Graines de beauté du jardin d’Hastshehogan

Pendant que les apprentis sorciers poussent un peu plus la terre hors de son axe,
enfermant les fruits ronds dans une forme carrée pour les mieux ranger,
privant pastèques et tomates de leurs pépins pour la commodité du client et le malheur du monde,
tandis qu’explosent – littéralement – des cultures gorgées de chimie, dégorgeant la folie,

pendant ce temps, obstinée, descend la rosée,
pendant ce temps, patiemment, plante le fermier,
pendant ce temps, et de tout temps, éclot la beauté

… pendant ce temps, et aussi longtemps que le soleil ne sera pas vert
– et c’est de *nous* que cela dépend.

Pas de récit apocalyptique ce matin, cependant. Pas de pétition, manifestation, agitation. Fenêtre ouverte sur le souffle de l’aube, le chant des oiseaux, le jardin « qui ne pense pas encore aux hommes ».
J’entends encore la voix de Terry Tempest Williams, « the simple understanding that to sing at dawn and to sing at dusk was to heal the world through joy« .
J’entends ses résonances s’accorder au chant dineh qui fit tant en moi, à la voie de la beauté. Guérir le monde par la célébration – peut-on ?

Ce matin, je veux croire que oui. Qu’on peut sauver le monde dans la beauté.
Espoir facile ? espoir futile ? je ne crois pas.
La facilité, la futilité : une pétition sitôt signée, sitôt oubliée.
Un lien qui dit « cliquez là pour sauver » – et en moi, une voix crie à la fausseté.
C’est si facile. Si rapide : je clique, je sauve. Je me sens mieux. Conscience soulagée. Je peux passer à autre chose, je zappe, un autre clic. C’est le speed, notre addiction.
C’est le risque.
Cliquez pour contribuer à sauver. Yes. Mais, cliquez dans la continuité de vos actions quotidiennes, dans un flux de conscience permanent. Et, parfois, ne cliquez pas. Débranchez le buzz, le bruit étouffant, la machine gourmande, pour entendre le bruissement du monde.
Écoutez pour sauver. Take care. Pay attention. Et célébrez. Célébrez pour sauver.

Nous sommes partie du problème et nous en avons conscience.
Nous sommes partie de la solution et nous en faisons acte.
Mais au-delà, au-delà : nous sommes partie du Mystère. Et nous y participons.

Envie, aujourd’hui, de dire la magie d’une graine de maïs née dans la patience et l’émerveillement.
Il faut se mesurer à Monsanto. Oui. Cliquer, signer, crier haut contre la mort programmée des graines et des terres.
Et il faut se souvenir que Monsanto, avec tous ses tours de passe-passe génétiques et ses cadenas juridiques, n’est rien, rien, face au savoir-faire du fermier, et aux variations de beauté du vivant.

Ce matin, le monde vous présente :

Le maïs perle de verre

Like many heirloom treasures, Glass Gem corn has a name, a place, and a story. Its origin traces back to Carl Barnes, a part-Cherokee farmer living in Oklahoma. Barnes had an uncanny knack for corn breeding. More specifically, he excelled at selecting and saving seed from those cobs that exhibited vivid, translucent colors. Exactly how long Barnes worked on Glass Gem—how many successive seasons he carefully chose, saved, and replanted these special seeds—is unknown. But after many years, his painstaking efforts created a wondrous corn cultivar that has now captivated thousands of people around the world.

Approaching the end of his life, Barnes bestowed his precious seed collection to Greg Schoen, his corn-breeding protégé. The weighty responsibility of protecting these irreplaceable seeds was not lost on Schoen. While in the process of moving in 2010, he sought out a place to store a sampling of the collection to ensure its safekeeping. Schoen passed on several unique corn varieties to fellow seedsman Bill McDorman, who was owner at the time of Seeds Trust, a small family seed company then located in central Arizona. (Today, Bill McDorman is Executive Director of Native Seeds/SEARCH.) Curious about the oddly named Glass Gems, he planted a handful of seeds in his garden. The spectacular plants that emerged took him by surprise. “I was blown away,” McDorman recalls. “No one had ever seen corn like this before.”

Via les guérisseurs de monde et gardiens de graine de Native Seeds / SEARCH, « The Story of Glass Gem Corn: Beauty, History, and Hope« 

En vérité à l’est
le haricot blanc
et le grand plant de maïs
sont attachés à l’éclair blanc
écoutez ! il approche !
on entend la voix de l’oiseau bleu
En vérité à l’est
le haricot blanc
et la grande courge
sont attachés à l’arc-en-ciel
écoutez ! il approche !
on entend la voix de l’oiseau bleu

(…)

Depuis les anciens jours j’ai planté
depuis le temps de l’émergence j’ai planté
le grand plant de maïs j’ai planté
ses racines j’ai planté
l’extrémité de ses feuilles j’ai planté
sa rosée j’ai planté
sa barbe j’ai planté
son pollen j’ai planté
sa soie j’ai planté
sa graine j’ai planté

Depuis les anciens jours j’ai planté
depuis le temps de l’émergence j’ai planté
la grande courge j’ai planté
sa graine j’ai planté
sa soie j’ai planté
son pollen j’ai planté
sa barbe j’ai planté
sa rosée j’ai planté
l’extrémité de ses feuilles j’ai planté
ses racines j’ai planté

(extrait de la cérémonie dineh du Kieje Hatal)

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4 réflexions sur “Graines de beauté du jardin d’Hastshehogan

  1. Yael dit :

    Magnifique !!! C’est aussi ce que disent d’autres « passeurs », des « passeurs » du monde occidental, comme Louise Hay : la guérison du monde passe par la guérison de soi, par la célébration, la reconnaissance, l’espérance, la foi en la beauté du monde. Ou Eckhart Tolle avec l’ouverture totale, émerveillée, au moment présent. Merci pour ce billet :)

  2. Lullaby dit :

    On le croirait d’abord artificiel mais non, c’est bel et bien du maïs, créé patiemment et par sélection naturelle par cet homme. Pour l’article en lui-même : oui, cliquer doit s’insérer dans des actions porteuses de sens, elles aussi.
    Bel article, une fois de plus.
    Bises émerveillées devant ce maïs coloré, issu de la patience et de l’amour du végétal, préservé des mains avides et puantes des industriels. Une belle histoire, vraie !

    • psycheinhell dit :

      Oui, j’ai eu aussi cette réaction devant la photo (un réflexe résilient de hoaxbuster, on va dire), mais ce genre de blagues n’est pas trop le genre de Native Seeds / SEARCH (association découverte à c’te occasion dont on avait causé ==> https://psychopompe.wordpress.com/2011/07/24/petites-graines-cristallisees/#more-2089)

      Mais bon, c’est vrai qu’en France, on n’a déjà pas l’habitude du maïs bleu… Comme dit l’article originel, voilà une image de la beauté qu’on laisserait perdre si on permettait aux lois du marché et de l’agriculture intensive de limiter nos héritages de graines !

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