Oeil pour oeil, la beauté dans le regard

Depuis un mois que je le lis à petites gorgées, laissant au regard le temps de se poser tandis que les historiens de l’art déroulent la chronologie de la présence animale dans nos oeuvres européennes, le catalogue de l’exposition Beauté animale est devenu comme un fil rouge dans mes explorations. Un mois avec pour miroir la belle Lyonne de Géricault.

Un mois à passer de cabinets de curiosité en planches naturalistes, de peintures en sculptures, de zoos en scènes d’intérieur, avec pour guide ces principes :

L’animal devient un sujet, noble et digne. Il a droit au portrait individualisé et à l’expression des sentiments. Il prend la pose et devient immortel. (…) A travers cent vingt chefs-d’oeuvre de l’art occidental, l’exposition nous renvoie à l’essence même de la beauté animale, mais aussi à son ambiguïté et à sa relativité. Elle pose la question de la laideur, du rejet et de la phobie. Elle nous invite à nous interroger sur les fantasmes et les peurs, mais aussi sur l’humour et l’ironie que nous avons à l’égard de ces êtres prétendus inférieurs.

[Avant-propos de Jean-Paul Cluzel]

Et c’est dans le respect de cet esprit que réside la force de l’ouvrage. Dans le respect, tout simplement. Dans la vérité animale, soeur de la beauté, dans la reconnaissance de l’animal comme sujet, non simple objet d’une oeuvre d’art ou de reproduction, et de ce que l’on peut voir en lui lorsqu’on accepte de le regarder dans les yeux, sans oeillères ni préjugés. Lire la suite

Nature anar’

Ici est un pays qui ne dit pas facilement son nom d’humides turbulences, dans les sillages du silence embrumé.
Pierre Pelot, « Lorraine », in De crépuscule en crépuscule, photographies de Vincent Munier

Cela fait un moment déjà que me titillait l’envie d’un retour aux sources. Retour aux racines, plus précisément, puisque je suis née en terre lorraine, ai passé mon enfance au pied puis à flanc de colline, dans ces coins de ville liminaires de la forêt. Il suffisait de grimper un peu pour plonger dans un ailleurs craquant de nuances brunes et vertes. Encore aujourd’hui, en ces temps d’expansion des zones de pavillons, nos routes restent prisées, la nuit, des biches et de leurs faons…
Petite, je ne me rappelle pas avoir interrogé ce monde. Il était là, voisin, visité rituellement lors de la balade en famille du dimanche matin. Maintenant, depuis la grande ville, je regarde en arrière. On dit souvent qu’il n’y a rien en Lorraine. Je l’ai dit moi-même, un peu plombée par l’omniprésence des zones industrielles, par la domination des tours de la centrale nucléaire de Cattenom sur le paysage de plaines. J’ai trop laissé le bruit des camions sur l’autoroute oblitérer le craquement de branches de la forêt mosellane, ce trésor. Il n’est pas trop tard. Je retrace mes pas, les pieds affermis, sensibilisés en leur rapport à la terre qu’ils foulent par ces racines que de plus en plus je me sens pousser. Curieuse j’étais alors de retrouver la forêt natale. Pour guides sur les sentiers, une mère et un chien – tout est bien.

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De Pages et d’Espaces

La grande ville est trop étroite. La vue y est trop basse. De la rue, pas d’horizon. Regard plombé vers le béton, où les ailes de pigeon à la chair amalgamée déploient encore leur squelette, tristes restes d’une si belle architecture promise au vent et au ciel, qui n’a plus pour s’animer que le souffle du passage des roues assassines.
Croassement de corbeau. Rappel sauvage en la cité. Regard tiré vers le ciel. Un sourire s’envole.
Et un livre déploie ses pages, vastes, si vastes, espaces de wilderness.

Poussée première : le ciel, en ce point où il rencontre les porteurs de la terre.
Poussée première : la cime, de celles qui n’oublient les racines.
« Nous étreignons la terre, mais nous la parcourons rarement ! M’est avis que nous pourrions nous élever un peu plus. Nous pourrions au moins grimper à un arbre. », disait Thoreau. Go. Lire la suite

Carpe noctem

Viens de finir la lecture de Ravens in the Library. Drôle de bestiole, cette antho. Un petit bout de magie en acte et en pages, celle qui sauve les gens : Lire la suite

Trunt, trunt, et les légendes d’une terre

Je connaissais l’oeuvre de Sjón bien avant de connaître son nom, en fait, pour avoir écouté ses paroles à travers les textes écrits au fil de ses collaborations avec Björk, avec les Sugarcubes, et avec Lars von Trier (pour Dancer in the Dark, film qui m’avait complétement tuée à l’époque de sa sortie en salles…)

Il me manquait encore de le découvrir sous les couvertures de romans portant son seul nom. Lire la suite