Et l’éclat issu de Désaccordé, qui me refait envie, du coup (et qui aimerait bien du fond de ses piles entassées revoir bientôt la lumière :P)

    (C’est où, dis, je suis trop curieuse ! Serait-ce le fameux jardin Albert Kahn proche de Paris ? Elles sont belles ces carpes koï ! Ah, je pourrais passer une heure à m’extasier sur tout ça, ce virus-là, paisible et tellement prenant, ne doit pas s’éteindre je crois…)

    • psycheinhell dit :

      Vi, bien vu, ce sont bien les jardins Albert Kahn ! :)))
      Ma mère était de passage pour me voir ce dimanche, et comme je ne tenais guère à ce qu’on s’aille s’enfermer dans Paris, et qu’elle ne connaissait pas l’endroit, ben on s’est offert quelques heures dans la beauté :-)
      (qu’est-ce que c’était bien ! tant mieux si la magie des instants s’est infusée / se diffuse un peu par ces clichés…)

      L’écrevisse et la prêle : t’as vu un peu ce mariage à tomber ! Trop contente j’étais de la croiser, celle-là ^_^

  2. Lullaby dit :

    Fort belles ces photos ! :) Je crois que si par hasard je repasse par Paris – ville que d’habitude je n’aime pas à cause de son omniprésence de béton – j’irai respirer un bol d’air frais et vert là-bas :)
    Et cette écrevisse sur son lit de mousse !
    Merci pour ces précieuses images :)

  3. Charlotte dit :

    Merci pour ce billet et ces belles photos, Hélène!

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