I can’t get no satisfaction (but sometimes, I find grace)

Méditation et poésie sont les mamelles de cet esprit affamé. J’erre en étrange état, rageant que le monde tel qu’il est n’est qu’asséchement de ces deux sources. Tremblant à l’idée qu’elles puissent tarir. Que je ne voie plus – la beauté récurrente de l’aube, la beauté terrassante du ciel en ses métamorphoses, le salut de la plume, le nuancier qu’effeuillent les arbres, la grâce du félin, l’éclair coloré du geai filant d’une planque à l’autre, la magie des flaques, le vent en sa furor, la joie vitale de la pluie. Le clin d’oeil au sauvage du rongeur se faufilant sous les chaussures de travailleurs qui l’ignorent, l’appel au voyage des rails, les messages sur les murs, la lueur incroyable dans l’oeil de l’Autre.

Racisme. Préjugés. Regards fermés. Mépris, conneries. Mécanismes. I can’t get no satisfaction.
But sometimes I find grace, and it’s so much better.

Je ne veux pas tomber dans le côté obscur de la colère, dans cet espace anxieux où l’on n’est que soi contre tout le reste. Je veux me fondre dans les courants d’un monde plus vaste que la société, et trouver ma place en cette mouvance. Lutter n’est pas stérile, jamais – mais stérilisant ? Pose ton roc, Sisyphe. Pose-toi là, regarde donc le ciel, touche l’herbe un instant. La montagne que tu grimpes ne va pas s’en fissurer dans l’intervalle. Ecoute les voix de l’eau et du vent, le chant des éléments – la pierre n’en roulera que mieux, si tu y appliques la puissance irrésistible d’un tien rythme et le magnétisme d’une mélodie.

Instant de grâce –
le thé vert déroulant ses feuilles en une sensible invocation du Vietnam,
dans la transparence du verre.

Instant de grâce –
l’harmonie dans l’attention à l’artisanat, beauté et humilité.

Stéphane Barbery – L’accueil de l’eau potable

Je me prends à imaginer une civilisation, à l’échelle de la planète, où toute sa vie, chacun, en esthète du quotidien, cherchera le récipient en parfaite harmonie avec ce qu’il est pour boire son eau du robinet. Où chaque verre/tasse, que l’on offre, que l’on reçoit en héritage, qui fait sourire comme on sourit à son passé, portera la trace douce, honorante, des âmes qui y ont bu – à la manière d’un chawan de thé japonais. Une civilisation faisant une place importante à un nouveau métier : artiste pour l’eau des âmes. Et ces créateurs exploreront les matières, les couleurs, les textures pour rendre compte de l’ensemble du gradient des personnalités.

Instant de grâce –
une invitation au voyage, au rêve, à Venise, dans l’univers métallique de la gare de l’Est.

Saison de grâce –
l’automne.

Eugene Alain Seguy, Automne

Instant de grâce –
la trace retrouvée de Shamavu.

Instant de grâce –
une sieste en tandem, et un trio harmonique en temps suspendu.

Instant de grâce –
un chorus de voix vous bouleverse, vous renverse, vous trouve et retrouve, ad libitum.

Hold me to my word
when I tell you I will leave toda
y,
catch a bus ticket west
just to stand in the center of your highway
stopping traffic ’til every feather’s answered.

I’ve seen too many prayers
caught in the grills of eighteen-wheelers.
And folks like us, we’ve got
shoulder blades that rust in the rain,
but they’re still G sharp
whenever our spinal chords are tuned
to the key of redemption.

//

There was gunpowder in the tea that morning
we wanted to feel flame in our throats
and hear it in voices

Soirée de grâce –
sentir la vibration physique du rêve – se sentir traversée par deux voix qui m’ont tant puissamment, et de si longtemps portée.

Instant de grâce –
Terri Windling méditant la voix méditative de Terry Tempest Williams.

I write because I believe in words. I write because I do not believe in words. I write because it is a dance with paradox. I write because you can play on the page like a child left alone in sand. I write because it belongs to the force of the moon: high tide, low tide. I write because it is the way I take long walks. I write as a bow to wilderness. I write because I believe it can create a path in darkness….

« A Letter to Deb Clove », cité dans l’article « Touching the Source »

Sometimes grace finds me, and those times are oh so worth living for.

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La gare, elle est à qui ?

Ne faites pas attention à moi, je ne fais que passer.
‘Pas que je n’aie rien à dire, le monde tourne toujours aussi vite, et on s’attend d’un instant à l’autre à le sentir virer hors de son axe. Mais c’est que justement, j’ai comme une envie de le ralentir, le monde. Sentiment étrange face aux flux d’infos, appels, actions, réactions, brassés de partout. Un instant je suis le flux, j’en suis, de ce flux, l’instant d’après je sors. Vais me poser près d’un chat, un arbre, un canard, un corbeau, à ne rien faire. À tout regarder, apprendre à voir. À sentir l’écorce, sentir pousser les branches. À explorer les paysages sonores.
Mais le monde, qui décidément court vite, finit toujours par me rattraper jusqu’en ces horizons-là. Lire la suite

Carpe noctem

Viens de finir la lecture de Ravens in the Library. Drôle de bestiole, cette antho. Un petit bout de magie en acte et en pages, celle qui sauve les gens : Lire la suite