Bruissement d’ailes

J’ai passé le jour de la victoire à célébrer le vol, le ciel, les ailes.
Fenêtres grandes ouvertes, de l’aube au crépuscule, pour saluer le passage en éclair bleu du geai et l’état de vertige continu des martinets noirs. Souffle coupé, regard déployé, ne se baissant que pour descendre sur l’espace de la page, suivre un autre ballet de style, de sens et de souffle.
De cela, je parle là :

Terry Tempest Williams, ou la voix des ailes

Par ici, comme une envie de suivre encore un peu l’écho des cris d’oiseaux. Passer quelques liens à tire d’ailes…

Mon premier battement est une entreprise de communication interspéciste, menée du bout d’une clarinette par le musicien David « jamming with birds » Rothenberg. A l’autre bout de l’instrument… finit par se pointer la huppe blanche d’un garrulaxe.

***

Mon second battement sera un immense serrement de coeur, et s’appelle Midway Journey. C’est un projet de documentaire témoignant de l’impact destructeur du plastique sur les oiseaux de l’atoll Midway. Les images ramenées sont superbes // horribles, et sacrément remuantes. A voir, vraiment, pour oeuvrer à guérir…

« My voice rises again and again in beauty within the wonder and awe of the spectacle: an exaltation of larks; the murmuration of starlings; a murder of crows; a parliament of owls. And then in the privacy of truth, there is still the repeating courage of one hermit thrush, hidden in the woods, singing between intervals of thunder. It is not in sorrow that I am moved to speak or act, but in the beauty of what remains. An albatross on Midway Atoll, dead and decomposing, is now a nest of feathers  harboring plastic from the Pacific Gyre of garbage swirling in the sea. We can kneel in horror and beg forgiveness. Or we can turn away. But the albatross crying overhead, buyoed up by the breeze, is suspended in air by her vast bridge of wings. She is the one who beckons us to respond. »
Terry Tempest Williams, When Women Were Birds

***

Enfin, une invitation à observer :

Observatoire des oiseaux des jardins

« Ralentir est peut-être la chose la plus subversive que nous pouvons faire dans notre culture », disaient Isabelle Fremeaux et John Jordan (Sur les sentiers de l’utopie). Alors, un exercice de subversion : se caler sur le rythme de l’univers arboricole et aérien, et par la même occasion aider la LPO à recenser les oiseaux de jardins. Et puis, c’est lutter contre l’illettrisme, ce processus que pointe Gary Snyder lorsqu’il dit que nos administrations, cités, systèmes, nous rendent « nature illiterate ». On ne sait plus reconnaître un oiseau, ni son chant. Voilà l’occasion de réapprendre – et quelle beauté que de connaître le nom juste, entre autres connaissances que la communautés des cimes peut nous transmettre, si nous savons écouter – lire le ciel, lire les ailes – et peut-être, y voir s’y dessiner l’espoir d’un autre futur, tellement plus vibrant que ce que les entrailles de plastique annoncent aux haruspices. Tout en savourant la beauté persistante du présent…

« We live among a gratitude of birds. »
Terry Tempest Williams

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9 réflexions sur “Bruissement d’ailes

  1. Lullaby dit :

    Très beau billet !
    Et, synchronicité, je parlais oiseaux ce matin avec une collègue calée sur le sujet en cherchant à identifier un superbe inconnu venu exposer ses ramages sur mon balcon, voici quelques jours.
    L’oiseau restera sans nom – impossible de l’identifier malgré l’aide de la collègue – mais la beauté de l’instant reste gravée dans ma mémoire.
    Et le chant des oiseaux par ce beau temps est un régal pour les oreilles :)

    Bises de plumes

    Lulla

    • psycheinhell dit :

      Hey, Mag’ (et welcome on wp, tiens, dirait-on ;))
      Il ressemblait à quoi, ton invité mystère ? En tout cas, cool pour la rencontre, c’est toujours un chouette moment que de découvrir une nouvelle tête comme ça :))
      Oui, les chants d’oiseau, je savoure aussi, et j’essaye d’en profiter pour apprendre à un peu mieux les identifier, ça encore, c’est un savoir qu’on a laissé filer dans les cités…

      Des bises, et un salut ondulé de bergeronnette

  2. petitefa dit :

    (bon je recommence à deux mains, avec batterie et le plus vite possible P)

    Piou piou ici aussi, donc :)

    Je me souviens de ce poignant Midway, que tu avais partagé, et à nouveau, feeling inchangé, honte, tristesse accablée, porca miseria…

    Ici c’est un concert permanent, au Nid printanier (et je ne parle là que de la gent alaire ;D), je ne sais reconnaître quasi aucune espèce, à part les habitués (la famille de mésanges sous le toit du garage voisin, les grands corbeaux noir bleuté, le rouge-gorge qui vient souvent, les hauts hérons bien sûr, et 2Pack et 50Cents, le coupe de merles grassouillets qui vit dans le poteau-lierre ^_^), sinon c’est la grande inconnue, en tout cas ça trille et ça hulule à tour de bras, comme c’est la première année que je passe autant de temps ici en journée, je découvre – enfin – toute cette symphonie forestière… :)))

    Il faudrait un guide ornitho d’ailleurs pour clarifier un peu tout ça, je n’en ai pas, je crois que la LPO en fait, ça pourrait bien aider (je ne dis pas qu’on peut se mettre à reconnaître des centaines ni même des dizaines d’oiseaux, mais bon, si ça fonctionne un peu pour les arbres, y a pas de raison :) ). D’ailleurs, il faudrait aussi que je creuse à nouveau ce projet de refuge LPO, en mode no-hunt-zone (et maintenant que j’ai mon pdc je peux me permettre d’aller faire un peu de provoc’ à la mairie, si ce n’est pas triste, un monde aussi reg * bref *), tous les espaces sont possibles, même les petits balcons urbains, et là avec les hérons, et surtout la potentialité de ne plus avoir les chasseurs, leurs chiens surexcités et leurs faisans terrorisés dans le jardin, tout juste relâchés de leurs cages d’élevage…

    Ahem :/ désolée, la fin de mon comm’ sonne un peu sombre en matière oiselière, mais c’est cela aussi, les oiseaux dans la vallée, des proies auxquelles l’on pense une seconde trop tard, quand les coups de feu résonnent la moitié de l’année (et l’autre moitié aussi un peu, officieusement)…

    Bon, une note moins sinistre, as-tu vu ‘le peuple migrateur’ ? Docu quasiment sans paroles, tout à hauteur d’oiseaux en vol, splendide, à voir vraiment (j’essaie de le revoir à peu près dès que je peux, quand je rentre au nid maternel ^_^)

    Bises à tire-d’ailes, il y a un petit rossignol qui prend de l’avance ;)

    • psycheinhell dit :

      Hey piaillé !
      Oui, les guides ornitho, c’est bien pratique (et même parallèle avec les arbres, ah c’est toute une éducation à reprendre !) Ma mère en a un, toujours sur sa table de chevet pour le rituel du dimanche où elle et les félins n’émergent pas du lit avant le début d’aprèm’ : fenêtre grande ouverte sur le jardin, jumelles à portée de main, et voilà un tout confortable poste d’observation ^_^ Au printemps c’est parfait, et avec un peu de chance tu vois passer l’écureuil, qui se suit à la trace au raffut de protestations chez les couples ailés qu’il dérange d’arbre en arbre (et quand il passe sur le fil électrique à la saison des amours, c’est carrément l’incident diplomatique :D)
      Perso pour les guides je fouine sur internet, du côté d’Oiseaux.net & co. Ce que j’aimerais bien choper, par contre, c’est une paire de jumelles !

      J’ai de la chance, quand même, le parc de la résidence est joliment peuplé – c’est précieux, ça, à proximité de Paris ! Des corneilles, des pies, un pic vert ultra furtif (je soupçonne aussi la présence d’un pic épeiche, mais celui-là ça fait un bail que je ne l’ai pas revu), un couple de geai des chênes, des étourneaux, des merles, des pigeons ramiers, des mésanges, des moineaux… et des martinets noirs, que j’ai longtemps pris pour des hirondelles, et qui ont un vol de ‘ouf, ne se posant jamais (ils nidifient à flanc de mur et puis basta), pouvant voler à plus de cent Km/h et s’élever super haut, un état de vertige et d’ivresse permanente (en tout cas c’est l’impression à les regarder voler)… Bon du cinquième étage, je vois surtout ceux qui vivent dans les hauteurs (pour ça qu’une paire de jumelles, pour mater la pelouse, ça s’imposerait bien) – pis j’ai pile à hauteur de fenêtre le sommet d’un splendide hêtre pleureur, ça adore venir se percher là (comme sur la photo), du coup ils me défilent sous le nez, voire prennent la pose !
      Et j’ai mes coins dans Paris, aussi, les endroits où je fais la sieste avec un couple de canards colverts (c’est fou comme ça te met du calme au coeur, même en pleine frénésie parisienne, d’avoir un caneton qui somnole en confiance à deux pas de toi :)), les quais fréquentés par des bergeronnettes au tracé ondulé, … Chouette, quoi. :-)

      J’espère que vous pourrez le faire sans bâtons dans les pattes, c’est vraiment bien, le coup du refuge LPO ! Ca me manque, ici, de ne pas avoir d’espace à moi où inviter la nature, juste un mini rebord de fenêtre qui déborde vite (et que je ne peux pas trop encombrer, vu qu’il me sert de perchoir dès que le temps le permet). Bon à défaut, je creuse les pistes de guérilla gardening et suis l’évolution des concepts de jardins partagés, ça commence à bien bouger sur Paris ça…

      Je comprends bien pour la note sombre, tu sais ici il n’y a pas de chasseurs, mais il y a l’ultra-présence des routes, et le sort fait à la principale population ailée de la ville, les pigeons, qui n’en peuvent mais si on leur a complétement tourneboulé leur environnement naturel, les coupant de leur source d’alimentation et les acculant à une survie permanente (bon certes, il y a des espèces qui se sont mieux adaptées, cf les très malins corbeaux qui savent vivre à la périphérie des hommes tout en conservant leur sauvagerie radicale). Quand je trouve des morceaux d’ailes détachées du corps, plaquées au bitume… ah c’est le même feeling que devant les extraits-témoins de Midway Journey…
      Et s’il n’y avait que les pigeons… l’autre jour je zonais près du canal St-Martin, des canards roupillaient pas loin sur les pierres d’une écluse… une jeune maman débarque, leur balance du pain pour faire voir les oiseaux à son bébé ; z’ont pas faim, donc ils ne bougent pas ; ben elle finit par leur balancer de gros morceaux en pleine tronche, décrétant à l’adresse de son enfant que « les canards, tu vois, ils sont bêtes ». Pauv’ gosse, il part pas du bon pied sur la voie de l’éveil empathe… :S

      (tiens d’ailleurs dans le Refuge évoqué sur le blog-miroir, y a en ouverture un superbe doigt d’honneur aux chasseurs, limite cathartique face au sentiment de perte / ici évoqué par la destruction d’un nid de chevêches des terriers qui avaient résisté à l’inondation, pour succomber juste après à la connerie humaine)

      About Peuple migrateur : nan, je ne l’ai pas (encore) vu, je sais que ma mother l’a, faudrait que je lui pique le dvd à l’occaz !

      Bises en rémiges, et une pensée à la p’tite concurrente en ramage ;)

  3. petitefa dit :

    – mais c’est vrai ça, bienvenue sur WP, Lulla :) –

  4. Lullaby dit :

    Merci pour les welcomes :) J’ai en effet l’idée d’un blog ou deux mais le tout étant en construction (tant dans ma tête que dans les faits) je ne sais pas encore quand ils pointeront le bout de leurs nez ^^ »
    @Psyché : l’oiseau était plutôt gros (taille pigeon, environ), dans des tons beiges-bruns, tirant un peu sur le roux. Vu le bec, on a d’abord pensé à un pic-vert sauf qu’il n’en avait pas du tout la couleur. Il avait aussi une mini-crête sur la tête, très courte.
    Mais même s’il reste anonyme, sa visite reste dans les annales ! :)
    Je comprends ce que tu dis par rapport à l’espace vert situé à ta fenêtre. C’est la même chose pour moi, j’ai la chance d’être côté « jardin », où il y pléthore de végétations et où les arbres sont foison (et bien touffus). ça fait du bien de les contempler ou d’entendre le vent remuer les feuilels :) Outre les chats du voisinage, je vois passer des papillons, des merles, des moineaux. Les corbeaux/corneilles (j’ai du mal à faire la distinction) sont souvent dans le coin aussi. Et puis il y a la Loire ! Cormorans, mouettes (des sternes, souvent) sont légion, et – rien à voir avec les bêtes à plumes – j’ai profité d’une animation à la BM pour apprendre à reconnaître, de loin, un nid de castor. Les animateurs en ayant d’ailleurs repéré un au milieu du fleuve, en bord d’île arborée, juste en face de la BM ! :) J’espère découvrir bien d’autres choses lors d’une future balade *sur* la Loire cette fois. C’est en projet pour cet été et j’ai hâte ! :)

    Bises vertes

    Lulla

  5. Lullaby dit :

    Le bel oiseau est revenu pour un bref salut ce matin et quand il s’est envolé j’ai pu observer de nouveaux détails à savoir des touches de bleu dans son plumage… c’est donc un superbe geai qui s’invite sur le balcon de temps en temps :)

    • psycheinhell dit :

      Ah yes, la black & blue touch le rend assez inratable, le geai des chênes ! t’as de la chance de l’avoir, et le voir, sur le balcon, le couple voisin est hyper furtif (bon, sauf quand ils se bagarrent avec les pies, mais là encore on les entend plus qu’on ne les voit ^-^)

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