Oeil pour oeil, la beauté dans le regard

Depuis un mois que je le lis à petites gorgées, laissant au regard le temps de se poser tandis que les historiens de l’art déroulent la chronologie de la présence animale dans nos oeuvres européennes, le catalogue de l’exposition Beauté animale est devenu comme un fil rouge dans mes explorations. Un mois avec pour miroir la belle Lyonne de Géricault.

Un mois à passer de cabinets de curiosité en planches naturalistes, de peintures en sculptures, de zoos en scènes d’intérieur, avec pour guide ces principes :

L’animal devient un sujet, noble et digne. Il a droit au portrait individualisé et à l’expression des sentiments. Il prend la pose et devient immortel. (…) A travers cent vingt chefs-d’oeuvre de l’art occidental, l’exposition nous renvoie à l’essence même de la beauté animale, mais aussi à son ambiguïté et à sa relativité. Elle pose la question de la laideur, du rejet et de la phobie. Elle nous invite à nous interroger sur les fantasmes et les peurs, mais aussi sur l’humour et l’ironie que nous avons à l’égard de ces êtres prétendus inférieurs.

[Avant-propos de Jean-Paul Cluzel]

Et c’est dans le respect de cet esprit que réside la force de l’ouvrage. Dans le respect, tout simplement. Dans la vérité animale, soeur de la beauté, dans la reconnaissance de l’animal comme sujet, non simple objet d’une oeuvre d’art ou de reproduction, et de ce que l’on peut voir en lui lorsqu’on accepte de le regarder dans les yeux, sans oeillères ni préjugés. Lire la suite

Fuel for the Walk

« The lessons we learn from the wild become the etiquette of freedom. We can enjoy our humanity with its flashy brains and sexual buzz, its social cravings and stubborn tantrums, and take ourselves as no more and no less than another being in the Big Watershed. We can accept each other all as barefoot equals sleeping on the same ground. We can give up hoping to be eternal and quit fighting dirt. We can chase off mosquitoes and fence out varmints without hating them. No expectations, alert and sufficient, grateful and careful, generous and direct. A calm and clarity attend us in the moment we are wiping the grease off our hands between tasks and glancing up at the passing clouds. Another joy is finally sitting down to have coffee with a friend. The wild requires that we learn the terrain, nod to all the plants and animals and birds, ford the streams and cross the ridges, and tell a good story when we get back home.« 
Gary Snyder, « The Etiquette of Freedom »


« Recollecting that we once lived in places is part of our contemporary self-discovery. It grounds what it means to be « human » (etymologically something like « earthling »). I have a friend who feels sometimes that the world is hostile to human life – he says it chills us and kills us. But how could we
be were it not for this planet that provided our very shape? Two conditions – gravity and livable temperature range between freezing and boiling – have given us fluids and flesh. The trees we climb and the ground we walk on have given us five fingers and toes. The « place » (from the root plat, broad, spreading, flat) gave us far-seeing eyes, the streams and breezes gave us versatile tongues and whorly ears. The land gave us a stride, and the lake a dive. The amazement gave us our kind of mind. We should be thankful for that, and take nature’s stricter lessons with some grace. »
Gary Snyder, « The place, the region, and the commons »

Passé trois jours sur la route avec Gary Snyder… La marche est mon moulin à prières, et voici un extrait des méditations du moment.
Les citations sont tirées du recueil d’essais La pratique sauvage. La seule édition française (à ma connaissance) semble épuisée, mais je ne saurais trop recommander aux intéressés d’aller tâter de la (bonne) compagnie des Aristocrates sauvages aux (bonnes itou) éditions Wildproject, passionnante et inspirante conversation entre Gary Snyder et Jim Harrison…

« … the first and last practice of the wild : Grace. »
(Gary Snyder, « Survival and Sacrament »)

Yes.

La façade de la violence

Le contexte : arènes de Rodilhan. La finale 2011 du concours Graines de Toreros, où la jeune génération s’applique à massacrer des taurillons. Ceux-là n’ont pas deux ans, les autres en ont moins de 18 – et même s’il n’y pas d’âge, jamais, qui rende supportable la violence, c’est bien jeune pour avoir en bouche le goût de son propre sang, ou avoir celui d’autrui sur les mains.

Un ensemble de militants organise une intervention non-violente : un groupe dans les gradins avec des banderoles, détournant l’attention tandis qu’un second groupe investit l’arène, s’enchaînant pour un sit-in.

Pour la suite… La vidéo parle d’elle-même. Montre à quelle vitesse la façade de l’esthétisme se désagrège, pour laisser place à la violence, sous l’effet de la frustration, face à la résistance pacifique. La foule veut ses jeux du cirque, et elle les aura coûte que coûte.

Les militants auront tenu 20 minutes.
Les six petits taureaux seront tués.

C’est ça, la culture ?
(Question subsidiaire : Et elle est où, la fameuse haine du genre humain censément manifestée par les défenseurs des animaux ? Chez ceux qui réclament le meilleur de l’humanité, et refusent que l’on banalise auprès de la jeunesse l’exercice de la torture, ou chez ceux qui envoient les leurs dans l’arène, puis n’hésitent pas à descendre cogner sur des personnes enchaînées ?)

Earthlings

En explorant un peu la biographie de l’actrice, musicienne et activiste Persia White, membre notamment du très prometteur groupe Xeo3, j’étais tombée sur ce film dont elle est co-productrice (et dont je n’avais *jamais* entendu parler O_o) :

Il s’agit d’un documentaire-choc destiné à montrer ce que beaucoup ne veulent pas voir, les horreurs commises par l’homme qui exploite et maltraite les animaux afin de produire nourriture, vêtements, divertissement, ou à des fins d’expérimentation scientifique. Lire la suite