If we’re together

To Plant a Garden

Les compagnons de route de Psychopompe (et de son sibling Psycheinhell) l’auront peut-être remarqué, j’ai un faible pour les projets portés via la belle méthode du crowdfunding. En ces eaux, je m’étais déjà fait l’écho de la belle oeuvre de Chris Jordan filmant la beauté des albatros et le désastre du plastique, ou de l’action lancée les tribus lakotas pour racheter une partie des Black Hills. De l’autre côté du miroir, on a parlé du quatrième volume des Clockwork Phoenix, une antho financée via Kickstarter (et zeus sait que je suis fort frétillante à la perspective de la parution prochaine du bouquin !). Et tout récemment, la fatigue, le boulot et autres alés m’ont fait louper le coche pour évoquer Liberator, un comics dont les héros oeuvrent pour la libération animale, miam…
J’aime ça, le lien direct des créateurs aux publics, la liberté de créer, l’effervescence et le vertige que l’on peut ressentir à sentir un projet se matérialiser en live, et la fierté de savoir que l’on est une humble part de tout cela. Face aux rouages socio-économiques parfois bien broyants, qui voudraient nous encastrer dans de tristes petits moules de consommateurs dociles, ça a un joli aspect… tribal, vous voyez ? C’est faire acte collectif d’espoir, dire que l’on croit en la beauté variée des lendemains, et que l’on est prêt à se bouger pour qu’ils adviennent. Point n’est besoin d’être riche et de « dépenser » beaucoup, l’essentiel est que la tribu réponde présente, en nombre suffisant. Lire la suite

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Porter la beauté sur sa route

Précieuses entre toutes à mes yeux sont la beauté, et les histoires. Pour sauver le monde, sauver les gens. Faire passer la grâce, préserver le lien, les fils qui tiennent ensemble le tissu de nos êtres comme de nos écosystèmes.

Marcher dans la beauté reste mon ambition suprême dans la vie. Une harmonie.
Et tandis que je marche, et tant que je marcherai, passeuse de cela même que je savoure, les histoires m’habitent et se diffusent, aussi, par le regard – foyer, flamme de bougie, feu de phare dans les nuits.

J’aime porter par signes discrets, mais rayonnants pour moi, les symboles de ce qui en retour me porte. Tee-shirts de lune ou de liberté, chants d’oiseaux accrochés à l’oreille, mots précieux montés en bijoux… Talismans quand dans les mouvances il me semble que je ne sais plus, ancres du soi dans les flux uniformisants, un sourire intérieur ou un hommage.
Eclats de beauté, fragments d’histoires.


La nuit dernière, en pleine période marquée par une alternance d’insomnies et de sommeils abrutis, je rêvai. Des premières étapes du rêve, je ne sais plus grand chose, juste un souvenir d’aventures tumultueuses et pas forcément agréables, un grenier, un train, un ennemi, une fuite. Je ne sais plus. Ce dont je me rappelle, c’est d’avoir aperçu, de la fenêtre d’une baraque labyrinthique, une jetée dans la tempête, un phare au bout. C’était une fin de journée, et il devait percer quelques rayons de soleil, car la scène, avec tous ses gris de nuages, était baignée d’une lumière sépia absolument fantastique. Hypnotisée, je proposai à ma famille d’aller se promener jusqu’au phare. Et je me retrouvai alors, non loin de la jetée, dans le cercle intime d’une paisible crique. Là, dans les eaux basses, un dauphin, stylisé comme une de ces représentations antiques qui me fascinaient tant, jeune latinisante, sur les mosaïques gréco-romaines. En lieu de mosaïque, des fines lignes minérales incrustées dans la peau, comme la femme de pierre de Byatt (… les histoires, vous savez ?). Il s’est laissé approcher, il n’était pas prisonnier, juste présent. Je me suis réveillée au moment où, émerveillée comme dans un rêve devenu réalité, j’effleurai de ma peau sa paume. Toute la journée, de fait, ce rêve m’est resté réalité intérieure.

Parmi les pierres, il en portait une que je connais, pour la porter aussi :

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Oeil pour oeil, la beauté dans le regard

Depuis un mois que je le lis à petites gorgées, laissant au regard le temps de se poser tandis que les historiens de l’art déroulent la chronologie de la présence animale dans nos oeuvres européennes, le catalogue de l’exposition Beauté animale est devenu comme un fil rouge dans mes explorations. Un mois avec pour miroir la belle Lyonne de Géricault.

Un mois à passer de cabinets de curiosité en planches naturalistes, de peintures en sculptures, de zoos en scènes d’intérieur, avec pour guide ces principes :

L’animal devient un sujet, noble et digne. Il a droit au portrait individualisé et à l’expression des sentiments. Il prend la pose et devient immortel. (…) A travers cent vingt chefs-d’oeuvre de l’art occidental, l’exposition nous renvoie à l’essence même de la beauté animale, mais aussi à son ambiguïté et à sa relativité. Elle pose la question de la laideur, du rejet et de la phobie. Elle nous invite à nous interroger sur les fantasmes et les peurs, mais aussi sur l’humour et l’ironie que nous avons à l’égard de ces êtres prétendus inférieurs.

[Avant-propos de Jean-Paul Cluzel]

Et c’est dans le respect de cet esprit que réside la force de l’ouvrage. Dans le respect, tout simplement. Dans la vérité animale, soeur de la beauté, dans la reconnaissance de l’animal comme sujet, non simple objet d’une oeuvre d’art ou de reproduction, et de ce que l’on peut voir en lui lorsqu’on accepte de le regarder dans les yeux, sans oeillères ni préjugés. Lire la suite

I can’t get no satisfaction (but sometimes, I find grace)

Méditation et poésie sont les mamelles de cet esprit affamé. J’erre en étrange état, rageant que le monde tel qu’il est n’est qu’asséchement de ces deux sources. Tremblant à l’idée qu’elles puissent tarir. Que je ne voie plus – la beauté récurrente de l’aube, la beauté terrassante du ciel en ses métamorphoses, le salut de la plume, le nuancier qu’effeuillent les arbres, la grâce du félin, l’éclair coloré du geai filant d’une planque à l’autre, la magie des flaques, le vent en sa furor, la joie vitale de la pluie. Le clin d’oeil au sauvage du rongeur se faufilant sous les chaussures de travailleurs qui l’ignorent, l’appel au voyage des rails, les messages sur les murs, la lueur incroyable dans l’oeil de l’Autre.

Racisme. Préjugés. Regards fermés. Mépris, conneries. Mécanismes. I can’t get no satisfaction.
But sometimes I find grace, and it’s so much better.

Je ne veux pas tomber dans le côté obscur de la colère, dans cet espace anxieux où l’on n’est que soi contre tout le reste. Je veux me fondre dans les courants d’un monde plus vaste que la société, et trouver ma place en cette mouvance. Lutter n’est pas stérile, jamais – mais stérilisant ? Pose ton roc, Sisyphe. Pose-toi là, regarde donc le ciel, touche l’herbe un instant. La montagne que tu grimpes ne va pas s’en fissurer dans l’intervalle. Ecoute les voix de l’eau et du vent, le chant des éléments – la pierre n’en roulera que mieux, si tu y appliques la puissance irrésistible d’un tien rythme et le magnétisme d’une mélodie.

Instant de grâce –
le thé vert déroulant ses feuilles en une sensible invocation du Vietnam,
dans la transparence du verre.

Instant de grâce –
l’harmonie dans l’attention à l’artisanat, beauté et humilité.

Stéphane Barbery – L’accueil de l’eau potable

Je me prends à imaginer une civilisation, à l’échelle de la planète, où toute sa vie, chacun, en esthète du quotidien, cherchera le récipient en parfaite harmonie avec ce qu’il est pour boire son eau du robinet. Où chaque verre/tasse, que l’on offre, que l’on reçoit en héritage, qui fait sourire comme on sourit à son passé, portera la trace douce, honorante, des âmes qui y ont bu – à la manière d’un chawan de thé japonais. Une civilisation faisant une place importante à un nouveau métier : artiste pour l’eau des âmes. Et ces créateurs exploreront les matières, les couleurs, les textures pour rendre compte de l’ensemble du gradient des personnalités.

Instant de grâce –
une invitation au voyage, au rêve, à Venise, dans l’univers métallique de la gare de l’Est.

Saison de grâce –
l’automne.

Eugene Alain Seguy, Automne

Instant de grâce –
la trace retrouvée de Shamavu.

Instant de grâce –
une sieste en tandem, et un trio harmonique en temps suspendu.

Instant de grâce –
un chorus de voix vous bouleverse, vous renverse, vous trouve et retrouve, ad libitum.

Hold me to my word
when I tell you I will leave toda
y,
catch a bus ticket west
just to stand in the center of your highway
stopping traffic ’til every feather’s answered.

I’ve seen too many prayers
caught in the grills of eighteen-wheelers.
And folks like us, we’ve got
shoulder blades that rust in the rain,
but they’re still G sharp
whenever our spinal chords are tuned
to the key of redemption.

//

There was gunpowder in the tea that morning
we wanted to feel flame in our throats
and hear it in voices

Soirée de grâce –
sentir la vibration physique du rêve – se sentir traversée par deux voix qui m’ont tant puissamment, et de si longtemps portée.

Instant de grâce –
Terri Windling méditant la voix méditative de Terry Tempest Williams.

I write because I believe in words. I write because I do not believe in words. I write because it is a dance with paradox. I write because you can play on the page like a child left alone in sand. I write because it belongs to the force of the moon: high tide, low tide. I write because it is the way I take long walks. I write as a bow to wilderness. I write because I believe it can create a path in darkness….

« A Letter to Deb Clove », cité dans l’article « Touching the Source »

Sometimes grace finds me, and those times are oh so worth living for.

Esprits de jardin

Le jardin où j’ai grandi vibre du bruissement de petites vies. Certaines connues depuis l’enfance, d’autres ont planté pattes ou racines dans ce terreau en mon absence.

Il y a ici des escargots en quête du ciel, et d’ailes de libellule…


On dirait que c’est son conte de fées… On dirait qu’il était une fois, il y avait un escargot, et des ailes de lumière, et un château vers où voler, et une fée pour veiller sur l’aventure…
Et un carillon pour recueillir comme gouttes de pluie les pleurs de l’escargot en sa métamorphose.

Dans le jardin de mes rêveries, il y a des dragons timides endormis sous la hardie lavande… Lire la suite

The Harvest

Pensées brassées pieds nus sur la ligne d’algues, à suivre en parallèle la ligne de vagues – là où vraiment brassage se fait, furieusement en ces jours de vent et grandes marées, l’écume en flocons courant sur le sable d’une allure de buissons d’épineux à travers le désert,
le coeur, l’esprit, les poumons dilatés, plus vivante que jamais, et je songe,
je pense à ces si nombreuses personnes rencontrées, souvent pour fer croiser, qui se perçoivent en ce monde d’un point de vue de prédateur, un statut de chasseur, cousins en noblesse du lion
– et moi, les yeux sur les laisses de mer & lignes océanes, voisines de l’horizon, je cueille, je glâne…

D’une main je reprends, répare, recycle, je fais mon oeuvre de colibri, l’esprit moins tranquille peut-être tant je sais l’énormité de la responsabilité collective de l’humanité, aussi énorme que la masse des déchets plastiques accomplissant leur migration vers ce nouveau continent flottant sur l’océan.
Même sur la superbe plage sauvage de Sauveterre (la bien nommée), chaque marée recrache son lot de saloperies, d’un volume tel qu’il me suffit de quelques minutes pour en remplir un plein, grand sac. Les bouteilles, bidons et fils de pêche dominent largement… mais il y a de tout, c’est effarant. Mes bras ne sont pas assez longs pour tout nettoyer – alors, à chaque bout de plastique récupéré, je pense à la métaphore de l’étoile de mer, éternelle récurrente quand le coeur défaille, et aux albatros de l’atoll Midway, dont je saoule mon monde en ce moment, tant leur vol m’enivre, tant je refuse de me résigner à la réalité des petits estomacs plombés de plastique. Chaque bout de plastique ramassé est un morceau qu’ils ne mangeront pas, qui ne les tuera pas, copeau dérisoire arraché à l’inérodable montagne…
Alors voilà, moi aussi j’ai un trophée de chasse, ou plus exactement de cueillette (palme manquée de peu par un bidon d’huile pour voiture qui dégorgeait tranquillement sa mini-marée noire dans les rochers) :


Je ne sais pas ce qui me débecte le plus, du zoomorphisme toujours odieux qui est une insulte classique à l’animal que l’on tue (… oh cet oeil de poisson, dilaté comme dans l’horreur déjà de la mort…) – ou du métal que je désentortillai des algues, et qui heureusement, n’accomplira jamais sa destinée de s’enfoncer dans quelque chair, gorge de poisson ou pied nu, patte canine, ou encore la patte de sprinter du gravelot à collier interrompu, qui arpente ces plages à marée basse, et niche dans ces algues mêmes, où l’on nous demande de marcher le pied léger et précautionneux de peur que notre empreinte ne soit faite de nichées écrasées.
Brrrrr. Bien contente d’avoir mis un terme à son cycle de mort, à c’ui-là.

Et de l’autre main, ah… je prends, accepte et remercie pour les beautés échouées. Et tout du long, j’apprends, je ressasse au rythme des marées ma conscience de ne savoir rien, et d’avoir tout à découvrir, toujours, pour la vie…
C’est là où je voulais en venir : je ne me sens pas chasseresse, ou prédatrice. Si je devais pointer ma place, mon lien dans les chaînes ancestrales, ce serait, certainement, la relation aux sociétés de glâneurs, les patients cueilleurs qui marchent des contes plein les mains, recueillant histoires et savoir à même la terre. Ramassant plumes et coquillages, veillant à rendre à l’océan ce qui est toujours vivant… Troquant, parfois, comme au printemps où je confie au vent des touffes de cheveux pour le confort des nids en construction, acceptant en échange à la fin de saison un des nids de question, qui abritera désormais ipod et clés usb (hum).
Émerveillement constant, et leçon de même…


(Je ne sais quelles sont ces beautés, et ma mère aussi avouera son ignorance… On les savourera du regard, ne les capturera que d’un cliché, avant de les rendre à l’océan.)


Harmonie entre règnes, matières, couleurs,
du plumage au végéta
l :
plume de juvénile plantée sur écorce ancienne

*** ** *** Lire la suite

Plumes et plastique

Mettons que l’on veuille mettre les voiles loin des méfaits de nos civilisations mangeuses de vie et d’écosystèmes. Mettons que l’on déploie nos ailes, pour rejoindre les frères albatros, en un coin reculé de la planète, les îles de l’atoll Midway.
Mettons que l’on veuille, et tente, cet envol : c’est une expérience de la chute. Chute, en trouvant les beaux albatros à terre. Chute, en s’écrasant sur les montagnes de plastique porté là par les courants. Chute, gravité, en se prenant dans la face, dans le poids des ailes et le contenu plastifié des estomacs, les conséquences de nos modes de consommation (que je peine à appeler modes de vie, tant ils portent la mort).

Les photos de l’artiste/activiste Chris Jordan ont déjà fait, je pense, plusieurs fois le tour du monde. Ont fait, j’espère, autant et plus de chemin en nos coeurs et nos consciences que les bouts de plastique passant de nos rives au septième continent. Sans doute les avez-vous déjà croisées, ces images d’oiseaux de mer, de carcasses disposées de manière à dévoiler (sans tricher) tout le plastique qu’elles contiennent. Quand la réalité dépasse en horreur le surréalisme, ça ressemble à ça (cliquer sur la photo pour un slideshow présentant plus en détail l’oeuvre de ce photographe) :

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