If we’re together

To Plant a Garden

Les compagnons de route de Psychopompe (et de son sibling Psycheinhell) l’auront peut-être remarqué, j’ai un faible pour les projets portés via la belle méthode du crowdfunding. En ces eaux, je m’étais déjà fait l’écho de la belle oeuvre de Chris Jordan filmant la beauté des albatros et le désastre du plastique, ou de l’action lancée les tribus lakotas pour racheter une partie des Black Hills. De l’autre côté du miroir, on a parlé du quatrième volume des Clockwork Phoenix, une antho financée via Kickstarter (et zeus sait que je suis fort frétillante à la perspective de la parution prochaine du bouquin !). Et tout récemment, la fatigue, le boulot et autres alés m’ont fait louper le coche pour évoquer Liberator, un comics dont les héros oeuvrent pour la libération animale, miam…
J’aime ça, le lien direct des créateurs aux publics, la liberté de créer, l’effervescence et le vertige que l’on peut ressentir à sentir un projet se matérialiser en live, et la fierté de savoir que l’on est une humble part de tout cela. Face aux rouages socio-économiques parfois bien broyants, qui voudraient nous encastrer dans de tristes petits moules de consommateurs dociles, ça a un joli aspect… tribal, vous voyez ? C’est faire acte collectif d’espoir, dire que l’on croit en la beauté variée des lendemains, et que l’on est prêt à se bouger pour qu’ils adviennent. Point n’est besoin d’être riche et de « dépenser » beaucoup, l’essentiel est que la tribu réponde présente, en nombre suffisant.

Je ne suis pas sûre qu’en France, on ait encore bien saisi ce système de financement participatif, dans son ensemble et ses implications. Ça viendra. J’ai eu le bonheur, l’an dernier, de participer à la campagne d’Amanda Palmer pour financer son Theatre is Evil, la musique et la tournée – ce fut intense. Bruit, tourbillons et paillettes. J’ai un immense respect, et une grande admiration, pour cette dame et la relation qu’elle a su forger avec ses fans. Elle donne énormément, d’elle-même et de son temps, et la réponse est fabuleuse. Quand, essayant de se libérer de son label, elle chantait en live « please drop me », le public était avec elle ; quand le même label voulut faire éditer la vidéo de « Leeds United », arguant que le ventre exposé de la chanteuse n’était pas assez mince pour satisfaire les so-called fuckin’ goûts des clients (parce qu’à ce stade de déchéance commerciale, il n’est plus question que de clients, que l’on prend au passage pour des crétins formatés), ses fans menèrent auprès du label en question une véritable « rebellyon » ; quand elle partit en tournée en emmenant la troupe fantastique du Danger Ensemble, elle expliqua à chaque fin de concert que n’ayant pas les moyens de les payer, elle comptait sur la solidarité du public – et de ce que j’ai vu un beau soir à Paris, le chapeau qui tournait repartait bien rempli. Et ainsi de suite ; et ainsi, quand Amanda Palmer & the Grand Theft Orchestra lancèrent leur campagne Kickstarter visant les 100000$, ils obtinrent plus d’un million, pour la plus grande jubilation de tous ceux qui espèrent voir bouger les choses, changer la donne, dans l’industrie musicale, et plus largement, plus essentiellement surtout, dans l’art, la place et la liberté des artistes, et la part faite à ces artistes. « This is the future of music », a dit la dame, « we are the media », a-t-elle clamé haut et fort comme elle sait faire (et le monde a entendu, pas de doute). * We * are * .
We can. We.

C’est dans l’air du temps, je crois (I want to believe). La réalisation du pouvoir lové comme une graine dans nos paumes, si nous comprenons qu’il est essentiel d’agir, de walk the talk, y compris à notre niveau financier.
Et bien sûr, il n’y a pas que les campagnes twitterstorm (… und Drang) à la Palmer. Le crowdsourcing, c’est aussi des révolutions tranquilles, mais essentielles – celle qui permet à un anthologiste de continuer une série de qualité, en rémunérant ses collaborateurs à un tarif pro, par exemple. Ou celle qui donne à une artiste les moyens de lancer à plein temps l’activité qu’elle rêve d’exercer, sans s’épuiser à gérer la question de la survie financière pendant la période plus lente de démarrage. J’ai déjà parlé sur ce blog des Créations du Paon d’Or ; je crains d’être à cette occasion partie en mode « vegan vaporeuse et poétique qui poste une phrase que personne ne comprend » (comme dit le fameux manuel de conversation d’Insolente Veggie) – c’est un mode qui m’est assez naturel et correspond à ma perception du monde, mais ne facilite pas forcément la communication (52-Hertz syndrome). Je reviens donc sur ce projet (et je m’en excuse auprès de la poignée de personnes qui écoutent pour de vrai, et pourraient se sentir spammées, ou s’agacer de la répétition d’un message qui était bien passé les premières fois. Dans un monde bel et bon, on n’aurait pas besoin de marteler.)

Les Créations du Paon d’Or, donc. J’ai déjà fait rencontre – sous la forme de livres (par , ou par ici pour l’avis d’une amie sur un prenant recueil), de bijoux, de dessins inspirants – avec l’art de Yael, l’artiste protéiforme à l’origine du projet. Ces oeuvres m’ont mis des étoiles dans les yeux, parfois un coup poignant dans les tripes. Avec la ténacité des rêveurs qui croient en ce qu’ils font, Yael se bat en ce moment pour faire prendre à son activité un tournant pro, pouvoir vivre en créant de la beauté, du sens, en offrant aux gens une puissance d’inspiration, incarnée dans ses créations, véhiculée par les pierres qu’elle emploie avec soin dans ses objets et par sa propre attention au monde. Elle a lancé une campagne sur Ulule afin de financer le développement du projet – campagne qui petit à petit progresse vers son but, et qui espère la contribution, à quelque niveau que ce soit, de ceux que le bel esprit du Paon d’Or a su toucher au coeur, et qui veulent le voir à l’avenir dans leur ciel.

Tout est expliqué, raconté, en détail et en beauté, sur la page du projet :

 Ulule – Le développement des Créations du Paon d’Or

Aussi n’hésitez pas à aller faire un tour, faire tourner, etc. Il reste 18 jours pour aider le rêve à façonner sa place dans la réalité. On peut le faire.

Et merci pour les graines, l’humus et le ciel savent combien elles sont précieuses ! :-)

Ladder to the sky

Ladder to the sky

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5 réflexions sur “If we’re together

  1. Lullaby dit :

    Bien d’accord avec toi pour le côté participatif qui est, à mes yeux, une belle façon de donner un coup de pouce à des projets portés par le coeur et l’âme, une façon de clamer que non, le commercial marketé n’est pas pour nous. Le commerciel marketé est une coquille vide d’âme, et nous voulons des projets portés par le coeur.
    Pour les Créations du Paon d’or, ne t’inquiète pas, l’effet de répétition n’est pas ressenti comme du spam, au contraire ! Il m’a permit d’éviter d’oublier de donner mon obole (je m’en serait beaucoup voulu si j’avais zappé :(…). J’avais vu en vitesse ton premier relayage, mais prise par un début d’année douloureux, je l’avais complètement oublié.
    Heureusement, Nathalie Dau a relayé aussi il y a quelques jours, et à ce moment-là je sortais la tête de mon chagrin et de mes soucis du coup, la mémoire a refait surface et j’ai vite agi ! Donc tu vois, la répétition a du bon :)
    Bises des bords de Loire
    Lullaby

    • psycheinhell dit :

      Mince, Mag’, sorry pour ton chagrin de début d’année… j’espère que ces ombres-là se sont ou vont vite se dissiper !

      Big hugs, et un salut à la Loire si résistante à l’exploitation, de la part de la Seine en crue ;-)

  2. (Buh message tout long et tout mangé :( je recommence !)

    Hey donc,

    Avant toute chose : Lullaby qu’est-ce qu’il se passe ? Ton mot me (nous) rend toutes choses. N’hésite pas à passer par mail si tu veux discuter/te défouler, c’est fait pour ça hein ; je pense bien fort à toi et j’insiste lourdement sur le fait de ne pas rester seule quand ça ne va pas du tout :-*

    //

    comme Lullaby, oui, merci encore pour donner et redonner et ressasser les liens, il n’y a que ça qui marche même pour les internautes qui se suivent de près, comme cela peut nous arriver épisodiquement ;D

    J’ai reçu avec grand plaisir ma commande, très jolie, poétique, et j’ai appris ensuite qu’il s’agissait de la toute première commande sur sa nouvelle plateforme du Bazar du Hobbit ^.^

    Pour ma part, je suis toujours très très ok avec le principe du crowdsourcing (malgré que sa pratique, quand les actions/acteurs des projets sont vraiment confidentiels, s’en retrouve un peu décourageante, souvenance des deux docus sur Fukushima, en même temps que Midway Journey…). Et intégralement ok avec tout ce qui peut zapper, sabrer, contourner ou exploser cette saleté de système de distribution-exploitation-asphyxie des artistes.

    Tiens justement, petite synchro jungienne avec ce graph épinglé tout récemment sur Pinterest, et qui résonne fort avec ton propos (j’espère qu’il va s’afficher, mmpf pas gagné) :

    Vais voir Ulule, un chouïa de temps.
    Et comme tu sais, maréponseàtaréponse, dès que fenêtre temporelle grande ouverte :)

    Peacock kisses to you girlz

    Fa

    • Lullaby dit :

      Fa, merci de ta sollicitude, je te fais un tit mail comme pour Hélène pour te dire quoi – et désolée auprès de vous deux de n’en avoir pas causé plus tôt… je sais pourtant que je peux, auprès de vous, mais bon, je n’étais peut-être pas prête à en parler, aussi… mais dont panic, Fa, la période est dure mais je gère (enfin je crois). Je te maile de suite !
      Des bises à toutes deux, Fa et Hélène

    • psycheinhell dit :

      Hey Fa’ :)

      Trois plombes après, me revoilà ! Je ne savais pas pour ta commande, dis… oui, ces créations sont une bonne irruption poétique dans le quotidien, je le ressens aussi à chaque fois que je porte l’un des bijoux évoqués dans le précédent post. :-)
      (ai reçu aussi quelque chose ces jours-ci, un chouette dreamcatcher – vegan, et là je pense que tu saisis l’importance de l’objet pour moi, et sa signification spéciale) (c’était la rituelle minute iknowuknow ^^)

      Pour le crowdfunding… oui, j’éprouve aussi une grande tristesse en voyant passer les projets qui n’obtiennent pas financement –et j’ai aussi repensé en tapant l’article à ces docus pour Fukushima qui te tenaient à coeur. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est décourageant (mais c’est peut-être mon côté ‘try harder next time’, où je recycle en énergie mes colères et déceptions) – mais triste, oui. Très. Comme un petit refrain de ‘the world won’t listen’. Hélas, si la foule / crowd n’est pas là ou ne répond pas… oui, c’est triste.
      (Et là, je pense aussi à Björk qui vient de retirer de kickstarter un gros projet qui a tellement mal décollé, en termes de non-réponse du public, qu’elle a préféré annuler avant le crash.)

      Bref, raison de plus pour se bouger tant que le projet que l’on veut voir vivre est en ligne. Surtout quand il s’agit, comme c’était le cas pour un des docus sur F/, et comme ça l’est aussi présentement pour le Paon d’Or, en mode ‘tout ou rien’ – donc zéro sous, même pas les dons acquis, si l’objectif de financement n’est pas atteint.

      Il est chouette, ce graffiti, et très vrai. J’aime toujours quand les murs se vouent à la résistance artistique :-)

      Pour le reste, comme d’hab, take ur time !

      Une double envolée de pensées vers vous, ladies :-)

Talk to the cat

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