Love & Revolution

For Freedom, Beauty, Truth, and Love.

Je vous parle depuis une petite boite en vrac.
Ma chambre, vrac complet. Des piles de vêtements trempés, de books en équilibre précaire au bord du crash, de cartons couverts de slogans, fruit d’essais ratés.
Ma chambre, jamais devenue si proche du pur point de chute. Choir dans le lit, sous la douche, pour chasser le froid. Le reste du temps, rire, humour un rien halluciné, que l’hiver a lancé son occupation OccupyBones.

Je vois de l’occupation partout. Occupy Hope, Occupy Books, Occupy the Minds, the World. Occupy Money, so money won’t occupy you. Occupy the ads, the walls. Occupy Art, Occupy Hearts.
Occupy yourself. C’est la base. Be the change. Be the light you want to see in the world. Be the lighthouse, standing tall in the wind, shining hope, shining change. Occupy the sky, to keep the big companies from colonializing it.
Occupy public space, occupy the parks, the plazas. Occupy interstices, and occupy open air. Occupy the voids, the gaps.
And learn to share, to live and breathe and dream and act there together.

Lire la suite

Publicités

– je suis partie – mais je suis là – mais tout est partout –

J’ai la tête ailleurs. Un peu beaucoup passionnément. Les astres me l’ont soufflé, l’heure avait sonné de repartir sur les chères routes amérindiennes – Piste des Larmes, Medicine Road, la voie de la beauté. Non que je les avais vraiment quittées, mais vous savez… convergences, synchronicité. Ai reçu plein de books – jamais assez. Ai réussi à m’arracher des tripes certaine préface qui s’agitait, et m’agitait, depuis trop longtemps – c’était le moment – je ne connais que ces instants. Ai entendu résonner sur la place de la Concorde, de la bouche d’un fighter Choctaw pour les droits humains & amérindiens, relayée par les percussions, répercussions deep inside du tambour, la fameuse chanson de l’American Indian Movement. Concordance. Lire la suite

L’empreinte des histoires sur la terre

« Quand on avait vu la lumière de la nuit, comme ça, sans vitre entre elle et les yeux, on connaissait tout d’un coup la pureté, on s’apercevait que la lumière du fanal, avec son pétrole, était sale, et qu’elle vivait avec du sang charbonné. »
Jean Giono, Que ma Joie demeure

J’étais perchée avec bonheur sur ma fenêtre, à hauteur des cimes d’arbre et des chants d’oiseaux, au royaume des feuilles bruissant les prémices de l’automne, quand un feuillet d’autre sorte me fit basculer de mon perchoir.

Vous le savez ou ne le savez pas, une grande bataille se joue en ce moment  aux Etats-Unis et au Canada, sur la question des sables bitumineux de l’Alberta, cette source de pétrole à la saleté extrême. Lire la suite

Ciné Dimanche

J’étais partie par là, traçant la route sur les pistes de souffrance aborigènes, et la résiliente voie des rêves

Hasard du surf, j’atterris par ici, sur le projet Wild Touch, et, les yeux brillant, y posai mon paquetage pour le soir. Soirée ciné, soirée rêves éveillés ; ciné-voyage, ciné sauvetage, tant à la majesté écrasante de cette beauté se mêle la conscience, crucifiante, d’une urgence, de l’imminence d’une disparition…

C’était la forêt des pluies
(lien vers la vidéo sur Viméo, sorry, pas le droit de l’importer directement sur wp)

Prologue à un plus vaste projet réunissant le cinéaste Luc Jacquet et le botaniste et inlassable avocat de l’arbre Francis Hallé, C’était la forêt des pluies présente les précieuses images ramenées lors d’un voyage de repérage en Guyane, en 2010. Les images, et l’émotion…
Impression, au coeur de cette forêt primaire, de sentir circuler une joie, primaire aussi, comme une joie de gosse, une ivresse de vie, sans les mines blasées qui servent tant de filtres aux perceptions plus adultes. Un émerveillement qui se manifeste jusque dans les représentations ‘schématiques’ des lieux…

Totale vibration. Totale empathie, aussi, avec le témoignage d’un homme, et son incompréhension face à destruction, son refus. Comment, alors qu’il nous fait partager la merveille d’une telle forêt, ne pas partager en retour ce regard, et sa peine…

… De liane en lien, un autre regard, dans l’empathie toujours, et une douleur accrue. Un regard d’orang-outan victime des dévastations liées à l’huile de palme, et dans ce regard, dans la respiration du corps, dans les gestes manuels, toute la poignante fragilité d’un monde massacré. On retient le souffle, non la colère :

Green

*

… Pas de mots pour conclure ce court billet. La soirée est aux images, vouées peut-être à perdurer au-delà des immémoriaux écosystèmes dont elles témoignent…

(Photo © Alexander Torrenegra, sous licence CC-By 2.0)

Des paroles en marche & des murs de prison

Je passe en coup de vent. Mais c’est que justement le vent souffle, et qu’il dépend de nous tous d’en déterminer la nature. Vent du changement, vent de catastrophe ?

Pour l’heure, dans l’Amérique de l’Utah, c’est un coup de balai officiellement passé sur des valeurs qui me sont chères.
C’est aussi un souffle d’espoir, de révolte, et un appel de plus en plus fort, repris par des voix toujours plus nombreuses qu’effare l’injustice, à la désobéissance civile. Celle du Thoreau du fond des bois, et d’Abbey à la parole de trickster au coeur de son désert.

Que s’est-il passé ? Un crime, à en croire les autorités. Une action, l’audace et l’intelligence en acte, et l’injustice en réponse, clamons-nous.
Il s’est passé que le gouvernement américain décida une fois de plus, et toujours de trop, d’oeuvrer à la grande braderie de la terre, offrant des parcelles aux enchères, au profit de l’industrie minière et pétrolière. Il s’est passé qu’un jeune homme se pointa au beau milieu de tout ce cirque criminel, et y mit la pagaille en faisant grimper tant qu’il pouvait le montant des offres. Il remporta treize des enchères en question, et retira ainsi de certaines griffes avides une petite centaine de km carré – dont il annonça ensuite ne pouvoir payer qu’une toute petite partie. Pour le reste, il fit monter les prix, obligeant les compagnies à débourser plus que prévu – et c’est justice, à mon point de vue. « Nous ne possédons pas la terre, nous l’empruntons à nos enfants. » ET la partageons avec tout plein d’autres créatures, qui y ont autant de droits que nous, et il n’est pas d’acte de possession qui tienne devant cela. Que les prix montent, c’est encore faire trop peu payer les ravageurs.
Les compagnies ont porté plainte, Tim DeChristopher s’est vu poursuivi en justice. Hier 26 juillet, la sentence est tombée : deux ans de prison. C’est faire payer d’un prix exorbitant la désobéissance civile, la résistance pacifique. A mes yeux, Tim est un héros, et un héros futé qui plus est, qui a réussi à sauver des terres menacées par les vrais criminels, et, pour celles qu’il n’a pu sauver, a rappelé le vrai prix de ce qui était sacrifié. Un héros. Et la sentence officielle, une infamie, une vilaine tache sur le bandeau de la Justice.

La résistance s’organise. De partout, paroles de protestation et manifestations de soutien.
Je fais passer quelques liens, de ce que j’ai pu saisir après deux heures de recherche. Désolée pour la précipitation, et pour l’absence de liens français (raison pour laquelle j’ai voulu faire cet article sans plus tarder, pour pouvoir faire tourner en terres francophones ; s’il y a lieu de compléter, j’éditerai – edit 30/07 : done!) –

Les essentiels :

  • Bidder70, le site de soutien à Tim DeChristopher
  • Peaceful Uprising – organisation de lutte non-violente contre les causes & responsables du changement climatique, au sein de laquelle oeuvre Tim DeChristopher, et présentement au centre du mouvement de résistance
  • L’appel aux actes, lancé par de grandes figures du mouvement d’éco-activisme (dont Terry Tempest Williams, dont certains savent déjà combien m’est cher et précieux le bouquin Finding Beauty in a Broken World)

Les échos :

Les paroles :

At this point of unimaginable threats on the horizon, this is what hope looks like. In these times of a morally bankrupt government that has sold out its principles, this is what patriotism looks like. With countless lives on the line, this is what love looks like, and it will only grow.

Tim DeChristopher, au cours de son procès

Il y a une expression anglo-saxonne que la ci-devant marcheuse aime de tout coeur, pour exprimer le principe – et l’acte ! – de faire ce que l’on dit, de mettre en accord paroles et actions. Walk the talk, cela se dit. Tim l’a fait, a transcrit ses paroles en pas de marche, pas de travers sur les autoroutes industrielles. Il n’est pas juste qu’un tel mouvement l’ait conduit en prison. Nous ne voulons pas de cette voie-là. Révélé et renforcé par les murs de sa prison, se dresse un autre mur, à l’échelle d’une entière civilisation – allons-nous foncer dedans sans freiner des quatre fers, sans tirer de tous nos pieds  dans une autre direction ? L’heure est à la marche, en solidaires.

No Earthling’s land

Réalité surréaliste à la Mike Davis :
un road trip au sein de la zone évacuée environnant Fukushima.

Villes abandonnées, rubans de route fracturés –
réacteur, réalité, rétine, même réaction : la fissure.
Le no man’s land – oh que l’expression prend de sens. La terre du nucléaire n’est pas pour les humains, et pour rien de terrien.

This is no earthling’s land. Lire la suite

Faire du ciel une prison de plus sur Terre

Tout est lié. Tout. Et l’homme à ce tout, à cette Terre, aux créatures qui l’habitent. L’homme en ce tout, qui à force de vouloir, au-delà de sa juste place, la part de Dieu ou du Diable, finit le plus souvent par faire moins, ou pire, que la sienne, de part.
Tout est lié. L’humain à l’animal, l’économie à l’éthique, l’abattoir au champ de bataille comme disait Tolstoï. Farrachi, lui, disait de ces mêmes abattoirs et autres élevages, que « la France est couverte de camps de concentration » – et certaine résonance rappelle que cette même France se couvre présentement, toujours plus, de centres de rétention – locaux administratifs qui ressemblent, toujours plus, toujours trop… à des camps.
Tout est lié. La terre, le ciel – autant d’éléments que l’humanité civilisée a perçu comme de vastes espaces de conquête. Il y avait des prisons sur terre, il y a des cages volant dans les cieux, sous les pieds des passagers, et parfois sous leurs yeux de touristes, touristes, alors, de la vie, comme dit un jour une amie – et tout est dit.

Coup de zoom sur ce Tout. Focus : Air France. Air Souffrance.

Air Souffrance, c’est le nom, imparable, de la campagne internationale présentement en cours, visant à convaincre la compagnie de mettre un terme au transport d’animaux de laboratoire. Parce que oui, Air France fait de la torture et de la mort un fonds de commerce non négligeable, acheminant les primates dans des cages qui ne valent pas mieux que des cercueils, dans la soute, sous les pieds des voyageurs.

Plus d’infos sur les images filmées, et qui concernent bien un vol (récent, mai 2011) d’Air France, sur le site d’Air Souffrance. Site à explorer, vraiment, riche en infos sur l’implication d’Air France dans ce sombre négoce (sans oublier une liste des autres compagnies coupables), en possibilités d’action, du mailing à la manif’ devant les locaux, et avec une vision, une portée internationales, ce qui est vraiment bien. Ces bastions-là, on le sait, peuvent tomber, jusqu’à couper définitivement les routes de la cruauté : tout récemment encore, 24 heures d’activisme suffirent à amener IBC Airways à annuler un vol de primates, et à s’engager à ne plus accepter de contrats dans ce domaine. Une goutte d’eau ? De une, chaque goutte compte, chaque étoile de mer relancée à l’eau de marée basse en marée basse, inlassablement. De deux, pour l’exemple d’IBC Airways, cette chute de maillon compromet fortement le commerce de primates depuis les Caraïbes : on coupe les routes, comme je disais. Et puissent les sociétés crever la gueule ouverte faute d’approvisionnement : quand on porte jusque dans son nom la chosification du vivant (cf Primate Products, à qui la ‘cargaison’ de primates transportée par IBC Airways était destinée), on ne mérite pas la survie économique.
Pour que disparaisse de notre ciel cette route des martyrs, comme disparurent de nos mers les routes des esclaves.

Air Souffrance, cela pourrait tout aussi bien s’appliquer à cet autre triste commerce, de plus en plus fructueux en Europe : l’expulsion d’étrangers. Air France y participe, ouvertement puisque cet acte-là se joue, et se rejoue encore et encore et encore, non plus en cale mais en pleine classe passagers. Et c’est juste insupportable.

On notera le petit logo Air France au tout début de la vid’. Pour un complément d’infos et une bonne dose de révolte, un saut sur le récent article de Basta Mag’ : Air France, voyage en classe expulsés. Avec lien vers un document qui m’avait fait voir rouge la première fois que je l’avais consulté, l’in-fameux manuel confié aux escorteurs de la PAF (ici en docu PDF) – avec dans les annexes l’inénarrable méthode de régulation phonique (en traduction novlangue -> français : méthode d’étranglement), histoire de calmer l’excité qui aurait le goût douteux de gueuler quand on lui flanque sa vie en l’air. Ah pour instruire, il instruit bien, ce manuel ! O_o

Bref.
J’ai souvent les yeux levés au ciel, à rêver, à pousser, à me sentir pousser des ailes. Et je rêve, là, je rêve d’un ciel où l’on ne concevrait pas de croiser les tracés vertigineux des vols d’hirondelle avec la ligne de fumée barbelée des routes de prisonniers. Je rêve pour concurrencer cet infâme commerce de la fumée active de volcans perturbateurs, je rêve d’éruptions de solidarité envers tous vivants, tout le vivant. Je rêve d’un ciel où le seul commerce d’animaux envisageable soit le commerce des oies sauvages, tel que le voit Aldo Léopold, l’homme qui pense l’unité du monde par la migration des oies.

C’est une ironie de l’Histoire qui veut que les grandes puissances aient découvert l’unité des nations au Caire en 1943. Les oies du monde entretenaient cette idée depuis longtemps, et chaque année, au mois de mars, elles continuent de miser leur vie sur la vérité de cette proposition.

Au commencement était l’unité du Linceul de glace – autrement dit pas grand-chose. Ensuite vint l’unité du dégel de mars, et l’hégire des oies internationales. Chaque année au mois de mars depuis le pléistocène, les oies proclament l’unité des nations depuis la mer de Chine jusqu’aux steppes sibériennes, de l’Euphrate à la Volga, du Nil à Mourmansk, du Lincolnshire au Spitzbergen. Chaque année au mois de mars depuis le pléistocène, les oies proclament l’unité des nations de Currituck au Labrador, de Matamuskeet à Ungava, du lac de Horseshoe à la baie de l’Hudson, d’Avery Island à Baffin Land, de Panhandle à Mackenzie, de Sacramento au Yukon.

Grâce au commerce international des oies, le maïs abandonné de l’Illinois traverse les nuages jusqu’à la toundra arctique, où il se combine au soleil d’un mois de juin sans nuit afin de fabriquer des oisons pour tous les pays intermédiaires. Et dans ce troc annuel, nourriture contre lumière, chaleur d’hiver contre solitude d’été, le continent entier retire le bénéfice net d’un poème sauvage balancé du haut d’un ciel noir sur les boues de mars.

C’est en de tels cieux que j’élève mes châteaux, et, écoutant toujours l’ami Thoreau, que je fais tout pour qu’ils y tiennent.

Do not worry if you have built your castles in the air. They are where they should be. Now put the foundations under them.

Et aussi hauts que soient tels cieux, ils ne sont pas, ne seront jamais, hors de notre portée. A chaque cage ouverte, une nouvelle paire d’ailes…

To be hopeful in bad times is not just foolishly romantic. It is based on the fact that human history is a history not only of cruelty, but also of compassion, sacrifice, courage, kindness.

What we choose to emphasize in this complex history will determine our lives. If we see only the worst, it destroys our capacity to do something. If we remember those times and places — and there are so many — where people have behaved magnificently, this gives us the energy to act, and at least the possibility of sending this spinning top of a world in a different direction.

And if we do act, in however small a way, we don’t have to wait for some grand utopian future. The future is an infinite succession of presents, and to live now as we think human beings should live, in defiance of all that is bad around us, is itself a marvelous victory.

Howard Zinn, via la série de réflexions « On Clouds » sur le beautiful blog de Terri Windling