Fuel for the Walk

« The lessons we learn from the wild become the etiquette of freedom. We can enjoy our humanity with its flashy brains and sexual buzz, its social cravings and stubborn tantrums, and take ourselves as no more and no less than another being in the Big Watershed. We can accept each other all as barefoot equals sleeping on the same ground. We can give up hoping to be eternal and quit fighting dirt. We can chase off mosquitoes and fence out varmints without hating them. No expectations, alert and sufficient, grateful and careful, generous and direct. A calm and clarity attend us in the moment we are wiping the grease off our hands between tasks and glancing up at the passing clouds. Another joy is finally sitting down to have coffee with a friend. The wild requires that we learn the terrain, nod to all the plants and animals and birds, ford the streams and cross the ridges, and tell a good story when we get back home.« 
Gary Snyder, « The Etiquette of Freedom »


« Recollecting that we once lived in places is part of our contemporary self-discovery. It grounds what it means to be « human » (etymologically something like « earthling »). I have a friend who feels sometimes that the world is hostile to human life – he says it chills us and kills us. But how could we
be were it not for this planet that provided our very shape? Two conditions – gravity and livable temperature range between freezing and boiling – have given us fluids and flesh. The trees we climb and the ground we walk on have given us five fingers and toes. The « place » (from the root plat, broad, spreading, flat) gave us far-seeing eyes, the streams and breezes gave us versatile tongues and whorly ears. The land gave us a stride, and the lake a dive. The amazement gave us our kind of mind. We should be thankful for that, and take nature’s stricter lessons with some grace. »
Gary Snyder, « The place, the region, and the commons »

Passé trois jours sur la route avec Gary Snyder… La marche est mon moulin à prières, et voici un extrait des méditations du moment.
Les citations sont tirées du recueil d’essais La pratique sauvage. La seule édition française (à ma connaissance) semble épuisée, mais je ne saurais trop recommander aux intéressés d’aller tâter de la (bonne) compagnie des Aristocrates sauvages aux (bonnes itou) éditions Wildproject, passionnante et inspirante conversation entre Gary Snyder et Jim Harrison…

« … the first and last practice of the wild : Grace. »
(Gary Snyder, « Survival and Sacrament »)

Yes.

Nature anar’

Ici est un pays qui ne dit pas facilement son nom d’humides turbulences, dans les sillages du silence embrumé.
Pierre Pelot, « Lorraine », in De crépuscule en crépuscule, photographies de Vincent Munier

Cela fait un moment déjà que me titillait l’envie d’un retour aux sources. Retour aux racines, plus précisément, puisque je suis née en terre lorraine, ai passé mon enfance au pied puis à flanc de colline, dans ces coins de ville liminaires de la forêt. Il suffisait de grimper un peu pour plonger dans un ailleurs craquant de nuances brunes et vertes. Encore aujourd’hui, en ces temps d’expansion des zones de pavillons, nos routes restent prisées, la nuit, des biches et de leurs faons…
Petite, je ne me rappelle pas avoir interrogé ce monde. Il était là, voisin, visité rituellement lors de la balade en famille du dimanche matin. Maintenant, depuis la grande ville, je regarde en arrière. On dit souvent qu’il n’y a rien en Lorraine. Je l’ai dit moi-même, un peu plombée par l’omniprésence des zones industrielles, par la domination des tours de la centrale nucléaire de Cattenom sur le paysage de plaines. J’ai trop laissé le bruit des camions sur l’autoroute oblitérer le craquement de branches de la forêt mosellane, ce trésor. Il n’est pas trop tard. Je retrace mes pas, les pieds affermis, sensibilisés en leur rapport à la terre qu’ils foulent par ces racines que de plus en plus je me sens pousser. Curieuse j’étais alors de retrouver la forêt natale. Pour guides sur les sentiers, une mère et un chien – tout est bien.

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De Pages et d’Espaces

La grande ville est trop étroite. La vue y est trop basse. De la rue, pas d’horizon. Regard plombé vers le béton, où les ailes de pigeon à la chair amalgamée déploient encore leur squelette, tristes restes d’une si belle architecture promise au vent et au ciel, qui n’a plus pour s’animer que le souffle du passage des roues assassines.
Croassement de corbeau. Rappel sauvage en la cité. Regard tiré vers le ciel. Un sourire s’envole.
Et un livre déploie ses pages, vastes, si vastes, espaces de wilderness.

Poussée première : le ciel, en ce point où il rencontre les porteurs de la terre.
Poussée première : la cime, de celles qui n’oublient les racines.
« Nous étreignons la terre, mais nous la parcourons rarement ! M’est avis que nous pourrions nous élever un peu plus. Nous pourrions au moins grimper à un arbre. », disait Thoreau. Go. Lire la suite

Love & Revolution

For Freedom, Beauty, Truth, and Love.

Je vous parle depuis une petite boite en vrac.
Ma chambre, vrac complet. Des piles de vêtements trempés, de books en équilibre précaire au bord du crash, de cartons couverts de slogans, fruit d’essais ratés.
Ma chambre, jamais devenue si proche du pur point de chute. Choir dans le lit, sous la douche, pour chasser le froid. Le reste du temps, rire, humour un rien halluciné, que l’hiver a lancé son occupation OccupyBones.

Je vois de l’occupation partout. Occupy Hope, Occupy Books, Occupy the Minds, the World. Occupy Money, so money won’t occupy you. Occupy the ads, the walls. Occupy Art, Occupy Hearts.
Occupy yourself. C’est la base. Be the change. Be the light you want to see in the world. Be the lighthouse, standing tall in the wind, shining hope, shining change. Occupy the sky, to keep the big companies from colonializing it.
Occupy public space, occupy the parks, the plazas. Occupy interstices, and occupy open air. Occupy the voids, the gaps.
And learn to share, to live and breathe and dream and act there together.

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Sentier de pierres, lumière en reflet

« Sous toutes les voix refusantes, et les cœurs négatifs, il y a ceci, il y a la couleur que tu es : celle des yeux qui ne veulent rien d’autre que la lumière. »
Léa Silhol, « Désaccordé (Tuned in DAGDAD) »

Ne pas croire que dans un monde de nucléaire, il ne reste plus, en guise d’énergie à laquelle carburer, que la colère.

Ne pas croire qu’un ciel gris soit mauvais temps, ou humeur morose. La grisaille est dans le volet des regards fermés ; aux cieux, le fabuleux nuancier du gris, et les jeux de lumière.

Ne pas croire que la victoire de la laideur soit fatale, sa voie facile à arpenter. Le béton n’a rien à refléter, rien à nuancer. Toute couleur y prend des allures ternes de vieux chewing-gum, toute texture étrangère, toute matière déposée est vouée au coup de balai, ou au rouleau-compresseur de l’assimilation.
Il y a d’autres chemins, routes où les pieds dénudés se déchirent sur les cailloux, où les regards déchaussés se coupent aux couleurs, rivières de pierres et flots de lumière. Où noirceur et lueur partagent les jeux de sens du paroxysme et de l’oxymore, la conjugaison et la fulgurance.
La voie de la beauté est ramifiée de sentiers qui sillonnent le monde. Sous chaque pas elle se déploie, même ceux que l’on frappe au rythme de la rage.

« The degree of our awareness is the degree of our aliveness. »
Terry Tempest Williams, Finding Beauty in a Broken World

Et donc, aujourd’hui, comme un besoin et une envie particulière de me poser sur une des pierres de ce sentier, quitter le flot d’une humanité parisienne clapotant tristement sur le ressac de la reprise, et juste regarder. Célébrer. Lire la suite

Petites graines cristallisées

Je me demande si j’ai jamais approché
La première graine, l’origine, au point de l’apercevoir,
Et où cela a pu se produire.
J’ai déjà pensé à cela, dit le Coyote.
Il me semble l’avoir vue
Une fois
Dans le reflet d’une très vieille couche de mica.
J’étais alors un enfant, bercé dans les bras de ma mère.
Nous creusions le sol
Cherchant de l’argile grise pour nos poteries.
C’était il y a longtemps, au sud d’Acoma ;
Je n’en avais jamais été si proche.
J’y ai déjà pensé, dit le Coyote.

Simon J. Ortiz

L’ai-je déjà dit ? Tout est lié. Tout se lie, la trame se tisse, sous mes yeux, sous mes doigts. Et me voilà, encore une fois, point de convergence de multiples fils, point nodal, vibrant dans l’aube.

Par où commencer ? L’enfance – où tant commence ? L’enfance. Deux souvenirs :
Les lentilles. Plat adoré, à condition qu’il ne soit pas trop mijoté, que les petites gousses restent assez fermes pour être égrenées sous la langue. Le plaisir, sensuel, de l’égrenage, qui ne me quittera pas. Car voilà, je ne voulais qu’une chose, moi, c’était plonger les mains dans ce paquet de petites graines, et les sentir couler entre mes doigts. Comme la terre, comme le sable. Plaisir interdit – on ne joue pas avec la nourriture. Devenue grande dans ma propre cuisine, et sans doute pas adulte, je joue, en toute liberté. J’égrène, je soupèse, je sens. Se reconnecter, reconnaître la graine.
Le riz. Les grognes de gosse quand était mis sur la table ce que j’identifiais comme le riz « blanc, collant, gluant ». Mon goût de gosse pour le fameux mélange « riz sauvage », plus ferme encore une fois, coulant sous la langue comme une rivière. Sauvage, mon riz, c’est ainsi que je l’aimais, sans en savoir plus. Lire la suite