Love & Revolution

For Freedom, Beauty, Truth, and Love.

Je vous parle depuis une petite boite en vrac.
Ma chambre, vrac complet. Des piles de vêtements trempés, de books en équilibre précaire au bord du crash, de cartons couverts de slogans, fruit d’essais ratés.
Ma chambre, jamais devenue si proche du pur point de chute. Choir dans le lit, sous la douche, pour chasser le froid. Le reste du temps, rire, humour un rien halluciné, que l’hiver a lancé son occupation OccupyBones.

Je vois de l’occupation partout. Occupy Hope, Occupy Books, Occupy the Minds, the World. Occupy Money, so money won’t occupy you. Occupy the ads, the walls. Occupy Art, Occupy Hearts.
Occupy yourself. C’est la base. Be the change. Be the light you want to see in the world. Be the lighthouse, standing tall in the wind, shining hope, shining change. Occupy the sky, to keep the big companies from colonializing it.
Occupy public space, occupy the parks, the plazas. Occupy interstices, and occupy open air. Occupy the voids, the gaps.
And learn to share, to live and breathe and dream and act there together.

Je vois des slogans partout, des affiches, des messages. La créativité, envahissante et tenace comme une plante sauvage, une mauvaise herbe. Ai vu des centaines de pancartes pousser sur le sol, tant stérile d’apparence, de La Défense. Se faire arracher par la police, et repousser aussi sec. Vous vous rappelez cette image d’Astérix, quand les Romains veulent construire une résidence de luxe dans les bois, arrachent des chênes que le druide replante chaque nuit, d’un gland magique ? C’est La Défense, et les gens y sont irréductibles, et encerclés. Par la police, certes, déployée en des moyens démesurés. Surtout, nous sommes encerclés de symboles à la gloire d’un monde abhorré, les tours gigantesques de La Défense.
On nous a dit, on nous répète, et je sais que certains d’entre nous le pensent également, que le lieu est mal choisi. Que c’est une copie mal pensée, mal dégrossie, de Wall Street, pour surfer sur la vague.

… Vous avez déjà été à La Défense ? Mon train passe devant, moi, matin et soir, soir et matin, sans se lasser. S’y arrête, en milieu de trajet. Tous les matins, tous les soirs, moi qui ai la tête tournée sans cesse vers le ciel, j’y vois inscrits les noms d’Areva, d’EDF & GDF, d’Alsthom, et je ressens pour ce ciel la rage de l’occupé contemplant l’arrogant occupant royalement installé sur des territoires qui, légitimement, ne lui reviennent pas. La Défense, c’est, pour les loisirs, un temple de la consommation à l’échelle géante, et pour le travail, un sanctuaire du monde financier. C’est un espace à la démesure de nos économies folles, où il n’y pas de place pour l’humain, perdu dans la foule des consommateurs, à l’intérieur, et, dehors, complétement écrasé par les tours, et par la vastitude de l’esplanade, cette grande place où rien ne pousse si ce n’est les opérations commerciales ponctuelles, cet endroit où l’on a oublié les arbres.
C’est pour ça qu’on est là, même si l’endroit de fait n’est pas facile, un terrain hostile. Replanter la vie, replacer l’humain au centre. Mettre de la couleur, des rires, des cris, des chiens qui courent, de la diversité, dans ce coin de béton aseptisé. Revivifier cette poésie froide, revitaliser – car il y a une certaine beauté par ici, mais elle est vitrifiée, métallique, déshumanisée. C’est une poésie surréaliste ou futuriste, droit échappée d’un livre de Mike Davis. Un univers glacé, où nous sommes venus nous geler pour, justement, apporter de la chaleur. Pour combien de temps, on ne sait. Pour l’instant, on y est.
(et c’est déjà beaucoup, pour nous qui sommes venus tout chargés d’espoir, mais n’attendant guère de pouvoir tenir ne serait-ce qu’une nuit)

Or donc, ça campe à La Défense, et que dire de cela, de l’expérience ?

I'd rather dream great than sleep well

C’est le moment, je pense, de préciser que je ne parle ici qu’en mon nom propre, sans étiquette. Le campement accueille toute une diversité de personnes et d’expériences, une variété d’indignés et d’indignations. J’en suis part, mais non, ici, porte-parole. Je vous livre un point de vue, un vécu tout personnel, en subjectivité nécessaire, et assumée. Et si j’ai eu tant de mal, tant traîné à me poser devant le clavier, c’est à cause du camp, justement, je crois. Je me sens étrangement réticente à passer du « nous » au « je » (et ne le fais qu’à la pensée d’un autre « nous », celui des ami-e-s physiquement distants, présents par le cœur, et dont les messages solidaires vont, justement, droit au cœur), et c’est un effet secondaire de l’occupation que la solitaire et asociale ci-présente n’attendait pas. Une surprise, une grâce – et pourtant, je ne suis pas la plus impliquée, active ou efficace dans le camp. Mais chacun y est accueilli, on trouve une place pour tous, on prend soin les uns des autres, et c’est beau à voir, touchant à vivre. Expérience, à petite échelle, d’une société réparée, aperçu de ce que pourrait être, et devrait être, la société. Comme une tribu, un peu. Comment dire cela, cette chaleur humaine, ce chaud au cœur ? A la fin du premier week-end, quand au petit matin je laissai le camp pour reprendre la route du travail, la route des travailleurs, le froid m’a saisie dans le métro. Foule indifférente, les regards tellement fermés qu’on les croirait morts, un stressé qui me bouscule en râlant pour lui avoir fait l’affront de me trouver sur sa route… Les camarades me manquaient déjà, eux que j’avais quittés en pleine opération d’accueil des travailleurs à la sortie du métro, bardés de pancartes Free Hug, de rires et de plaisanteries, d’invits à venir partager un café et échanger des idées.
El pueblo unido jamas sera vencido. Cri de guerre, de résistance pacifique, et de fraternité. Je ne l’entendrai plus jamais pareil. Et peine à détailler tous les fils de cette toile fraternelle. Lesquels dire ? Les membres que l’on entrelace pour mieux résister à une charge de crs, et bloquer d’une chaîne humaine l’accès à ces pauvres tentes qui nous seront arrachées ? les rires qui chassent la peur, les plaisanteries échangées pour narguer tout danger, les voix qui s’unissent pour lancer un message vers le ciel, plus haut que les tours ? quand la vague d’uniformes reflue, les sourires, les petits mots qui circulent, « ça va ? », « tout le monde va bien, pas de blessés ? », « quelqu’un a perdu une chaussure, à qui elle est ? » (et en écho, l’  « attachez vos lacets, les amis » d’un petit malin) (pour l’histoire, la dite chaussure finira accrochée au drapeau des indignés, témoin des charges de la première soirée, avant qu’une autre vague de crs ne vienne l’emporter à jamais)
Parler, aussi, des gestes qui se dessinent à la nuit tombée, quand le froid s’abat. Les couvertures réparties de façon à ne laisser personne démuni. Les duvets partagés – nous serons deux à habiter le mien, partageant encore un matelat gonflable avec une troisième personne, et c’est une telle solidarité naturelle qu’au lever du jour, au moment de partir vers une douche chaude, je ne me serais pas sentie de remballer mon couchage alors que d’autres encore gèlent sous une mince couverture de survie – je le dépose donc sur des épaules transies, et il n’aura pas quitté le camp depuis, et c’est bien et juste ainsi. Et je n’ai pas évoqué encore les anges qui veillent quand tous dorment (ou essayent de, parce que bon, c’est pas le confort de l’hôtel Pullman qui trône à deux pas – mais nous sommes venus faire la nique au monde de Pullman), les anges donc qui passent une partie de la nuit à ajuster les couvertures, à les répartir, à distribuer des couv’ de survie. Ni la magie du premier café au terme d’une nuit qui semblait n’en plus finir, ou le bonheur fédérateur d’une soupe chaude, surgie par enchantement pour réconforter tout le monde après une énième charge policière, ou l’accueil à coups de bisous les matins où je débarque, n’ayant pas campé, avec un thermos de café chaud. Ni le nombre de fois où l’on se tombe dans les bras, n’en revenant pas d’être encore là et d’être toujours ensemble, tout au plaisir de retrouver l’un ou l’autre de ces camarades avec qui l’on a échangé une pépite de chaleur. Les tabous physiques d’une société où personne ne se touche sont tombés, et je vais me jeter dans l’étreinte de ce type qui partagea un bout de nuit avec moi, juste comme ça, parce que je l’ai vu se promener toute une soirée portant une jolie petite lanterne ouvragée, parce que sa lanterne a survécu à une charge de la police, et que j’en veux saluer la lumière résistante, et réchauffante.

Pic (c) Will Why

Parce qu’il y a ça, aussi, dans le paysage du camp : la lumière. Encore une fois, il faut voir le paysage de La Défense pour comprendre : tout un univers de lueurs artificielles, de néons qui brillent faussement et corrompent le ciel de Paris. La nuit au-dessus de nous n’est pas noire, elle est vaguement, salement mauve. Il faut vous dire la première nuit passée ici, sous ces lumières de l’industrie, parce que là aussi il y a du sens. L’extinction de l’Arche vers minuit, quand s’instaure en réponse la tradition, moquerie bon enfant, de chanter joyeux anniversaire – et quelque part, ce sera un anniversaire, soir après soir, célébrer le fait que nous ayons tenu un jour encore. Notre hallucination d’écolos, en constatant que plus de la moitié des bureaux, dans ces tours, ne sont jamais, jamais éteints – les néons flambent leur maigre feu toute la nuit, flambent l’électricité, flambent la santé de la planète. Ah, oui, nous sommes bien en plein domaine d’Areva et d’EDF. Mais ce territoire est fragile, altérable, et la nuit nous le rappelle, tandis que vers deux-trois heures du matin descend la brume, qui peu à peu avale les arrogants logos au sommet des tours, à ma plus grande joie. Le froid alors ne me paraît plus si hostile, l’hiver assaille à égalité l’humain, l’inhumain. Une force de la nature, vrai de vrai. Et donc, nous voilà, dans ce monde de néons. Et donc, nous dégainons, nous, les bougies. Accueillons la flamme, la petite lumière tremblotante et persistante, parmi nos symboles résistants. Quand les pancartes sont interdites, un jeu de bougies sera installé sur les marches de l’Arche, pour y dessiner en lumière le mot ‘indignés’. Certains soirs, des bougies sont posées tout autour du camp, ou déposées par d’autres anges gardiens au centre des cercles de travail. Elles sont disposées pour esquisser des cœurs, ou le symbole de la paix. Autre manière de ramener cet endroit déshumanisé à une meilleure échelle.
Et puis, bien sûr, il y a l’aube. Cette part tellement important de mon petit rituel de vie personnel, et qui s’éclaire de nouvelles significations. Quand on arrive à ce moment, vers quatre-cinq heures du matin, où la nuit paraît durer d’éternité, nourrie par l’hiver, déployée sur le flux d’un froid qui nous semble installé à demeure… ah, la venue de l’aube. Je n’aurais jamais cru que je la regarderais un jour se lever depuis une telle place.

Tout ceci est hautement personnel, du pur vécu, et du vécu à travers ce filtre poétique que je forme sur le monde.
J’entends les voix qui demandent, « mais, quelles sont vos revendications ? » Qui disent, ou sous-entendent, que sans une petite list of demands (big up @saul williams), on ne sera pas pris au sérieux.
Alors, pour être claire : je me fiche d’être prise au sérieux par l’un ou l’autre parti politique. Ce que nous sommes en train de poser, là, c’est une autre forme de protestation. Nous disons que nous voulons dépasser les manifestations compartimentées, où l’on se bat pour une cause à l’exclusion de toutes les autres, et où l’on rentre chez soi le soir, laissant le pouvoir libre de faire œuvre de dénigrement, ou carrément de nous ignorer.
Dans le camp, parfois, quand deux personnes font connaissance, cette question souvent remonte : « Et toi, qu’est-ce qui t’indigne ? » En écho, il y a aussi l’action lancée par les artistes, allant demander aux gens « Et vous, qu’est-ce qui vous fait battre le cœur ? », réalisant une fresque à partir des réponses. Et les réponses, à l’une et l’autre question, sont diverses, bigarrées. Différentes, quoique souvent convergentes.

L’occupy mouvement ne se laisse pas cerner. Ecolo, social, économique, anar, révolutionnaire, jeune et vieux, populo ou bobo, eux, nous, whatever : chacun trouve à s’y exprimer, à exprimer sa colère face au système actuel, et son besoin de changement. Je ne crois pas que nous soyons là pour revendiquer. Nous sommes là pour incarner le changement, le besoin d’un monde meilleur qui ne soit pas le meilleur des mondes. Et mettre en place, sur cet espace public reconquis, l’expérience d’alternatives. A La Défense, ce n’est pas encore flagrant, parce que les autorités ne nous permettent pas de construire : tout ce qui pourrait durer est systématiquement détruit, raid après raid après raid. Les tentes. Les édifices de cartons et de bois, les ‘chambres’, la bibliothèque, le salon des artistes, le coin cuisine, le point info : tous les jours, voire plusieurs fois par jour, une marée d’uniformes déferle, emportant dans son reflux tout ce qui fut bâti. Nous, on nettoie la place, comme on voudrait nettoyer le monde des saloperies d’autrui, et des crasses dont nous sommes collectivement responsables ; on rassemble le peu qui a survécu, on cherche, récupérant et recyclant, de nouveaux matériaux, et on reconstruit. C’est déjà une expérience, en soi. Dans l’espoir de ce que l’on a vu réaliser ailleurs : des espaces communautaires d’où l’argent a été banni, où chacun reçoit selon ses besoins, où tout se partage et s’échange. Il y a tant de choses qui me font battre le cœur, comme il y a tant de choses qui m’indignent, pour répondre à ces questions d’occupiers – et je peux le dire, la bibliothèque d’Occupy Wall Street, libre, fonctionnant selon un système de confiance qui fait honneur à tous, cela, oui, ça m’a fait battre le cœur. Je veux voir de tels espaces de partage se propager, reprendre le terrain sur la pub, sur le commerce, sur l’industrie polluante et non-pensante. Je suis là pour ça, aussi.

Et pourquoi, sinon pour cela, avoir choisi, s’obstiner à occuper un terrain aussi inhospitalier, où l’on savait qu’il nous serait mauvais accueil par les autorités, et qui s’avère, dans la pratique, difficilement défendable ? Pourquoi d’autre, être là ? Pour se fighter avec les flics, générer du buzz ? Ah. Ce qui me fait aussi battre le coeur, dans ce mouvement, c’est qu’il est non-violent, et non-binaire. Vous noterez que je n’ai fait passer aucune image, aucune vidéo de ‘violences policières’. Ce n’est pas cela que je retiens des moments passés sur place, pas les charges ou les destructions – je ne donne pas aux autorités le pouvoir de nous acculer à l’affrontement comme seul mode de communication – mais l’ouverture au dialogue, mais le besoin de compréhension.
Là encore, l’expérience fut riche, et je ne sais par où commencer, encore moins conclure. Par le premier soir, peut-être, quand il était évident que ça allait péter d’une manière ou d’une autre ; que les CRS sont arrivés, silhouettes sombres se détachant du sommet des marches de l’Arche, provoquant comme un vent de panique chez certains, un frisson chez ceux qui pensent aux forces de l’Empire, contre-attaquant ; et que cette ligne inquiétante recula, une première fois, tandis que refluait la peur, devant un groupe de clowns qui monta les marches en tendant un fil orné de ballons. Cette belle image, je ne l’oublierai, je crois, jamais. Par cette première, misérable nuit, où l’on s’arma d’amour & d’humour pour résister aux tentatives de sape de la police, qui ne pensait pas que le mouvement survivrait à la nuit, si l’on nous rendait la vie impossible, en confisquant tentes, nourriture, puis les bâches pour s’abriter de la pluie, et enfin jusqu’aux couvertures de survie. On a tenu, pourtant, en faisant péter les plaisanteries – sur la collection de tentes des crs, sur le préfet qui paye mal ses troupes, les réduisant à la rapine. On a tenu en emboitant le pas aux forces de l’ordre qui sillonnaient le camp par petits groupes prétendument intimidants (dans le but, comprendrons-nous à la dure, de repérer tout matériel ‘utile’, pour nous le confisquer en raid éclair). On a tenu en brandissant nos mains ouvertes, taggés de petits coeurs. Et en allant discuter avec ces messieurs qui eux aussi se sont gelés toute la nuit (quoique mieux protégés que nous, et régulièrement relevés, eux). En promettant de partager la bouffe, s’ils nous la rendaient. En proposant des jeux pour se réchauffer, tout en sachant pertinemment que toutes ces offres seraient lettres mortes. Mais au moins, on offrait de la vie, et on arrivait même à récolter, chez certains, quelque chose qui ressemblait bien à un petit sourire en coin. Les plaisanteries perdureront et évolueront au fil des jours et des vexations, même si chez certains la bonne humeur parfois tendra à s’user – mais les autres sont là alors, nous sommes là, tant qu’on peut, pour rattraper celui qui flanche. Aussi l’occupation évolue-t-elle également en cohabitation, pas si antagoniste que les médias (ou le préfet, sans doute) le souhaiteraient. Et c’est ainsi que dans les zones liminaires de notre petit camp s’esquisse une autre expérience de dialogue, où l’on sent affleurer, parfois, comme des contradictions, des tentations aussi peut-être. Les types qui, s’emmerdant ferme sans doute, vont lire les cartons qui entourent les indignés, les commenter – ces mêmes cartons qu’ils détruiront sans hésiter sitôt lancé l’ordre d’une charge. Ceux qui ont fouillé nos sacs, à une copine et moi, tandis qu’on revenait d’une ballade nocturne dans La Défense ; qui nous auraient pris sans tergiverser nos duvets s’ils en avaient trouvé, parce que Célézordres, mais qui en même temps se souciaient de savoir si l’on avait des vêtements assez chauds pour la nuit. Etrange position que celle où la cohérence s’écrase devant les ordres. Personne n’aimerait être à leur place, et quand la tension monte trop, c’est ce que l’on souligne, chantant en choeur « Si tu es fier d’ton métier frappe dans tes mains », et chaque clap-clap à la barbe des uniformes est une manière de demander ‘Et toi, tu es fier, là, de ce qu’on te fait faire ? T’aurais pas mieux, justement, à faire, dans ce vaste et triste monde, que de t’acharner sur un tas de cartons ?’ Leur métier nous interpelle, nous qui nous battons pour la créativité et la liberté d’expression – pourquoi la république aurait-elle besoin de tenir ainsi sous la botte du pouvoir ceux qui sont censés être les gardiens de ses institutions ? La réelle démocratie, maintenant, c’est là aussi, encore, qu’elle se joue. Commotion récente à Wall Street : un officier de police à la retraite, Ray Lewis, a été arrêté avec les occupants. « All the cops are just workers for the one percent, and they don’t even realize they’re being exploited », dira-t-il. « As soon as I’m let out of jail, I’ll be right back here and they’ll have to arrest me again. »
Au téléphone, ma mère est dubitative. Elle campe, elle, sur le slogan CRS = SS, ne comprend pas qu’on le remplace d’un « La police, avec nous ! » Je lui rappelle un de ces chants qui bercèrent mon enfance, M’en voudrez-vous beaucoup, si je vous dis un monde, où l’on n’est pas toujours, du côté du plus fort… Ils tournèrent leurs carabines…
Potemkine, elle enchaîne, et rend les armes.


Alors voilà. Je vois, sur le parvis de La Défense, sur la Puerta del Sol, sur la Liberty Plaza, à Tahrir, et partout où cela prend, Berlin, Vancouver, Londres, Oakland, Belo Monte, tant d’autres encore, je vois et sens une force à la recherche active d’alternatives, et traçant ses espaces d’expérimentations et de réflexions, ses enceintes sacrées délimitées de cartons comme une résurgence de téménos.

Dans les assemblées, la parole déborde. Tout le monde a tant à dire, et s’enivre un peu en redécouvrant cette sensation primordiale : être écouté, possiblement entendu. Les mains s’agitent en vagues, on se retrouve des semblables, on réalise que l’on n’est pas seul, que l’on n’est plus seul. Il y a un foisonnement d’idées, ou de désirs plus ou moins réalisables ; des groupes thématiques se sont mis au travail, pour recueillir le tout sous des formes décantées. Mais tout cela, on le sait, demandera du temps. Et ne sera pas présenté comme une réponse aux sommations politiques de nous définir par des demandes, de nous restreindre en une liste de revendications.
Mes pensées, mes révoltes, mes combats, mes actions, les lecteurs & amis de Psychopompe les connaissent, à force, je pense (j’espère). Ce que je découvre en ce moment, c’est (ce qui me manque tant au quotidien, tissé de grands moments de solitude) une puissance d’action, une volonté de changement, une force collective, et une résistance sous la forme d’une chaîne, mieux, une trame humaine, une communauté solidaire où il soit possible d’enfin tout lier, et de tous nous relier.
Mitakuye Oyasin, diraient les Lakotas.

Pic (c) Paul Stein, sous Creative Commons BY SA

Nous sommes, d’abord, un mouvement. Débordant du cadre politique, des petits papiers de la Loi, nos messages essentiels envahissent les cartons et les murs, poussent dans la rue par milliers, en plein béton, en plein air, et tendus vers le ciel. Nous n’avons pas de leader, pas de parti. Tous parlent, et créent, et le message ainsi vit.
Nous sommes une force sauvage, élémentale. Nous sommes le vent du changement.
Nous sommes le Vif, levés pour dire que nous ne voulons plus d’un système qui est la mort et le mépris du vivant.

* ** *** Voices in the Wind *** ** *

Les liens d’amitié qui se tissent sur ce mouvement sont jubilatoires. Ceux qui ne savent pas ce que signifie le lien social n’ont qu’à venir avec nous, ils en feront l’expérience directe ; ça dépasse les concepts. « L’essentiel est invisible avec les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur ».
From Djidji, « Je resterai, coûte que coûte » : carnet de bord d’un Indigné de La Défense

*

Je pense que nous sommes témoins de la renaissance de ces qualités morales qui ont défini de manière si caractéristique les immigrants et les grévistes de la grande dépression, la génération de mes parents : je parle d’une solidarité et une compassion spontanées et larges fondées sur une éthique dangereusement égalitaire. Une éthique qui dicte de s’arrêter pour prendre en voiture une famille qui fait du stop. De ne jamais briser une grève même lorsque le loyer est en souffrance. De partager sa dernière cigarette avec un étranger. De voler du lait quand vos enfants en manquait et d’en donner la moitié aux petits d’à coté— ce que ma propre mère a fait de manière répétée en 1936. Une éthique qui dicte d’écouter attentivement les gens profondément silencieux qui ont tout perdu sauf leur dignité. De cultiver la générosité du « nous ».
From Mike Davis, À court de chewing-gum

*

“I would say to them that they need to wake up and look around at the world—we’re in an end-time moment. (…) There’s financial collapse, ecological collapse, there’s moral collapse and mental collapse.
We’re entering this moment in human history where it’s now or never. And we can sit on our couches and be cynical, or we can do something. If we choose to be cynical, there is no salvation. There is no light at the end of this tunnel unless we make it.”
From Micah White, The Ballerina and the Bull

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sometimes we forget that the world is absolutely fungible, morphable, re-creatable. we forget (maybe want to forget) that governments and systems topple ALL THE TIME, that human peoples have a habit of looking around, saying “nope, nope, don’t like this one bit” and gathering enough force, energy, and will to create a change. i’m sure at every single moment in history where a regime has seen a giant shift, there’s been those standing by, thinking that the impossible (change) would never happen, could never happen.

is that you?

could you honestly imagine a different kind of country, where business and government run without corruption, where the wealth of the land is fairly shared, where people actively took responsibility to take care of each other instead of just trampling their way to the top as an accepted way of life? or does that sound stupid, naïve, an impossible hippie-dream? what if everyone who thought that was a actually a pretty good idea stood up in solidarity and forced a change? would you stand up?

if occupy does nothing else, it’s made people wonder that.

From Amanda Palmer, Greetings from sunny #Occupy

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We all know, or at least sense, that the world is upside down: we act as if there is no end to what is actually finite: fossil fuels and the atmospheric space to absorb their emissions. And we act as if there are strict and immovable limits to what is actually bountiful: the financial resources to build the kind of society we need.

The task of our time is to turn this round: to challenge this false scarcity. To insist that we can afford to build a decent, inclusive society – while at the same time respect the real limits to what the earth can take.

What climate change means is that we have to do this on a deadline. This time our movement cannot get distracted, divided, burned out or swept away by events. This time we have to succeed. And I’m not talking about regulating the banks and increasing taxes on the rich, though that’s important.

I am talking about changing the underlying values that govern our society. That is hard to fit into a single media-friendly demand, and it’s also hard to figure out how to do it. But it is no less urgent for being difficult.That is what I see happening in this square. In the way you are feeding each other, keeping each other warm, sharing information freely and providing health care, meditation classes and empowerment training. My favorite sign here says « I care about you ». In a culture that trains people to avoid each other’s gaze, to say « Let them die, » that is a deeply radical statement.

From Naomi Klein, The fight against climate change is down to us – the 99%

*

Le réalisme, c’est ce système qui va dans le mur.
From David, quoted in A La Défense, les Indignés résistent au ‘vent du capitalisme’

*

[Est-il] juste que quatre-vingt dix-neuf – ou plutôt neuf cent quatre-vingt dix-neuf – personnes [doivent] supporter les extravagances ou la supériorité d’un seul, en particulier si l’on considère que les hommes de ce type bâtissent d’ordinaire leur fortune aux dépens de leurs voisins ?
From un Américain des années 1765, quoted by Howard Zinn in Une histoire populaire des Etats-Unis

*

The powers that be are overcome by the powers of being, which is to say, We Shall Overcome.
We shall overcome corporate greed, government negligence, martial law, anything you place in our way.
The anchorman, thrown overboard, has simply rooted us in history’s repeated cycle. Your history books are science-fiction. The people win!
…by a landslide, a mudslide, a tsunami, an earthquake, a hurricane, a tornado, all metaphors of vibrant emotion and epiphany.

From Saul Williams, #occupyallstreets on twitter

*

You cannot evict an idea whose time has come.
From Le monde, à travers slogans & pancartes

*** ** * Soundtrack to the wind * ** ***

Fluide comme l’eau, libre comme l’air
Comme l’éther, pur comme le feu et solide comme la terre…
A la mémoire des nôtres, de nos galères et des potes

Des coups de sang énormes et du poids sur les épaules
A la lumière de nos torts, de nos erreurs et des vôtres
A la folie de l’époque, à tous les fruits de nos révoltes
A nos rêves qui se vautrent, au monde qu’on nous a laissé
Aux idéaux qu’on porte, dans les tripes de nos âmes blessées
Aux nôtres qui s’endorment la haine au ventre
Nos rêves d’enfant, à l’air, au vent… A fond !
Voici que reviennent les sauvages, secouer ceux qui dorment

Dans leurs cages dorées, nous sommes venus briser vos idoles
Nous sommes ceux qu’on ne dompte pas, ceux qui viennent crier sur les toits
La digne liberté perdue, Que la nature reprenne ses droits !…
Le vent effrite nos poids, souffle sur nos voiles

Les poumons plein de rêves, laissez passer les sauvages
Au delà de vos lois comme l’Amour, comme le temps
Comme la mort, comme le vent, comme la vie, comme le Grand,
Bienvenue dans la création, sachez que ce n’est pas la vôtre,
Libres enfants de Dieu, ce n’est pas votre veau d’or que l’on adore !
Sous les canons des ordures
Ils nous ont mis du plomb dans les ailes…
Alchimistes, on en a fait de l’or pur !
Dîtes-leur qu’on ne dort plus, que leur monde est tordu
Qu’on évite les torpilles de leurs psychiques tortures
Même si ça vous importune, on porte une cause
Ami d’infortune, déploie tes ailes, et deviens qui tu es, OSE !
*
Are you afraid to have someone believe in you?
Can you commit to your ideals?
Even if you think nothing of it,
are you willing to allow others to think the world of it,
and of you?
Pedagogue of Young Gods.
All slavery ever does is free you.

All anyone ever does is an example.
All power is just collective energy.
To abuse the privilege is to sell your soul
and that is to rent with the illusion of owning.
We are the landlords.
If you misunderstand us,
you’re dead and deserve your demise.
Your dominion is your overthrow.
The controllers are controlled.
Spread the word,
it will save you
and depends on you to be understood.
There is no school bell, only nursery.
Our heroes reward us with stars,
ever-still, ever-moving.
We sing to ourselves in our cars.
Music is our sanctuary.
Anywhere you put it it’s ours.
Our living voice,
our living testament.
We dream aloud,
we scream and shout.
Our courage will defeat them.
Our struggle will unite us.
Our wisdom is ourselves,
our resources our own,
our blood ocean,
our skin oil.
We are mountain and waterfall,
they cannot contain us.
Their prisons will not restrain us,
their customs will not un-name us.
We are what they know in their hearts,
you guessed it,
you knew that,
you felt it,
you tried to doubt it,
denied it,
but you knew it,
ain’t nobody had to tell you.
We had them from the start.
A world apart, a world within,
ancient and luminous.
The before before and the hereafter.
We are the essence of laughter.
The comforting prayer
and the gatekeepers
and the street-sweepers.
A mountain of ports outside of a city of dreams.
A bird that prays, yet offers its wingspan to the wind.
Things are not as they seem.
We hover above while giving the appearance of scurrying below.
All is as it should be.
We are more than we know.
More than we hoped and dreamed,
a generation of generators,
a power source and supply.
The better we learn to live,
the better we learn to die.
Old as anything,
old as everything,
we are participants in a ritual
older than our collective memory,
a marriage of heart and mind,
secular and divine.
All is as it should be.

Slavery carefully bred us.
No child of Greece or Rome can behead us.
We are ahead of our time.
Slavery was simply a state of mind.
Hip-hop reminded us of confidence.
Overcoming now is simply common sense.
You deserve the ice and the riches of Solomon.
But don’t let warped values turn you into hollow men.
Education is the only thing given that cannot be taken.
Learn to think for yourself,
analyze the forsaken.
Pimp your fears,
surrender to love,
dance all night when you need to.
Play this song for a thug,
let ’em know ain’t no judgment.
We all hustle and grind,
any system against us is against the divine.
But there’s no sense of glory in repenting,
and repeating,
their mistakes.
You have a greater calling.
Answering it is all it takes.
Take a second to hear this
and go back about your day.
Know that laws don’t govern us,
we’re governed by what we say.
What we think, why we think it, how we handle.
Place no blame, point no fingers, take your aim.
Shoot to kill. the bullshit.

Et je vais m’arrêter là. C’est fragmentaire, subjectif, cela ne saurait, et ne prétend pas à, saisir les formes mouvantes qui se dessinent dans l’espace d’occupation. Il y a tant à dire, de liens à souligner et faire passer, tout un débordement d’images et de messages qui occupe, aussi, le web, au point que l’on peine à garder pleinement trace. Impression d’être dans l’éphémère et l’instant, pour mieux défendre le durable et l’avenir.
A La Défense, tandis que je tape, l’on réfléchit aux moyens d’étendre et renforcer le lien unitaire, l’unité, la légitimité, et d’inviter, notamment, les quartiers dits populaires en ce temple des 1% qu’ils n’ont guère l’habitude de fréquenter. Et de les aider, aussi, à reprendre les espaces que les autorités leur disputent, à coups de décrets tracassieurs, de contrôles au faciès, d’arrêts anti-mendicité, anti-vendeurs à la sauvette, anti-pauvres quoi. El pueblo unido…

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7 réflexions sur “Love & Revolution

  1. petitefa dit :

    J’aime j’aime j’aime j’aime j’aime !!! Je veux ‘Occupy Kudos’, en illimité !!

    Encore plus chiffonnette de me trouver à 900 km de vous… de nous. J’envoie un max de pensées par la voie des airs et des pixels, ça réchauffe ce que ça peut, pas beaucoup sans doute, mais cette flamme impossible à éteindre, ce ‘Time has come’ régénérateur, ces paroles de Keny A. qui font monter les larmes à chaque fois, tout ça ne peut pas finir en impasse, comme des pétales sur le trottoir aux couleurs de sacs de couchage. Ce ne sont pas des pétales, des cris d’un jour. Ce sont bien des flammes, oui, et bon sang ce que ça fait du bien de se sentir ‘nous’, ce truc du collectif (mais non du dominant-dominé, évidemment) qui manque tellement, de se sentir traversé-e par le virus empathique, le Ki circulant, l’Agapè dont nous parlions avec autant de fragilité dans la voix que de détermination dans le coeur, traversé-e-s par je ne sais comment l’appeler…

    Ton billet est bouleversant, tu sais, ça. Je suis tellement fière de ce que vous faites là-bas ! Au beau milieu de ces vagues humaines shootées à l’indifférence, de ces réactions hostiles (pour ne pas dire pire), de ce climat délétère (pour ne pas dire de merde) de clivage et de repli sur soi dans un geste symétrique au refus de l’Autre, au croisement de tout ça… c’est sublime, ce que vous faites, ce que vous *êtes* à ce moment-là, cet homo gestalt (Les plus qu’humains, Théodore Sturgeon, en écho au Vif de la Horde chérie ;) ), cet humain multiple et mouvant – mais comment pourrait-on seulement réduire *ça* à une liste de revendications, je me demande -, oui c’est définitivement un acte de beauté.
    Et peu importent les critiques, les minimisations, les incompréhensions. Ici est le sens de la marche, voilà. :)))

    Je te jure, je pense à vous tous les jours, je me dis ‘si j’étais avec eux j’aurais plein d’idées de cartons, je ferais un coin consult gratuit intitulé « Le dessin qui guérit – consultation pour les enfants et ceux qui l’ont été » avec mes feutres de couleur / je tenterais un coup de faire la Forme (de taiji, t’avais saisi) du mieux que je peux, pour montrer que tout le monde peut faire circuler le Ki, que tout le monde peut apprendre, sans matos ni accessoires ni hiérarchie, que se réchauffer debout face à l’aurore, et *ensemble*, c’est quand même bel et bon, etc, qu’avec ce truc on peut vivre cent ans, sans coup férir et sans labo / j’irais poser aux flics, et à tout le monde d’ailleurs, dans l’esprit « qq qui vous fait battre le coeur » ma question fétiche en entretien, « et vous qu’est-ce que vous vouliez faire quand vous étiez petit-e ? » aka la version adultifiée de mon classique « et tu voudras faire quoi quand tu seras grand ? » / je tracerais à la craie un Cercle de silence autour de moi / et puis rien de spécial, je partagerais ce que je peux comme moments grands ou petits, enfin bref, tout ça pour dire que je n’y suis pas, concrètement, mais que j’accuse réception, avec un immense sourire, de la contamination virale que tu sais, effective et efficiente, et voilà j’arrête là mais je n’arrête pas le mouvement dans ma tête, les mains ouvertes, comme avec vos petits coeurs, comme dans la Forme, comme dans tout.

    (Hey t’as vu ça change un peu du poing fermé, hein poulette ? ;) Très très heureuse que tu vives ça, là, vraiment :))) )

    J’ai bien envie de passer ton bâton-témoin, là. Que ça continue et que ça se propage. Ce serait tellement bien de continuer la chaîne par toi évoquée, allez je fais ça. A tout vite, bonne douche bouillante et haut les coeurs !!!

    Bises brasillantes :)

    • psycheinhell dit :

      Hey dear, pensées bien reçues, et les couleurs de feutre idem, qui s’épanouissent à merveille dans le camp, sur les panneaux, sur les peaux, partout, c’est vraiment un plaisir, ça. Présence bien perçue, surtout, je vois bien ta silhouette de passeuse de Ki au milieu de tous, au sein du Tout, et la force tranquille de la Forme :))
      (dont on aurait beaucoup à apprendre, oh yes, en matière de circulation de l’énergie – et de posture non-violente !)

      … Arf, les listes de revendications. Le truc est revenu sur le tapis encore hier, un type voulait qu’on profite des élections pour en soumettre une, de liste, aux candidats, façon Pacte de Hulot (… euh… O_o) C’est fou, quand même, ce besoin de cerner, encadrer, réduire. Ca dit bien, quelque part, l’ampleur du formatage – et en regard, l’importance de ce qui n’a jamais autant mérité son nom de mouvement.

      Ca change, que oui, du poing fermé. :-)
      (Et tu vois, je comprends de plus en plus, suite à nos récentes discussions là-dessus, que c’est là une image rémanente d’une époque dépassée, où je luttais, façon ‘lutte avec l’ange’, pour libérer tout ce que j’avais jadis replié intérieurement, pour le protéger des attaques de l’extérieur tant subies quand j’étais plus jeune. L’image du poing cognant sur le mur, c’était alors le symbole, avant tout, d’une tentative de briser ma carapace, cette protection qui s’avéra prison (on ne croirait pas maintenant, mais à une époque, je ne pouvais pas taper le moindre texte sans être prise d’une espèce d’urgence à le détruire. Quand j’ai commencé à bloguer, c’était aussi, à l’époque, pour comprendre cette peur, et la désamorcer…)
      Bon, end of parenthèse introspective. La main ouverte, donc, posture nécessaire, d’ailleurs, à la circulation de l’empathie et de l’intuition, qui me guident tant dans l’action. Vulnerability is power… :)

      Occupied kisses :D
      Hel’

  2. petitefa dit :

    Ah j’ai oublié un truc, évidemment.

    C’était ça la phrase, ‘The’ phrase issue d’une longue V-discute de la grande époque, une LS-sentence (pardon pour les private références !!) de celles qui nous servent de mantra plus souvent qu’à leur tour, celle-ci est pour ce soir…

    « …Et puis, personne ne va seul à Frontier. »

    Voilà :-*

    • psycheinhell dit :

      Je m’en souviens bien, de cette phrase, elle m’avait beaucoup marquée, et m’est restée. Personne ne marche seul vers Frontier. Oui. Oh oui. :-)

      Et savoir que l’on n’est pas seul à marcher dans cette direction, même si les tronçons de route n’ont pas encore convergé… ah, c’est salvateur.
      (… tiens, hier encore, de fait, une femme a fondu en larmes lors de l’assemblée, disant ‘wow, d’être venue vous voir je réalise soudainement que je ne suis pas seule, pas seule à me soucier de la planète, à faire ce que je peux dans ma vie au milieu des blasés’)

      Ah, ça résonne fort, hein. Et, écho du matin à la vibration du soir, le Never give up à la sauce LS :
      « Si vous vous levez pour Frontier aujourd’hui, ne vous rasseyez pas. »

  3. Lullaby dit :

    Très, très beau et très fort témoignage que je m’en vais aussi de ce pas transmettre.
    Comme Fa, j’aimerai pouvoir franchir les quelques kilomètres qui me séparent de Paris pour me joindre au mouvement.
    J’y suis au moins par la pensée, je pense à vous, à tous ces gens qui veulent que ça bouge, chaque jour.
    Et moi aussi je la sens, cette énergie. En moi et autour de moi.

    Le vent tourne, les graines sont semées et certaines, qui ont commencé à germer, forment déjà de belles pousses. Et d’autres graines encore sont en train de germer.

    Merci pour cette belle tranche d’espoir et d’humanité.

    Keep dreaming, keep occupying, keep freeing.

    Bises tournoyantes

    • psycheinhell dit :

      Thanx Lullaby :)
      Et comme on disait ailleurs, pas besoin d’être sur le parvis pour faire tourner l’énergie, les graines dans le vent ; occuper les territoires du rêve, pour changer la conscience collective !

  4. psycheinhell dit :

    Quick update avant de mettre les voiles vers La Défense, pour ajouter deux nouvelles voices in the wind dont le message me plait bien, et vibre de concert avec mes propres ressentis.

    ==> Le Carton et le Web, sur Occupy France (http://occupyfrance.org/23-11-2011/le-carton-et-le-web/reflexions/407)
    « L’observateur s’est-il posé la question de savoir qui ils étaient ? De qui s’agit-il ? De jeunes militants alter-mondialistes ? Oui, mais pas seulement. De lecteurs de Stéphane Hessel ? Oui, mais pas seulement. D’anciens militants syndicaux revenus de tout sauf de l’envie d’un monde plus juste ? Oui, mais pas seulement. D’amis du printemps arabe ? Oui, mais pas seulement. De citoyens désorientés et exaspéré à la seule lecture du quotidien du matin ? Oui, mais pas seulement. D’anciennes et d’anciens ulcérés que leurs combats de jeunesse n’aient pas permis un monde meilleur ? Oui, mais pas seulement. D’intellectuels souhaitant manifester que seule la pensée et le partage sont sources de progrès ? Oui, mais pas seulement. D’Indignés ayant participé à la marche de Bruxelles ? Oui, mais pas seulement. De parents jamais syndiqués, jamais politisés, mais qui veulent réfléchir à un autre monde pour leurs enfants ? Oui, mais pas seulement.

    Installés sur les places publiques d’une société de consommation qui a embrassé le destin des marchés financiers, ils inscrivent leurs slogans, leurs idées et organisent leurs campements avec ce qui reste lorsque tout est vendu, vidé, destocké : le carton. »

    ==> Surtout, surtout, »The Revolution is Love » (z’entendez un peu c’te écho ? Ah, ça résonne, ça résonne :)))
    Une video est en ligne sur youtube, ici : http://www.youtube.com/watch?v=BRtc-k6dhgs&feature=channel_video_title
    Comme je n’ai rien trouvé de sous-titré, ai tapé à la volée le texte, de Charles Eisenstein. Le voilà donc :)

    « You can’t evict an idea whose time has come. »
    Occupy Wall Street

    This movement isn’t about the 99% defeating or toppling the 1% – you know the next chapter of *that* story, which is that the 99% create a new 1%. That’s not what it’s about. What we want to create is the more beautiful world our hearts tell us is possible, a sacred world, a world that works for everybody, a world that is healing, a world of peace. You can’t just say [ ? pas 100% sûre de ce que j’ai entendu, là] ‘we demand a world of peace’. Demands have to be specific. Anything that people can articulate can only be articulated within the language of the current political discourse – and that entire political discourse is already too small, and that’s why making explicit demands kind of reduces the movement and takes the heart out of it. And so it’s a real paradox, and also I think that the movement actually understands that. The system isn’t working for the 1% either. You know, if you were a CEO, you’d be making the same choices they do. The institutions have their own logic. Life is pretty bleak at the top, too, and all of the baubles of the rich, they’re kind of this phony compensation for the loss of what’s really important, the loss of community, the loss of connection, the loss of intimacy, the loss of *meaning*. Everybody wants to live a life of meaning. And today, we live in a money economy where we don’t really depend on the gifts of anybody but we buy everything, therefore we don’t really need anybody because whoever grew my food or made my clothes or built my house, well if they died, or if I alienate them, if they don’t like me, that’s okay, I can just pay somebody else to do it. It’s really hard to create community if the underlying knowledge is : ‘we don’t need each other’. So people kind of get together and they act nice or maybe they consume together, but joint consumption doesn’t create intimacy, only joint creativity and gifts create intimacy and connection.
    You have such gifts that are important, just like every species has an important gift to give to an ecosystem, and the extinction of any species hurts everybody: the same is true of each person, that you have a necessary and an important gift to give, and that for a long time our minds have told us that maybe we’re imagining things, that it’s crazy to live according to what you want to give. But I think now, as more and more people wake to the truth—that we’re here to give—and wake up to that desire, and wake up to the fact that the other way isn’t working anyway, the more reinforcement we have from people around us that this isn’t crazy, this makes sense, this is how to live. And as we get that reinforcement, then our minds and our logic no longer have to fight against the logic of the heart, which wants us to be of service. This shift of consciousness that inspires such things is universal, in everybody, 99% or 1%, and it’s awakening in different people in different ways. I think love is the felt experience of the connection to another being. An economist says that, essentially, ‘more for you is less for me’ – but the lover knows that ‘more for you is more for me too’. If you love somebody, then their happiness is your happiness. Their pain is your pain. Your sense of self expands to include other beings. That’s love, love is the extension of the self to include the other. And that’s a different kind of revolution, there’s no one to fight, there’s no evil to fight, there’s no ‘Other’ in this revolution. Everybody has a unique calling, and it’s really time to listen to that. That’s what the future is gonna be. It’s time to get ready for it and to help contribute to it and make it happen.

    La vidéo est issue d’un projet plus vaste, Occupy Love : A film that captures the global (r)evolution of compassion in action.
    Ils ont une page pour soutenir financièrement la production de ce docu qui promet (http://www.indiegogo.com/Occupy-Love), et un site, pour ceux que ça intéresse ! (http://occupylove.org/)

    Et zou, je file. De belles occupations à tous :))

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